Depuis l’aube (ode aux clitoris) ou la sexualité féminine en majesté

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au 11-Gilgamesh Belleville, Pauline Ribat secoue les bien-pensances et donne un coup de pied bien senti au machisme ambiant avec Depuis l’aube (Ode aux clitoris)

Petit bout de chair érectile, honni par les uns, fêté par les autres, le clitoris se révèle dans toute son intimité dans une pièce trash, burlesque qui secoue les consciences et réveille impudiquement nos sexualités. Porté par trois comédiens éblouissants, ce manifeste féminin et féministe est un bijou d’intelligence et de malice, un coup-de-poing puissant contre les violences faites aux femmes.

Ils sont trois sur scène, deux hommes (épatant Florian Choquart, flamboyant Lionel Lingelser) et une femme (espiègle Pauline Ribat). Ils nous invitent à un cours de sophrologie et de respiration. Imperceptiblement, ils nous entraînent dans leur délire. Il est trop tard pour faire marche arrière, on est happé dans leur univers burlesque et barré. Après cet échauffement singulier, sous couvert d’amuser la galerie, ils glissent doucement vers un sujet plus brûlant, plus ardent : le clitoris.

Plongeant aux origines de l’humanité, nos trois gais lurons remontent à l’antiquité pour conter l’histoire philosophique et dichotomique des sexes. Abordant l’androgynie, la notion de genre, l’opposition permanente entre féminin et masculin, ils nous guident dans les méandres de la pensée humaine, ses contradictions, ses frustrations, ses fulgurances. Sans pudeur, sans filtre, ils parlent de sexualité, d’onanisme, de viols, d’actes de machisme ordinaire. Passant de l’humour potache à la tragédie, de la comédie musicale trash à la dure réalité d’un monde qui refuse le plaisir aux femmes, ils nous poussent dans nos retranchements, nous forcent à ouvrir les yeux sur une société misogyne et « phallocentrée ».

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Pauline Ribat entourée de ses deux acolytes, Florian Choquart et Lionel Lingelser © Alexis Machin

En unissant en un texte puissant, âpre, cru, les voix trop souvent silencieuses des femmes violées, excisées, malmenées, émancipées, jouisseuses, Pauline Ribat esquisse avec virtuosité le portait patchwork d’une féminité qui ne se cache plus, qui rêve d’absolu et de liberté. Mêlant habillement les styles, les tons, elle passe du drame à la comédie, du rapport clinique, froid, à l’énumération endiablée et drolatique de tous les petits noms coquins dont le clitoris est affublé.

Afin de souligner ce cri vibrant, viscéral qui déchire un silence depuis trop longtemps établi dans nos civilisations, nos religions, nos éducations, Pauline Ribat opte pour une mise en scène énergique, décalée et interactive. Après tout, nous sommes tous concernés que l’on soit homme ou femme. Tous, quelque soit notre sexe, nos préférences, nos origines, nous devant nous lever pour qu’enfin le clitoris, cet organe du plaisir féminin soit montré à la face du monde sans pudibonderie, sans tartuferie.

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Nos trois Gay lurons parlent avec fièvre de ce petit organe érectile qu’est le clitoris © Alexis Machin

Et si Pauline Ribat choisit d’être accompagnée sur scène par deux hommes, ce n’est pas anodin. Tout comme elle, Florian Choquart et Lionel Lingelser sont à même de défendre ce texte engagé, militant, ce manifeste incandescent, brûlant. D’ailleurs, ils le font très bien. Aux côtés de l’exubérante et bouleversante jeune femme, les deux comédiens déjantés s’en donnent à cœur joie. Ils balayent magistralement les préjugés et nous entraînent dans ce tourbillon de sensation qui va du rire aux larmes, de la jouissance au drame.

De ce dialogue à bâtons rompus entre les sexes, de ce brûlot dérangeant sur le plaisir féminin, de ce récit clinique de la violence quotidienne subie par les femmes, le public, en permanence malmené sur des montagnes russes émotionnelles, sort chamboulé, bouleversé, enchanté. Un spectacle nécessaire, fondamental et essentiel à voir de toute urgence. Brillant !

Depuis l’aube (ode aux clitoris) de Pauline Ribat
Festival d’Avignon le Off
Le 11 – Gilgamesh Belleville
11, boulevard Raspail
84000 Avignon
jusqu’au 28 juillet 2017
tous les jours à 21h20 relâches le 11 et 18 juillet 2017
Durée 1h15

mise en scène de Pauline Ribat
avec Florian Choquart, Lionel Lingelser et Pauline Ribat
Collectif artistique : Joséphine Serre
Regard complice : Clément Peyon
Lumières de Laurent Schneegans
Costumes de Cécile Box
Scénographie de J.B Manessier
Musiques de Florian Choquart

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