Couv_Goat- Ballet Rambert - Ben Duke ©Hugo Glendinning (2)_@loeildoliv

Goat, danse d’amour tribale à Nina Simone

Compagnie londonienne de danse contemporaine rarement invitée en France, le Ballet Rambert fait vibrer les Abbesses en revisitant les mythiques standards de Nina Simone. Portés par la voix envoûtante de Nia Lynn et dirigés par le jeune chorégraphe Ben Duke, les seize interprètes rendent un hommage transcendantal, fougueux à la Diva, qui, bien que décousu, séduit sur le fil. 

Transformée en club jazzy « so » vintage avec en fond la tribune de bois blond réservée aux musiciens, la scène du théâtre des Abbesses a des airs des fêtes groovy. Alors que la pianiste fait ses gammes, Le « Emcee » de la soirée, l’excellent et décalé Miguel Altunaga, fait les premières annonces d’usage et présente, manière show télévisé, le spectacle à venir. Sans se presser, les artistes prennent place, s’installent dos au public, face à l’estrade où une blonde longiligne (Simone Damberg Würtz), un brin dégingandée, s’installe. Sorte de gourou habité, elle harangue la foule, exhorte chacun à se laisser emporter par la grâce, par le flow.

Goat - Ballet Rambert - Ben Duke ©_© Hugo Glendinning_@loeildoliv

Les premières notes de Ain’t Got No / I Got Life résonnent. La voix claire, puissante de Nia Lynn s’élève dans une ferveur palpable. Les auditeurs assidus parcourus par la musique se réveillent, entrent dans une transe saccadée, folle. Le ton est donné, l’hommage voulu par Ben Duke est messiaque. Rite vaudou, cérémonie zombiesque, les danseurs du Ballet Rambert, compagnie fondée en 1920 par la danseuse d’origine Marie Rambert, assistante un temps de Nijinski, semblent traverser de biens étranges spasmes. Déformant leur visage, tordant leurs membres, ils jouent sur l’élasticité, la souplesse extraordinaire de leur corps. Mouvements hypnotiques, gestuelles tranchées, tout comme Miguel Altunaga, le public halluciné reste bouche bée devant la performance physique, singulière de cette troupe virtuose. 

Marqué par la performance de Nina Simone au Festival de Montreux en 1976, dont la version, devenue fameuse de Feelings, clôture le show, Ben Duke, chorégraphe novateur et prolifique, invité par le Ballet Rambert, s’empare avec fièvre des standards de la diva, de son engagement politique pour dénoncer les dérives de nos sociétés, les maux qui les hantent, l’intolérance, les violences subies par ceux qui sont différents. Malheureusement, faute d’un souffle suffisant, d’une trame bien tricotée, l’ensemble manque de chair. C’est d’autant plus dommage que l’interprétation, la présence scénique et les exploits performatifs des danseurs subjuguent, saisissent et laissent coi. Clairement la jeune troupe ne démérite pas, offrant sa belle et débridée énergie, jusqu’à l’épuisement, à l’instar de l’étonnant Juan Gil, danseur sacrifié à la vindicte d’un peuple normé, enfermé dans un carcan de pensées. 

Goat- Ballet Rambert - Ben Duke_2 ©Hugo Glendinning_@loeildoliv

Si certains tableaux moins aboutis, trop techniques, laissent de marbre, l’humour très anglais de Miguel Altunuga fait mouche. Sa légèreté, sa naïveté, son humanité, font partie des atouts majeurs de ce show mixant les styles et les arts. Mais c’est le duo final, noué, serré, entre deux hommes, célébrant l’amour, la solidarité, la compassion, qui emporte la mise et touche au cœur sur une bouleversante reprise de Feelings.

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore


Goat du Ballet Rambert
Théâtre de la Ville – théâtre des Abbesses
31 Rue des Abbesses
75018 Paris
Jusqu’au 26 avril 2019
Durée 1h00 environ

chorégraphie de Ben Duke assisté de Winifred Burnet-Smith 
décors de Tom Rogers 
lumières de Jackie Shemesh
musique : Feeling Good (Newley/Bricusse), Ain’t Got No/I Got Life (Macdermott), My Way (François/Revaux Anka), The Ballad Of Hollis Brown (Dylan), Feelings (Albert/Gaste) 
direction musicale d’Yshani Perinpanayagam 
vidéo de Will Duke 
avec 16 Danseurs du ballet Rambert & Nia Lynn (chant)

Crédit photos © Hugo Glendinning

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