Amala Dianor, maître des étoiles

Longiligne, grâce de félin, Amala Dianor est un homme à cent mille volts. D’un projet à l’autre, il court sans jamais s’arrêter. Du Centre national de Danse contemporaine d’Angers au Festival Montpellier Danse où il présente le 23 juin 2019 The Falling Stardust, le chorégraphe franco-sénégalais, métisse les danses, décompose et recompose les gestes à l’envi et invente sa propre ligne, sa singulière écriture.

Décontracté, bien installé dans un café à deux pas de Saint-Paul, dans le quartier du Marais à Paris, Amala Dianor pianote sur son téléphone tout en sirotant un Perrier rondelle et en surveillant d’un regard discret l’énorme sac noir qu’il a posé à ses pieds. Le sourire éclatant, il vérifie ses mails, l’horaire de son prochain rendez-vous. Entre deux répétitions pour The Falling Stardust, première pièce qu’il présente en tant que chorégraphe au festival de Montpellier danse, le jeune quarantenaire ne s’arrête pas une seconde et pense déjà à l’après. Pour l’instant, face à nous, il se pose, se détend et accepte de revenir sur son parcours, sa passion pour la danse. 

La danse dans la peau

Né à Dakar, il débarque en région parisienne en 1983 à l’âge de 7 ans. Déjà, la danse fait partie de sa vie. « C’est assez cliché de dire cela, s’amuse-t-il, mais j’ai toujours eu le rythme dans la peau. C’est naturel, inhérent à mes racines, à ma culture. La danse est le cœur vibrant des évènements festifs au Sénégal comme les mariages, les baptêmes, par exemple. Des musiciens se mettent à jouer, les gens autour se joignent à eux, suivent le tempo. » Son arrivée en France n’a en rien altéré ce goût prononcé pour le mouvement, le besoin de s’exprimer par les gestes. La télévision a été un vrai catalyseur. Le jeune Amala Dianor passe beaucoup de temps à observer et répéter les chorégraphies de Michael Jackson, alors en pleine gloire Il est fasciné par sa manière unique de se mouvoir, la fluidité de sa gestuelle. A la même époque, suite à l’ampleur du phénomène Hip-Hop, TF1 consacre propose à l’animateur Sidney de présenter l’émission H.I.P H.O.P. c’est une révolution pour le petit écran. « J’ai toujours eu une aisance à reproduire les mouvements que je voyais, confie-t-il. Je pouvais passer des heures à imiter le fameux moonwalk, ainsi que toutes les chorégraphies qui me permettaient de me dépenser. C’était presque boulimique. » 

Sa capacité à se mouvoir, sa rapidité d’apprentissage et d’exécution, font que le danseur en herbe se fait vite remarquer. Plusieurs années durant, il évolue au cœur de la culture Hip-Hop, s’exprime à travers une gestuelle rythmée. « J’ai commencé à me mettre en retrait, explique-t-il, quand je me suis rendu compte qu’il n’y avait plus, à mon sens, la liberté d’expression et de progression qu’offrait au début ce courant né de street dance. Les pas se sont codifiés. Des règles sont apparues afin de mettre de l’ordre dans le chaos qui s’était installé, tout particulièrement en France. Tout s’est rigidifié. Ça ne correspondait plus à mes attentes. »

Du hip hop à la danse contemporaine

C’est en assistant aux répétitions publiques qu’organise régulièrement le CNCD d’Angers qu’Amala Dianor trouve un nouveau souffle. La danse contemporaine, ses interprètes aux pieds nus, l’absence de mouvement, ou sa profusion, offre au jeune artiste un vrai champ des possibles sans interdit, sans barrière. « En 2000, raconte-t-il, j’ai eu la chance d’être le premier « hip-hopeur » à intégrer l’École supérieure de danse contemporaine du CNDC d’Angers. Ce fut deux années très intenses, car c’est finalement une période assez courte pour tout assimiler. Quoi qu’il en soit, j’ai essayé de rester authentique. » Grâce à ses nouveaux acquis, le chorégraphe en devenir, imagine une danse métissée qui mixe tous les styles différents qu’il traverse avec une facilité déconcertante.

