De la part d’une princesse morte

Partant du célèbre « Madame se meurt, Madame est morte », prononcé par Bossuet lors de l’oraison funèbre de la duchesse d’Orléans en 1670, Olivier Baumont et Marcel Bozonnet esquissent le portrait d’une jeune femme pourvue de toutes les qualités, mais décédée trop tôt. Avec finesse, ils entremêlent son destin funeste à celui de la photographe canadienne, Alix Cléo Roubaud, morte elle-aussi prématurée. Un récital poétique, onirique !

Des ombres hantent la scène. Elles errent, cherchent un endroit où se poser. Une voix grave, semblant sortir d’outre-tombe, entonne les premières strophes de l’oraison funèbre que Bossuet, ému, a déclamé, le 21 août 1670 en la basilique Saint-Denis, lors des funérailles d’Henriette d’Angleterre, dite Madame, première épouse de Monsieur, le frère de Louis XIV. Belle, intelligence, gracieuse, elle était le joyau de la cour. Aimée des femmes, adorée des hommes, la douce princesse est une romantique mal mariée, qui cherche en l’autre un peu de tendresse. 

Rayonnante, gaie, tout lui sourit. Vivante, virevoltante, le matin, elle se meurt le soir dans des circonstances bien suspectes, à la surprise générale. A-t-elle été empoisonnée par l’un des favoris de son époux ou a-t-elle succombé à une occlusion intestinale ou à une tout autre obscure maladie ? Le mystère demeure encore aujourd’hui. 

Empruntant leurs mots aux contemporains de Madame, tels Saint-Simon, Madame de La Fayette et bien évidemment Bossuet, Olivier Baumont et Marcel Bozonnet, ancien administrateur de la Comédie Française, évoquent par touches délicates la personnalité unique de la princesse. Ponctuant leur récit de chants opératiques qu’Henriette d’Angleterre a pu entendre à la cour de France, ils rendent un charmant hommage à cette rose exquise, fanée à l’aube de ses trente ans. 

Loin de rester dans le passé lointain, nos deux compères convoquent les pensées couchées sur le papier d’Alix Cléo Roubaud, une photographe disparue elle aussi trop tôt, et les mettent en musique sur les compositions de Thierry Pécou. L’effet miroir entre ces deux femmes est d’autant plus singulier. 

Emporté par les envolées lyriques de la soprano Jeanne Zaepffel, lumineuse, par le timbre chaud de la voix de Marcel Bozonnet, et le toucher aérien d’Olivier Baumont sur le clavecin, le public se prend à rêver d’un autre temps, d’une autre époque. Dans un château ou une demeure bourgeoise grand siècle, l’ensemble serait sublimé. Au poche Montparnasse, un brin confiné, il séduit, charme un public averti. 

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore


Madame se meurt ! d’Olivier Baumont et de Marcel Bozonnet
Théâtre du Poche-Montparnasse
75, boulevard du Montparnasse
75006 Paris
A partir du 7 octobre 2019
Tous les lundis à 19h00
durée 1h00 environ

Avec Jeanne Zaepffel, soprano – Marcel Bozonnet, récitant – Olivier Baumont, clavecin 
Textes de Bossuet, Madame de la Fayette, Saint-Simon et d’Alix Cléo Roubaud 
Musiques Michel Lambert, Jacques Champion de Chambonières, Henry
Purcell…
Création musicale de Thierry Pécou

crédit photos © Pascal Victor – ArtComPress

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