Géraldine Martineau, une Bridget Jones à la Française

Au théâtre de la Belleville, Géraldine Martineau esquisse le portrait d’une trentenaire névrosée et psychotique en mal d’amour. Humour mordant, répliques au cordeau, la comédienne et metteuse en scène signe un seule-en-scène percutant et drôle, une analyse fine, caustique des rapports humains. 

A peine les spectateurs assis dans la salle qu’une voix off explique les principes de la thérapie de groupe à laquelle ils vont assister. Les règles sont simples : couper son portable, accepter de se livrer en toute liberté sans jugement. Sur le plateau, une unique chaise couleur pêche attend le premier qui voudra bien confier ses tourments amoureux. C’est intimidant. Personne n’ose. Tout le monde se regarde en chien de fusil. Sortie de nulle part, Gerry, un petit bout de bonne femme, yeux bleus, chevelure blonde, visage enfantin, se lance. Elle monte sur scène. 

L’amour à tout prix 

Pataude, sans filtre, elle conte par le menu les dix dernières années de sa vie amoureuse. Sans emploi, elle cherche l’amour, la passion désespérément. Fougueuse, furieuse, elle révèle sa nature jalouse. L’homme de sa vie l’a plaquée au bout de 5 ans de relation intense et houleuse, lors d’un voyage à Venise plus infernal que romantique. Depuis c’est le désert affectif. Des histoires de-ci de-là, avec un mec qui collectionne les maitresses, un vieux libidineux en manque de tendresse, rien de sérieux. Elle se réfugie dans le bouffe, la déprime. Heureusement sa mère veille. La cinquantaine fleurissante, elle lui créé un profil sur Tinder et lui programme des « dates ». L’horloge biologique tourne, il est tant que sa fille chérie se case pour lui donner un petit enfant. 

Une plume mordante

Comédienne extraordinaire – Le Poisson belgePompier(s), etc – , metteuse en scène ingénieuse – La petite sirène – , Géraldine Martineau s’essaye à l’écriture pour notre plus grand plaisir. Avec candeur et humour corrosif, elle croque le portrait d’une trentenaire à côté de ses pompes, rongée par un manque cruel d’amour. Perchée sur de haut talons, allure enfantine, la jeune femme est une sorte de mix entre Droopy et Bridget Jones. Rien ne l’arrête, mots crus, situations cocasses, déplacées, une heure durant, elle se libère de tous ses démons, ses névroses qui la tirent vers le fond. De ses relations toxiques à l’omniprésence d’une mère étouffante, elle dit tout. C’est absolument savoureux. 

Alternance ces genres 

Qui de mieux que Géraldine Martineau pour interprète ce personnage de « céliperdante » dont elle a ciselé tous les contours. Elle est tout simplement géniale. Brisant le quatrième mur, elle interagit en permanence avec le public, qui lui sert de confident, de conseiller. Jouant sur son physique enfantin, elle nous entraîne sur les montagnes russes émotionnelles qui secouent la vie de Gerry, et pointe avec une douce ironie la dureté d’être une femme aujourd’hui. Pas bêcheuse et plutôt partageuse, elle a proposé à Diane Bonnot de faire l’alternance. Même si différent, les deux comédiennes étant sur des registres distincts, le spectacle ne devrait rien perdre de son piquant, de sa désopilance. Alors, foncez ! 

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore


Aime-moi de Géraldine Martineau
Théâtre de Belleville
16 passage Piver
75011 Paris
Jusqu’au 25 février 2020
Les lundis et mardis à 19h15, les dimanches à 17h30, exceptionnellement de mercredi 5 février à 21h15
Durée 1h00 environ 

Mise en scène de Zazon Castro et Géraldine Martineau
Avec Diane Bonnot (Lundi 17 février à 19h15, Mardis 4, 11 et 25 février à 19h15, et Dimanches 9 et 23 février 2020 à 17h30)en alternance avec Géraldine Martineau (les lundis 3, 10 et 24 février à 19h15, mardi 18 février à 19h15, mercredi 5 février à 21h15 et dimanche 16 février 2020 à 17h30)

Crédit photos © LU

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