Cinq garçons dans le vent à la Scène Parisienne

Deux Avignon dans les pattes, pas moins d’une année à l’affiche à Paris au Lucernaire puis au Tristan Bernard, les cinq comédiens de la Compagnie les Inspirés reprennent du service à partir du 20 novembre 2019 pour trente dates exceptionnelles, dont la 250 ème représentation, au nouveau théâtre de la rue Richer, la Scène Parisienne. Rencontre avec les deux auteurs – Emmanuel Gaury, Mathieu Rannou – et avec la metteuse en scène Raphaëlle Cambray. 

Pour leur première pièce écrite à quatre mains, Emmanuel Gaury et Mathieu Ranou, revisitent l’amitié hors-norme qui unit, cinq grands noms du théâtre du début du XXe siècle : Tristan Bernard, Lucien Guitry, Jules Renard, Alfred Capus et Alphonse Allais. Avec malice et ingéniosité, ils font revivre l’esprit de la belle époque. Bien que tout les oppose, malgré les brouilles, les quiproquos, les mensonges, qu’ils soient dandys, alcooliques, cyniques ou mondains, ils resteront unis jusqu’à la mort. Dirigés avec une poigne de velours par Raphaëlle CambrayMaxence Gaillard, Emmanuel Gaury, Guillaume d’Harcourt, Nicolas Poli et Mathieu Rannou brûlent les planches de France et de Navarre depuis le 6 juillet 2018. Succès jamais démenti, il était temps de se pencher sur ce phénomène théâtral. Autour d’un café virtuel, auteurs et metteuse en scène content cette fabuleuse aventure. 

Qu’est-ce qui vous a donné envie de conter l’histoire de ces cinq grands noms de la scène parisienne de la Belle Epoque ? 

Mathieu Rannou : C’est tout simplement une question de timing. En lisant leur histoire, j’ai eu cette envie, cette idée folle de vouloir la raconter, de donner vie à ces personnages haut en couleurs, et surtout de le faire avec la compagnie les Inspirés. Très rapidement, les deux ont été indissociables. Ils étaient drôles, spirituels, avaient du caractère, et leur amitié était très belle. Il y avait quelque chose de l’ordre de l’évidence. D’ailleurs mes camarades ont tous accepté avant que le texte ne soit écrit. On s’est tous passionné pour ces cinq personnalités hors normes. Tout s’est fait assez vite, on a monté le projet en même temps qu’on écrivait le texte. 

Emmanuel Gaury : Mathieu a apporté cette idée superbe où l’amitié peut exister en abyme. Sujet passionnant qui m’a tout de suite inspiré des éléments de rythme et de dramaturgie pour ensuite co-écrire avec lui. La relation forte qui unit les Inspirés a été tout au long de l’écriture une grande ressource pour ce qui allait devenir la pièce et sa vibration actuelle. 

Comment avez-vous travaillé les caractères de ces personnages connus ? 

Mathieu Rannou : En lisant beaucoup leurs écrits, que ce soit dans les journaux, où dans leurs correspondances, leurs pièces ou leurs chroniques. On s’est aussi intéressé à ce que disaient sur eux leurs contemporains.

Emmanuel Gaury : Les personnages se sont aussi révélés grâce aux contradictions devant lesquelles on les a mis. Dans la pièce, ce sont leur esprit brillant et leur grande fraternité qui leur permettent de dépasser ces différends ordinaires que connaissent tous les amis, aussi illustres soient-ils.

Dans ce monde de zapping où tout va vite, pourquoi faire revivre ces personnages du passé ? 

Mathieu Rannou : Il ne s’agissait pas absolument de parler du passé, mais puisque cette belle histoire d’amitié s’est présentée à nous, il n’y avait aucune raison de ne pas la raconter. Néanmoins, je crois qu’on peut faire revivre le passé et aller de l’avant. Parler d’une autre époque permet aussi aux gens de s’évader, de voir autre chose sur scène que leur propre vie. Et puis les questions qu’on se pose aujourd’hui ne sont pas très différentes de celles qu’on se posait à l’époque. 

Emmanuel Gaury : Une œuvre est bien accueillie quand elle conjugue quelque chose de connu et de nouveau. Dans Et si on ne se mentait plus ? on projette ces grandes figures – a priori connues – dans un cadre narratif nouveau et dynamique. Parfois le passé est beaucoup plus rock’n’roll que le présent !

De ton côté Raphaëlle, qu’est-ce qui t‘a donné envie de mettre en scène cette pièce ? 

Raphaëlle Cambray : Eux, tout d’abord. Leur énergie, leur fougue, leur personnalité. Ensuite, comment ne pas être touché par cette thématique de l’amitié, aussi bien traitée. Enfin, cette époque, je la place au-dessus de toute question d’esprit, d’élégance et de sens de l’humour. 

Comment as-tu travaillé avec ces cinq garçons ? 

Raphaëlle Cambray : Très facilement puisque je les ai tous eus comme élèves. Le moins que l’on puisse dire c’est qu’on parle le même langage. On était un peu comme à la maison. On a partagé la joie de l’exigence sur le plateau.

Qu’est-ce que tu avais envie de dire avec cette pièce, cette troupe ?

Raphaëlle Cambray : Que tout est possible avec la force du groupe. Que l’amitié est la grande force qui élève et qui donne des ailes. Que rien ne résiste au travail même quand on ne passe pas à la télé. Je considère que le théâtre est la seule vraie place de résistance … la seule passerelle pour garder éternels nos anciens.

Propos recueillis par Olivier Frégaville-Gratian d’Amore


Et si on se mentait plus ? de Emmanuel Gaury, Mathieu Rannou – une Création Les Inspirés
Théâtre de la Scéne Parisienne
34, Rue richer
75009 jusqu’au 5 janvier 2020
Durée 1h15 environ


Mise en scéne de Raphaëlle Cambray
Avec Maxence Gaillard, Emmanuel Gaury, Guillaume d’Harcourt, Nicolas Poli et Mathieu Rannou

Crédit photos © Fabrice Robin et © Franck Harscouët

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