Helsingør, Hamlet en son château

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Au secret, Léonard Matton invite à rencontrer Hamlet en son chateau d’Helsingør

En plein cœur de Paris, à deux pas de la place Monge, derrière les grandes portes noires d’une ancienne usine, se cache, pour quelques jours encore, la demeure ancestrale du prince du Danemark, le plus connu de l’histoire du théâtre. Plongeant dans l’œuvre de William Shakespeare, Léonard Matton invite trois soirs par semaine un petit groupe de spectateurs à participer en direct à la tragédie d’Hamlet.

Être surpris, abandonner tous préjugés et accepter de se laisser embarquer dans un autre monde, une autre époque, c’est le pari audacieux et plutôt réussi de Léonard Matton. Profitant d’une friche industrielle de plus de 1200 m2, nichée non loin de la célèbre rue Mouffetard, vouée à se transformer dans quelques mois en un hôtel de Luxe, le jeune metteur en scène a imaginé monter Hamlet de Shakespeare en mode immersif, à la façon de Sleep no more, qui se joue depuis plus de 7 ans à New York.

Laissant portable, sac et autres objets superflus à l’entrée, chacun des convives, muni d’un bracelet à la couleur du groupe, du clan auquel on est affilié, se prépare à assister aux noces royales qui vont se donner dans quelques minutes dans le mythique château d’Helsingør, lieu de résidence des rois du Danemark. Au premier coup d’œil, la vaste salle de réception, où les invités peuvent, en attendant d’être appelés, se restaurer et déguster un succulent vin chaud, dont les effluves épicés suffissent à enivrer, a plus de la guinguette que du salon princier. Les discussions vont bon train. Tous s’interrogent sur ce que dissimule les murs de cette ancienne usine.

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Stanislas Roquette est Hamlet © Eric Sanger-Moneros

L’ambiance est de plus en plus fébrile. Il est temps de répondre à l’appel, d’entrer enfin dans les appartements privés des souverains et de leurs suivants. Couleur par couleur – il y en a trois en tout – les spectateurs se regroupent derrière le bon drapeau, la bannière de sa tribu. Et c’est parti pour une déambulation dans l’intimité du pouvoir. Véritable témoin du drame familial qui se joue depuis la mort du précédent roi, le père d’Hamlet, chacun est libre de suivre son instinct, son personnage préféré de la pièce de Shakespeare, de fouiller les meubles, les pièces, de lire les lettres abandonnées négligemment çà et là.

Passant du cimetière à la chapelle royale privative, de la chambre de la reine Gertrude à celle de la belle et très jeune Ophélie ou à la salle du trône, chacun se perd dans les méandres de ce labyrinthique espace, à peine éclairé de quelques luminions. En fonction du parcours qui nous est assigné, au début en tout cas, car très vite, tout se mélange, s’entremêle, chaque convive assiste à une scène du spectacle. Rapidement, les groupes se défont, les clans se dispersent pour mieux se retrouver afin d’assister aux moments-clés de la pièce sans rompre la trame de la tragédie.

Helsingor_Le secret_©Mireille Ampilhac_@loeildoliv

Zazie Delem est la reine Gertrude © Mireille Ampilhac

En invitant le public à s’immerger totalement dans l’œuvre de Shakespeare, Léonard Matton, en concepteur ingénieux, propose une audacieuse et véritable expérience théâtrale. À proximité des comédiens, chacun peut sentir leur souffle, leur cœur battre. Et c’est toute la force de cette proposition, vibrer avec les personnages. En Hamlet, Stanislas Roquette est d’une rare intensité. Habité par le rôle, il donne une densité humaine au prince du Danemark, une profondeur à sa folie galopante, qui fait froid dans le dos. En Horatio, Cédric Carlier joue les anges gardiens, les confident près à tout pour protéger son maître de ses errances. Enfin, Zazie Delem campe une reine toute en fragile froideur partagée entre l’amour qu’elle porte à son fils et celui qu’elle porte à son nouvel époux, le frère de son ancien mari. Malheureusement, la distribution est assez disparate. Il faut dire que jouer au milieu des spectateurs, les impliquer dans l’histoire n’est pas toujours aisé et demande une dextérité, une virtuosité particulièrement soutenue, qu’il peut être difficile de maintenir tout le long du show, d’autant que plus on avance vers le dénouement, plus il est compliqué de se mouvoir à sa guise, totalement emporté par la foule qui se presse sans égard pour les autres, et court d’une pièce à l’autre afin de pas en perdre une miette.

Helsingor_le secret_©Mélanie Dorey_@loeildoliv

Marjorie Dubus est Ophélie © Mélanie Dorey

Séduit par la proposition, emballé par cette façon de faire du théâtre autrement, le public ressort totalement enchanté et ne se prive pas de le faire savoir sur les réseaux sociaux, qui ont fait depuis juin la réputation du Secret, qui ne désemplit pas depuis sa création. N’hésitez pas pousser la porte d’Helsingør, à fouiller les lieux, à vos risques et plaisirs.

Par Olivier Fregaville-Gratian d’Amore

Helsingør, d’après Hamlet de William Shakespeare
Le secret
18, rue Larrey
75005 Paris
Jusqu’au 31 décembre 2018
Durée 1h40 environ

Mise en scène de Léonard Matton assisté de Camille Delpech
Création de l’univers sonore par Enzo di Meo, Clément Hubert & Claire Mahieux
Création musicale de Claire Mahieux
Régie son (en alternance) d’Enzo Di Meo, Clément Hubert & Claire Mahieux
Création costumes de Mathilde Canonne & Antoine Rabier
Décors, lumières et accessoires: d’A2R Compagnie
Avec dix comédiens en alternance : Roch-Antoine Albaladéjo, Dominique Bastien, Loïc Brabant, Cédric Carlier, Michel Chalmeau, Zazie Delem, Camille Delpech, Marjorie Dubus, Anthony Falkowsky, Thomas Gendronneau, Gaël Giraudeau, Jean-Loup Horwitz, Laurent Labruyère, Mathias Marty, Claire Mirande, Matthieu Protin, Jacques Poix-Terrier, Jérôme Ragon, Hervé Rey, Stanislas Roquette

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