L’art belge de 1860 à 1960 s’affiche à Lodève

Fermé pour travaux, le Musée d’Ixelles à Bruxelles prête le temps d’une exposition-événement ses œuvres phares au Musée de Lodève, à quelques encablures au Nord-Ouest de Montpellier. D’Ensor à Khnopff en passant par Magritte ou Delvaux, c’est un siècle de l’histoire picturale belge qui se raconte sur les murs de l’institution héraultaise.

La Bâtisse est rustique, voire austère. Entièrement rénové après plus de quatre ans de travaux, le musée de Lodève, qui se situe dans l’ancien hôtel particulier du Cardinal de Fleury, mentor du jeune Louis XV, a rouvert ses portes, il y a tout juste un an. Nouvelles scénographies pour ses collections permanentes, plus ludiques, plus claires, l’institution a fait peau neuve et s’offre comme seconde expo pas moins que la crème de la crème des peintres belges, qui ont marqué par leur style, leur patte un siècle d’histoire de l’art de 1860 à 1960. 

Dès la première salle, qui mêle art du portrait et du paysage, il est frappant de voir comment James Ensor, George Morren, Hippolyte Boulenger, Georges De Geetere ou même Jan Toorop s’inscrivent chacun à leur façon dans le courant impressionniste. Influencés par le mouvement qui dépasse largement les frontières françaises, ils insufflent dans leurs toiles une approche très flamande pour les uns, de très wallonne pour les autres. Si l’esprit tellurique de nos amis belges se ressent dans la manière d’aborder une plage, un champ, une après-midi dans le jardin, il s’y mêle un je ne sais quoi d’aérien, d’éthéré dans le regard sombre de cette femme regardant droit devant l’homme – son époux – qui la fixe, la croque, ou de cette autre cousant saisie sur le vif par Georges Lemmen

Bien sûr, on peut imaginer des filiations avec Monet, Courbet ou Renoir, mais ce n’est pas le plus important. Dans le toucher, la manière d’effleurer la toile avec leur pinceau, les artistes belges se démarquent, inventent leur propre style, leur propre manière de faire du pointillisme, moins évident, plus libre, plus vaporeux. On se laisse emporter dans les volutes, les traits à peine esquissés. 

Passant des salons bourgeois aux cours des fermes, du fauvisme à l’expressionnisme, au symbolisme, le visiteur se laisse porter d’une œuvre à l’autre, d’un artiste à l’autre, d’un courant à l’autre. De ce paysan tenant un coq d’Anto Carte à ce trio de femmes en deuil d’Alfred Stevens, de cet atelier d’artiste peint par Léon Frédéric à cette femme jouant du piano immortalisée par Georges Creten, c’est tout un monde qui se dévoile, une époque. Comment ne pas plonger dans les sombres rêves de Léon Spillaert, dans les paysages inventés par William Degouve de Nuncques comment ne pas être saisi par les œuvres surréalistes de Magritte ou de Delvaux ? 

Parfaitement scénographiée, imaginée par les commissaires Claire Leblanc et Ivonne Papin-Drastik, l’exposition suit un parcours précis, chronologique. La déambulation se fait fluide, captivante. Tous les courants sont représentés. Du paysagisme au groupe Cobra, mouvement européen le plus marquant d’après-guerre, c’est un concentré de l’histoire de l’art belge que le Musée bruxellois d’Ixelles a accepté de prêter au musée de Lodève. En un mot, un événement à ne surtout pas rater si vous passez dans le sud. 

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore – envoyé spécial à Lodève


Ensor, Magritte, Alechinsky…Chefs-d’œuvre du Musée d’Ixelles
Musée de Lodève – hôtel du Cardinal de Fleury
Square Georges Auric 
1, place Francis Morand
34700 Lodève
Jusqu’au 23 février 2020
Prix 10 euros

Crédit photos : 
Dame à l’ombrelle de Jan Toorop, 1888 Huile sur toile © Musée d’Ixelles 
Femme épinglant son chapeau de George Morren, 1901, Pastel sur papier © Musée d’Ixelles 
L’heureux donateur de René Magritte, 1966 Huile sur toile © ADAGP Paris 2019, Musée d’Ixelles 

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