Clémentine Célarié, héroïne vibrante chez Maupassant

Après avoir triomphée cet été au festival d’Avignon le OFF, Clémentine Célarié brûle les planches des Mathurins. Sous la direction remarquable d’Arnaud Denis, elle campe, avec réalisme et intensité, Jeanne, l’héroïne d’Une vie de Maupassant. Un moment romantique éblouissant. 

Juchée sur son rocher, accrochée à sa canne, dans sa robe de deuil, au bord du précipice, une vieille dame déroule le fil de sa vie, « depuis l’heure où s’éveille son cœur jusqu’à la mort ». La première image est saisissante. On songe au Voyageur contemplant une mer de nuages de Caspar David Friedrich, œuvre picturale souvent choisie pour représenter le romantisme, mouvement auquel le premier roman de Maupassant, Une vie, appartient par son style, son sujet. 

Jeanne a cru à l’amour, au grand, au merveilleux. Elle a ambitionné ce « prince charmant » qui ferait de son existence un havre de joie, de paix. Mais voilà, la réalité et le rêve ne font pas toujours bon ménage. Et le sien, promis à mille délices, s’est vite transformé en cauchemar. La pétillante jeune fille romanesque s’est transformée peu à peu en une femme développant « une espèce de mélancolie méditante, un vague désenchantement de vivre ». Même son fils, ce qu’elle avait de plus cher en son cœur, ne lui procurera qu’une suite de désenchantements. Pourtant c’est grâce à lui qu’elle recevra l’ultime cadeau du destin qui lui redonnera le goût de vivre. D’ailleurs les derniers mots du récit sont en soit explicite, « La vie, ça n’est jamais si bon où si mauvais qu’on le croit ».

Clémentine Célarié s’est emparée des mots de Maupassant, dont elle a fait l’adaptation, avec embrasement. Pouvant dire « Jeanne c’est moi », elle est habitée par ce personnage à qui elle offre tout l’appétit de vivre qu’on lui connaît. La comédienne, remarquable dans la précision de son interprétation, joue de toutes les nuances de ton, de l’exaltation à la désespérance, de la jeunesse à la vieillesse. Elle n’incarne pas seulement Jeanne, mais également les autres personnages, passant de l’un à l’autre avec une belle dextérité. Elle est tout simplement magnifique. 

La mise en scène tirée au cordeau d’Arnaud Denis, sublime l’actrice. La scénographie d’Hermann Batz, s’appuyant sur les lumières de Denis Koranski, nous plongeant dans cette Normandie chère à Maupassant, est remarquable. Cela crée une atmosphère, des images fortes. Ce petit bijou est à conseiller vivement.

Marie-Céline Nivière 


Une vie de Guy de Maupassant
Théâtre des Mathurins
36 Rue des Mathurins
75008 Paris
Jusqu’à fin mars 2020
Du mardi au samedi à 19h00, en matinée de dimanche à 16h30
Durée 1h15


Mise en scène d’Arnaud Denis
Avec Clémentine Célarié
Création Lumières de Denis Koransky 
Scénographie de Hermann Batz 
Créations musicales de Carl Heibert et Abraham Diallo

Crédit photos © Photo Lot

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