La mort tragique d’un bien gentil robot

Au Théâtre national de Nice, tout juste repris par Muriel Mayette-Holtz, ancienne administratrice générale du Français, Linda Blanchet enquête sur la mort d’HitchBot, le robot autostoppeur retrouvé démembré dans un square philadelphien en 2015. Retraçant sa courte existence, elle verse dans le documentaire factuel, effleure la place de l’intelligence artificielle dans nos sociétés occidentales et se perd malheureusement en chemin, faute d’une dramaturgie soutenue. 

Sur la scène, quatre individus s’affairent sur une table de travail où sont disposés photos, rapports et ordinateur. Ils semblent préparer leur intervention tout en jetant de temps à autre un regard au public qui s’installe dans un joyeux brouhaha. Les conversations vont bon train quand une comédienne prend la parole. Elle se rappelle la première fois où elle a entendu parler d’HitchBot, ce robot auto-stoppeur doué d’intelligence artificielle, créé par deux chercheurs canadiens, les docteurs Frauke Zeller et David Harris Smith

Expérience artistique autant qu’humaine ayant notamment pour but d’observer les réactions de chacun d’entre nous face aux robots, le projet lancé en 2014 a parfaitement bien commencé. Durant un été, HitchBot, personnage inspirant confiance, fait de métal et de plastique – membres en « frites » de piscine, bottes de pluie, tête en saladier – , haut comme trois pommes, doté d’un GPS et d’un appareil photo, a traversé sans encombre le Canada d’Halifax a Victoria.

Tout se gâte quand l’année suivante, l’aventure se poursuit aux États-Unis. A peine quinze jours après avoir commencé son périple, le petit robot est retrouvé décapité au coin d’une rue, derrière un muret. Remontant le fil de ses rencontres, de ses périples, s’appuyant sur les photos qu’il prenait automatiquement toutes les vingt minutes, Linda Blanchet et ses comédiens – Calypso Baquey, Mike Ladd, Mathieu Montanier et Angélique Zaini – enquêtent, cherchent à comprendre. Certes, le robot – dont le jumeau est présent sur le plateau – est parfois énervant, répond à coté, mais il est terriblement attachant. Tous se l’arrachent, veulent passer un moment avec lui. Pourtant, le 1er août 2015, la ballade s’arrête tragiquement. Qui a pu commettre cette infamie, cet acte gratuit ?

A travers ce récit, cette quête alléchante, l’autrice et metteuse en scène interroge notre humanité, notre capacité à s’occuper d’autrui – fut-il un robot- , notre acceptation de la différence, nos réactions face à un être ni de chair, ni de sang, mais doué d’intelligence. L’idée est plutôt passionnante, malheureusement la pièce tourne un peu court, l’ensemble est pourtant dense mais reste anecdotique. A trop axé son propos sur la partie documentaire, mêlant de manière un peu superficielle vrais témoignages et dépositions rejouées, comblant le temps avec des diaporamas trop longs, et faute d’un travail dramaturgique plus poussé, plus ciselé, la sauce prend mal. On reste sur sa faim, comme si en ce soir de première on avait assisté à une étape de travail. 

La matière est pourtant là, les comédiens épatants, la musique soulignant parfaitement le travail scénographique. Avec quelques resserrements par-ci par-là, quelques remaniements, Killing Robots devrait s’affiner et prendre une toute autre tournure, plus captivante, plus vivante. 

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore – Envoyé spécial à Nice


Killing robots de Linda Blanchet
Théâtre national de Nice
Promenade des Arts
06300 Nice
Jusqu’au 9 novembre 2019 
Durée 1h15

Tournée 
Les 13 et 14 novembre 2019 au Lieu Unique, Nantes
Le 16 novembre 2019 au Centre des Arts d’Enghien-les Bains
Du 4 au 6 février 2020 au Théâtre Nouvelle Génération, CDN de Lyon
Le 11 mars 2020 au Théâtre Antoine Vitez, Aix-en-Provence
Le 3 mars 2020 au Periscope, Nîmes
Le17 mars 2020 au Théâtre de Villefranche-sur-Saône
2Le 0 mars 2020 au Théâtre de la Licorne, Cannes
Les 2 et 3 avril 2020  Théâtre Fontblanche, Vitrolles

Conception & mise en scène de Linda Blanchet
avec Calypso Baquey, Mike Ladd, Mathieu Montanier, Angélique Zaini, le robot HitchBot 2 
scénographie  de Bénédicte Jolys 
musique de Mike Ladd 
vidéo de Linda Blanchet et Élodie Ferré 
collaborations artistiques de Gabor Rassov & Ariane Boumendil 
conseillers scientifiques Dr Frauke Zeller, Dr David Harris Smith 
robotique de l’équipe Héphaïstos – INRIA Sophia-Antipolis (sous la direction de Jean-Pierre Merlet) 
intelligence artificielle de Gunther Cox, Dr David Smith 
conseil robotique d’Aurélien Conil

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