Mousson d'été. Michel Didym. Jour 2. Nouvelles écritures. © OFGDA

La mousson d’été, un voyage européen à travers les écritures

Pas besoin d’aller très loin pour visiter d’autres pays d’Europe. Les auteurs accueillis à la Mousson d’été livrent leur regard sur le monde d’hier et d’aujourd’hui. Une balade au cœur des mots, des émotions et des cultures. 

Des nuages gris, menaçants défilent dans le ciel lorrain en ce mardi matin. La journée s’annonce triste, morose. C’est sans compter sur l’énergie déployée par l’équipe de la Mousson d’été. Soleil dans le cœur, dans le regard, seule partie du visage visible au-dessus des masques, intervenants, bénévoles, artistes et administratifs distillent la bonne humeur et invitent à se laisser porter par les textes présentés. Pas le temps de s’appesantir, dans le jardin qui longe la Moselle, la première lecture attend les festivaliers.

Landes arides et rurales
Chien Fusil de Simon Longman. Mousson d'été. Nouvelles écritures. © Boris Didym

Avec Chien-Fusil, le britannique Simon Longman se penche sur le destin tragique d’une famille d’éleveurs de brebis. Abordant la dureté de la vie d’agriculteurs, il esquisse le portrait noir charbon d’une campagne anglaise désespérée et fataliste. Génération après génération, grands-parents, parents, enfants ont tout donné à cette terre aimée autant qu’haïe, quitte à en oublier leur humanité, leur émotion. Depuis longtemps, la vie semble avoir abandonné les lieux. Seules la solitude et la misère persistent entraînant les derniers survivants vers une fin certaine, sans échappatoire. Bien que portée par cinq comédiens habités – Etienne GalharagueRomain GillotEmma MeunierCharlie Nelson et Alexiane Torrès – , que dirige avec justesse Charlotte Lagrange, le texte fantasme une nature inhospitalière rappelant celle des Hauts de Hurlevent et manque sa cible faute d’être réellement ancré dans un quotidien agraire. Derrière la parabole d’une certaine résilience, reste toutefois une vérité, celle du dur métier de paysan. 

De la séparation de l’œuvre et de l’artiste
La Musique et le mal de Lola Blasco. ?Nouvelles écritures. © Boris Didym

S’emparant d’un sujet d’actualité, l’espagnole Lola Blasco s’interroge sur notre capacité à distinguer derrière la beauté d’un aria, d’une complainte, d’un requiem, l’âme noire de son compositeur. A travers huit œuvres envoûtantes, vibrantes de la musique classique, elle dévoile les personnalités troubles de Strauss, de Wagner, de Bach ou de Schulhoff. Jouant sur un va-et-vient constant entre notes et mots, l’auteure nous confronte à nos propres questionnements, à nos propres ressentis. N’évitant pas l’écueil de la facilité, elle finit, et ce malgré la sincérité palpable de sa démarche, par se perdre dans sa propre réflexion sans jamais arriver vraiment à convaincre. Le jeu des trois comédiennes – Tamara Al SaadiMaud Le Grevellec et Catherine Matisse – , la mise en espace de Claudia Stavisky et la musique omniprésente qui résonne sous la voûte des arcades, invite aux songes à défaut de nous intéresser tout à fait. 

La folle journée de Gloria
Gloria Gloria de Marcos Caramés-Blanco. Mousson d'été. Nouvelles écritures. © Boris Didym

Attention, petit bijou acide et drôle ! Il est 5h45 du matin. Le réveil sonne. Gloria (sensationnelle Frédérique Loliée) se lève comme d’habitude. Rien de bien passionnant, un café à faire chauffer, une ou deux cigarettes à griller, du maquillage à appliquer. Ni plus que hier, ni moins que demain, juste une nouvelle journée semblable à la précédente. Les fins de mois difficiles, un amoureux au chômage, une vie de galère à aider les autres, à nettoyer leur merde, elle connaît tout ça. Mais un accident va tout changer, va tout faire basculer. Gloria largue les amarres laissant derrière elle tout ce qui l’entrave. De son écriture percutante et enlevée, le jeune auteur Marcos Caramés-Blanco signe un road-movie détonant, qui aborde avec intelligence et sans misérabilisme, bien au contraire, la vie des « petits gens ». Jeu et mise en espace au cordeau font le reste. Avec Gloria Gloria, ça swinge à Pont-à-Mousson. 

Finir à Table !
A table ! Michel Didym. La mousson d'été. © Boris Didym

La journée touche à sa fin. Un dernier texte pour la route. Sous le chapiteau, avant que le DJ Etienne s’empare des platines, Michel Didym présente trois extraits de la pièce qu’il devait mettre en scène en juillet au Printemps des Comédiens, A table ! C’est l’occasion d’aborder à travers la revisite de plats typiques telle la pizza ou le hot-dog, à travers d’autres cultures. Un moment de partage qui met l’eau à la bouche !

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore – Envoyé spécial à Pont-à-Mousson

La mousson d’été – Abbaye des Prémontrés – Pont-à-Mousson
Jusqu’au 27 août 2020

Chien-Fusil de Simon Longman (Royaume-Uni)
Traduction de Gisèle Joly (Texte traduit avec le soutien de La Maison Antoine-Vitez, Centre international de la traduction théâtrale)
Lecture dirigée par Charlotte Lagrange
Avec Etienne Galharague, Romain Gillot, Emma Meunier, Charlie Nelson et Alexiane Torrès

La Musique et le mal de Lola Blasco (Espagne)
Traduction de Clarice Plasteig (Texte traduit Avec le soutien de la Maison Antoine-Vitez, Centre international De La traduction théâtrale, présenté en partenariat avec le projet Fabulamundi. Playwriting Europe soutenu par le programme Europe Créative De l’Union européenne)
Lecture dirigée par Claudia Stavisky
Avec Tamara Al Saadi, Maud Le Grevellec et Catherine Matisse
musique Philippe de Thibault

Gloria Gloria de Marcos Caramés-Blanco (France) – Ce texte a bénéficié́ de l’aide à la Création d’ARTCENA en automne 2019
Lecture dirigée par Laurent Vacher
Avec Eric Berger, Marie Sohna Condé, Nicolas Chupin, Nadine Ledru, Odja Llorca Et Frédérique Loliée, Musique Vassia Zagar 

À Table !
Cœur de Poulet de Josep Maria Miró (Espagne/Catalogne), Traduction Laurent Gallardo
Adieu ! Chien Chaud de Nathalie Fillion (France)
Couscous-Pizza d’Elena Vladareanu (Roumanie), Traduction Alexandra Lazarescou
Lectures dirigées Par Michel Didym assisté Par Yves Storper 
Avec Christophe Brault, Nadine Ledru, Bruno Ricci Et Alexiane Torrès
Musique d’Emmanuel Humeau et Christophe Blondé-Poet
En Partenariat Avec le Projet Fabulamundi. Playwriting Europe soutenu par le programme Europe Créative de l’Union duropéenne et Le Printemps Des Comédiens Montpellier 

Crédit photo © OFGDA et Boris Didym

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