Diastème, furieusement amoureux des mots

Après Avignon en juillet dernier, Diastème clôture, à la Manufacture des Abbesses, sa trilogie, commencée il y a vingt ans, avec un seul-en-scène bouleversant porté par Frédéric Andrau, un comédien à fleur de peau. Rencontre avec un auteur touche à tout, un poète qui parle d’amour fou, absolu, avec une délicatesse vibrante. 

Qu’est-ce qui vous a donné envie de devenir artiste ? 

Diastème : Je serais bien incapable de répondre à cette question, d’autant que je n’ai pas grandi dans un milieu où la culture avait grande importance. Ma grande sœur lisait, je lui piquais ses livres. Puis, très vite, je me suis mis à noircir de mots des pages entières, à faire de la musique. Je crois que j’ai écrit mon premier roman à treize ans, et mes premières chansons vers quatorze. À partir de cet âge, il était clair pour moi que ce serait la seule chose que je ferais dans ma vie. Je n’ai jamais imaginé d’autres métiers, d’autres moyens de gagner ma vie. C’était une évidence : il fallait que j’écrive, des chansons, des livres, des scénarios, des pièces, des chroniques, des articles, des poèmes… Je voulais toucher à tous les genres liés à l’écriture, pour ne jamais m’ennuyer, et globalement c’est ce que j’ai fait. Avec sans doute beaucoup de chance. Le désir de mise en scène est apparu plus tard… Après, le terme artiste, pour être très franc, je ne l’emploie jamais. Je ne vais pas jouer le couplet de l’artisan, mais je suis déjà auteur, compositeur, scénariste, réalisateur, metteur en scène, cela me suffit amplement !

Auteur et metteur en scène, vous avez écrit un triptyque qui parle d’amour mais aussi de folie. Qu’est-ce qui vous inspire ?

Diastème : L’histoire de ce triptyque, La Nuit du thermomètre107 Ans, et aujourd’hui La Paix dans le monde, est sans doute, dans tout mon œuvre, ce dont je suis le plus proche. Avec peut-être mon premier film, Le Bruit des gens autour, ou mon premier roman, Les Papas et les mamans. Je ne pensais pas, en écrivant cette première pièce, il y a vingt ans, qu’ aujourd’hui, je vivrais encore avec Simon et Lucie. Il y a quelque chose de l’ordre de la rencontre. Je dis souvent que j’ai eu beaucoup de chance de faire connaissance avec ces deux personnages – ce qui peut sembler bizarre, je le conçois… Mais ce sont d’abord des caractères qui t’inspirent, ensuite il y a les comédiens… Il est clair que sans ma rencontre avec Frédéric Andrau et Emma de Caunes, ce triptyque n’existerait sans doute pas. Les artistes, les acteurs, du moins certains, peuvent être aussi très stimulants ! Après, bien sûr, c’est un sujet inépuisable, l’amour et la folie, tout ce qu’on peut faire en son nom et jusqu’où peut-on aller. J’avais trouvé des personnages, une langue, une histoire et des interprètes – qui plus est fabuleux !- , j’ai voulu aller au bout de cette histoire, évidemment, quitte à prendre vingt ans de ma vie ! Tout en faisant en sorte que chaque pièce, naturellement, puisse se voir indépendamment, sans avoir vu les autres… Et je suis très fier de ça, d’ailleurs. Ce sont des œuvres très jouées, qui touchent à différents endroits, différents âges… Nul n’a besoin d’avoir vu les trois.

Quand vous mettez en scène comment choisissez-vous les gens avec qui vous travaillez ? 

