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aSH, les mille vies de Shantala Shivalingappa joliment chorégraphiés par Aurélien Bory

Corps fluet, gestuelle aérienne, exécutée avec une précision chirurgicale, Shantala Shivalingappa invite avec une grâce infinie à remonter le fil de sa passionnante histoire singulière autant que plurielle. Réécrit par les talents de poète d’Aurélien Bory, le récit de cette vie, entre tradition et danse contemporaine, envoûte les sens et entraîne les spectateurs dans une balade aux confins du réel. Magique !

Dans la pénombre, un faisceau orangé éclaire le percussionniste Loïc Schild. Avec dextérité, il caresse ses instruments, fait chanter de douces litanies rappelant, vaguement quelques musiques indiennes, quelques sonorités rituelles. Le temps semble suspendu. Imperceptiblement une lumière feutrée, chaude, fait apparaître au centre du plateau, une silhouette gracile, immobile, dont on ne distingue qu’une longue natte de cheveux noir jais. Elle semble lointaine, absente.

Puis c’est le chaos, un immense fracas rompt la fragile harmonie. Des coulisses, une tempête gronde réveillant un vent puissant, gonflant l’immense bâche sombre qui sépare le devant, du fond de scène, faisant trembler le décor. Droite, hiératique, Shantala Shivalingappa fait front. Tel le dieu Shiva impassible, bien calme avant de réveiller sa colère destructrice, salvatrice, face au souffle forcené annonciateur de la mousson, elle ne plie pas, ne rompt pas. Elle attend son heure pour prendre le dessus sur ces éléments furieux qui viennent perturber sa méditation.

Lentement, elle s’anime, enchaînant avec une netteté, une exactitude, une précision d’orfèvre, quelques mouvements empruntés au kuchipudi, danse traditionnelle indienne, qu’elle étudie avec assiduité depuis son plus jeune âge. Chaque geste révèle l’élégance, la délicatesse, la technicité parfaite de l’interprète aussi à l’aise dans l’exécution de pas de danse rituelle que dans ceux contemporains, écrits pour elle par Pina Baush, notamment.

Né de l’union entre un ancien étudiant en physique reconverti dans la chorégraphie circassienne, et une fascinante artiste oscillant entre tradition et danse contemporaine, aSH vient clôturer la trilogie de portraits de femmes d’Aurélien Bory, initiée, il y a une dizaine d’années, après sa rencontre avec Stéphanie Fuster, puis continuée avec Kaori Ito. Mêlant avec habileté leurs univers, chorégraphe et interprète invitent à un voyage permanent entre culture ancestrale et technologie innovante, entre feu et glace, entre occident et orient.

Scénographe inventif et talentueux, Aurélien Bory offre à Shantala Shivalingappa un écrin sobre et contemporain où viennent se nicher en filigrane les principaux attributs du dieu Shiva, tels les serpents grouillants sous la toile effondrée, ainsi que les rites immémoriaux des femmes dessinant dans la terre – cendre ici- des motifs de bienvenue.

Si aux premiers abords, le solo peut sembler froid, clinique, la présence scénique lumineuse de la danseuse, sa virtuosité hypnotique, les effets sonores et visuels, emportent tout et donne à ce parcours de vie, à cette évocation fascinante, une profondeur, une force terriblement envoûtante. Une balade magnétique hors du temps.

Par Olivier Fregaville-Gratian d’Amore – Envoyé spécial à Montpellier


aSH d’Aurélien Bory
Festival de Montpellier Danse
Théâtre de Grammont – Humain trop humain
Domaine de Grammont
Avenue Albert Einstein
34965 Montpellier
jusqu’au 30 juin 2018
mercredi, jeudi et vendredi à 20h00
Durée 1h05

Reprise à la Scala Paris
13, boulevard de Strasbourg
75010 Paris
Du 16 février au 1 mars 2019
Les lundis, mercredis, jeudis, vendredis, samedis à 21h00 et les dimanches à 15h00

Conception, scénographie et mise en scène : Aurélien Bory
Avec Shantala Shivalingappa et Loïc Schild (percussions)
Collaboration artistique : Taïcyr Fadel
Création lumière : Arno Veyrat assisté de Mallory Duhamel
Composition musicale : Joan Cambon
Conception technique décor : Pierre Dequivre, Stéphane Chipeaux-Dardé
Costumes : Manuela Agnesini avec l’aide précieuse de Nathalie Trouvé
Régie générale : Arno Veyrat
Régie plateau : Thomas Dupeyron
Régie son : Stéphane Ley
Directrice des productions : Florence Meurisse
Administrateur : Clément Séguier-Faucher
Chargée de production : Justine Cailliau Konkoj
Presse : Agence Plan Bey

Crédit photo © Pierre Dequivre

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