Travaillant comme interprète pour des chorégraphes aux univers très différents, il se construit une écriture, une grammaire qui lui est propre. « C’était une vraie volonté de ma part, souligne-t-il, de multiplier les expériences, de varier les esthétiques, d’évoluer au sein de différents courants chorégraphiques. Je suis passé ainsi du hip hop au néo-classique au contemporain puis à l’afro-contemporaine. J’ai même travaillé avec Roland Petit sur un ballet japonais. C’était passionnant, même si je ne faisais qu’une courte participation. » Imprimant sa patte au mouvement, Amala Dianor trouve dans chaque proposition artistique une manière d’y inclure sa personnalité, de mélanger les genres, de s’approprier par l’interprétation une part du récit. 

Métier chorégraphe

Au fil de ces années, il obtient une belle reconnaissance dans le petit milieu de la danse et affine ses envies, ses désirs. Avec virtuosité, il s’empare des techniques, va de l’une à l’autre. Mais ce qui l’attire c’est le métissage de tous  ces styles, qui constituent son ADN. En 2012, il crée sa propre compagnie afin de développer son travail chorégraphique. C’est le début d’une nouvelle aventure. Avec plus d’une quinzaine de créations, dont huit tournent actuellement en France, l’artiste a de quoi être comblé. Passionné, il ne s’arrête pas en si bon chemin. Après avoir rodé à POLE SUD, CDCN-Strasbourg sa dernière création, dont il est chorégraphe associé, il s’apprête à conquérir le cœur des festivaliers à Montpellier Danse avec The Falling Stardust. « Pour ce dernier opus, raconte-t-il, j’ai souhaité confronter la danse classique à sa version plus contemporaine. J’adore transgresser les codes, les esthétiques et voir ce que cela donne. Pour créer, je m’inspire toujours des interprètes avec qui je travaille, leur caractère, leur personnalité. Je pars du principe que nous sommes composés de couches qu’on expose quand on est au plateau. Nos corps, notre présence scénique raconte déjà quelque chose. Je m’appuie là-dessus pour construire une histoire. Finalement la danse est un moyen d’expression, un matériel sur lequel je rebondis. » 

The Falling Stardust, dernière création

Partant d’une écriture très cadrée strictement classique, Amala Dianor déplace les mots, les lignes, change de vocabulaire pour la transformer, pour voir si elle supporte cette mutation. « En invitant des danseurs de ballet, qui ont construit leur corps, leur identité à travers le classique, explique-t-il, je voulais voir comment leur gestuel allait réagir, s’ils arriveraient à se détacher de leurs habitudes C’est une rencontre, un mariage entre différentes esthétiques et différents individus. » 

Utilisant les pièces qu’il compose comme un prétexte à la danse, le chorégraphe cherche à travers ses interprètes la justesse du propos. Sans dénaturer leur technique, il confronte les points de vue et esquisse une proposition en les amenant doucement vers un équilibre qui a du sens et s’inscrit dans l’histoire qu’il veut raconter. « Avec The Falling Stardust, comme d’ailleurs avec la plupart de mes créations, relate-t-il, je fais en sorte d’installer un rapport sur scène entre les différents danseurs. Le dialogue ne doit pas être uniquement avec le public. Il est important que chacun prenne conscience qu’il n’est pas seul au plateau, qu’il doit interagir avec les autres. Il y a une double lecture. »

Horizon prolifique

Très sollicité, Amala Dianor se consacre en parallèle à un projet qui verra le jour l’an prochain dans le cadre d’Africa 2020. « L’idée, explique-t-il, est d’inviter des danseurs amateurs, venant du Sénégal, du Burkina et du Mali, à se frotter au métier de danseur interprète pour mieux en appréhender l’essence, la complexité, l’exigence. Pour cette création, je serais accompagné par des chorégraphes issus des mêmes pays. » Par ailleurs, pour fêter les dix ans de Man Rec, son unique solo, il prépare pour 2024 son pendant afin de confronter son corps au même travail mais une décennie plus tard. 

Pas besoin d’attendre aussi longtemps pour découvrir son travail, il présente du 23 au 24 juin 2019 au festival Montpellier DanseThe Falling Stardust, pièce chorégraphique pour neuf danseurs qui devrait tourner pour au moins une vingtaine de dates la saison prochaine, en passant par Angers mais aussi à la Villette du 4 au 6 mai 2020.

Propos recueillis par Olivier Frégaville-Gratian d’Amore


The Falling Stardust d’Amala Dianor
Festival Montpellier Danse
Agora Cité Internationale De La Danse,
18, rue Saint Ursule
34000 Montpellier
Les 23 et 24 juin 2019
Durée 1h00

Crédit photos © Jef Rabillon

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