Diastème : Cela dépend, évidemment. Pour ce qui est du théâtre, j’ai toujours aimé cette idée de troupe, qui s’élargit au fil des ans, et des projets… J’ai ainsi fait beaucoup de pièces avec des comédiens que j’admire – et qui en plus sont mes amis, ma famille… Frédéric Andrau, Emma de Caunes, ou Jeanne Rosa, pour ne citer qu’eux. Ils ont d’ailleurs joué dans beaucoup de mes films… Après ce sont les rôles, bien sûr, les personnages, on est parfois très triste de ne rien pouvoir proposer à un comédien qu’on aime, seulement il n’y a pas de rôle pour elle ou lui dans la pièce… Et au cinéma c’est pareil, on est désolé de n’offrir qu’un petit rôle à un très grand comédien qu’on adore… Mais c’est toujours le texte qui décide. Pour ce qui est des techniciens, globalement, c’est la même chose… Stéphane Baquet a fait les lumières de mon premier spectacle, et je crois qu’il a éclairé les neuf ou dix autres ! Je n’ai pas travaillé au théâtre avec énormément de personnes en termes de fabrication… Quand on trouve quelqu’un de vraiment doué à un poste – et qu’en plus on aime passer du temps avec lui, moi, personnellement, je le garde ! 

La scénographie d’Alban Ho Van est sobre, mais efficace, comment avez-vous travaillé ensemble ? 

Diastème : J’ai travaillé avec Alban comme avec tous mes chefs de poste, au cinéma ou au théâtre. J’ai une idée très claire en tête, et je demande à mes collaborateurs, en gros, de la faire en mieux ! C’est pour ça que je n’emploie jamais ce terme, scénographie, que je trouve un peu ridicule… La scénographie, à mon sens, c’est le travail du metteur en scène, sinon ce n’est qu’un directeur d’acteurs… Je suis le travail d’Alban depuis ses débuts, puisque Christophe Honoré, avec qui il a commencé, et pour qui il a fait des décors fabuleux, à l’Opéra ou au théâtre, est un de mes meilleurs amis. Je suis un grand fan de leur travail. Et donc je suis allé le voir, pour lui parler de ma pièce, de cette idée d’une boite, qui se transforme, qui se referme, et puis qui s’ouvre… Il a fait un travail formidable. Je suis très heureux de ce décor.

Quels sont vos projets ?

Disons, en tout cas, que je ne resterai pas sept ans sans refaire de théâtre ! Je dois tourner mon nouveau film cet été, qui me tient évidemment très à cœur… Il y a également le long-métrage de mon ami Olivier Jahan, que j’ai coécrit – avec Jeanne Rosa dans le rôle principal, et Emma de Caunes, la famille ! – Claire Andrieux, dont je suis très fier, et qui sera bientôt diffusé sur Arte… En tant que scénariste, il y a aussi Revenir de Jessica PaludRevenir, avec Niels Schneider et Adèle Exarchopoulos, que j’ai eu le plaisir de coécrire et qui vient de sortir dans les salles – et qui est magnifique ! Au théâtre, il y a le projet d’une nouvelle version de La Tour de Pise, qui devrait être prêt pour Avignon… Et j’ai écrit une nouvelle pièce – qui n’aura rien à voir avec La Paix dans le monde, une comédie – que je dois mettre en scène en 2021… Mais je suis quelqu’un de très pragmatique… Pour l’instant, nous sommes avec Fred et La Paix dans le monde à la Manufacture des Abbesses, et ensuite en tournée… Je prends déjà ce bon moment !

Propos recueillis par Olivier Frégaville-Gratian d’Amore


La paix dans le monde de Diastème
Manufacture des Abbesses
7, rue Véron 
75018 Paris
Jusqu’au 26 février 2020
 les dimanches à 20h30 et les lundis, mardis et mercredis à 21h00
Durée 1h25

Texte et mise en scène de Diastème assisté de Mathieu Morelle
Avec Frédéric Andrau et la participation d’Emma De Caunes
Lumières de Stéphane Baquet
Costumes de Frédéric Cambier
Décor d’Alban Ho Van
Images de Vanessa Filho
Musique de Cali

Crédit Photos © Georges Seguin via Wikimedia communs, © Richard Schroeder, © Mathieu Morelle

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