Michel Didym, La Mousson d'été. La Manufacture de Nancy. CDN. © Eric Didym

La mousson d’été bat son plein

Festival international dédié aux nouvelles écritures théâtrales et fondé par Michel Didym son directeur artistique, La Mousson d’été fête cette année ses 25 ans d’existence. Au cœur de la Lorraine, à l’Abbaye des Prémontrés, auteurs et amoureux de lettres contemporaines font leur rentrée. En cette période de crise sanitaire, le metteur en scène, qui est aussi à la tête de Manufacture de Nancy, fait le point sur cette bien étrange saison. 

Vous fêtez les 25 ans de la Mousson d’été. Qu’elle en est l’essence ? 
Michel Didym, La Mousson d'été. La Manufacture de Nancy. CDN. © Eric Didym

Michel Didym : Ce sont des rencontres internationales d’écritures. Chaque année, depuis 1995, nous offrons la possibilité à vingt-deux auteurs contemporains venant du monde entier de faire entendre leur prose, d’aller à la rencontre d’un public d’amateurs et de professionnels. Cette année, en raison de la crise de la covid, on s’est limité à l’espace Schengen. Toutefois, nous avons décidé de programmer trois écrivains d’Amérique du Sud. Ils ne seront physiquement pas présents, mais leurs textes seront lus. On réunit l’ensemble de ces artistes dans l’Abbaye des Prémontrés, qui est un centre culturel de rencontre, situé en bord de Moselle. Le cadre idéal et magnifique pour prendre le temps d’écouter et de partager. Dans ce lieu de 12 mille m2 dédié, tous les étés, aux nouvelles écritures, on permet à des comédiens, des musiciens, des dramaturges, des auteurs de faire connaissance, de se retrouver. Quand la magie a pris, on présente des lectures publiques, dont la plupart sont enregistrées puis diffusées sur France Culture. C’est d’ailleurs dans ce cadre que j’ai découvert Habiter le temps de Rasmus Lingberg, pièce que je vais monter en décembre à Nancy, avant de la tourner en Europe. Ce sera ma dernière création en tant que directeur du CDN. En janvier 2021, je laisse, en effet, ma place à la metteuse en scène, Julia Vidit, récemment nommée. 

Quelle est la particularité de cette 26e édition ? 
Michel Didym, La Mousson d'été. La Manufacture de Nancy. CDN. © Eric Didym

Michel Didym : Cette année, nous sommes partenaires de FabulaMundi, un projet de coopération entre théâtres, festivals et structures culturelles de 10 pays de l’UE (Italie, France, Allemagne, Espagne, Roumanie, Autriche, Belgique, Royaume-Uni, Pologne et République-Tchèque). Soutenu par la commission européenne dans le cadre de l’appel à projet « Creative Europe Call », l’événement qui ne réunit pas moins de 80 auteurs a pour objectif de soutenir et de promouvoir la dramaturgie contemporaine, de renforcer les réseaux de coopérations artistiques entre tous les États membres. Le spectacle A table, initialement prévu au Festival montpelliérain, Le Printemps des Comédiens avait pour socle dramaturgique, les textes de huit auteurs issus de cette initiative. 

Qu’en est-il de la Manufacture que vous quittez en décembre prochain ? 
Fellag. Bruno Ricci. Michel Didym, La Mousson d'été. La Manufacture de Nancy. CDN. © Eric Didym

Michel Didym : Dès que le confinement a été levé, nous avons rouvert les locaux du CDN pour des résidences d’artistes. Il était important pour nous, tout en respectant les règles sanitaires, c’est-à-dire pas plus de dix personnes par session, de permettre aux compagnies, avec lesquelles nous avions un engagement, de reprendre le travail. Par ailleurs, après plusieurs mois d’arrêt, il nous semblait primordial d’occuper l’espace théâtral. Faute de ne pouvoir aller à Montpellier, nous avons adapté le concept d’A Table, spectacle musicalo-gastronomico-littéraire, en reprenant Comment réussir un bon petit couscous de Fellag, avec le comédien Bruno Ricci. La pièce, qui a rencontré un beau succès, tourne dans la région lorraine depuis sa création le 8 juillet dernier. En parallèle, nous avons aussi mis en place pas mal d’ateliers et développé le théâtre de verdure. L’objectif que nous nous sommes fixés est simple faire participer les gens et leur redonner le goût du spectacle vivant. 

Comment réagit le public ?
Fellag. Bruno Ricci. Michel Didym, La Mousson d'été. La Manufacture de Nancy. CDN. © Eric Didym

Michel Didym : Il est assez enthousiaste. C’est très étonnant d’ailleurs de voir que finalement, nous, les gens de théâtre, les organisateurs de manifestations culturelles, sommes plus inquiets qu’eux face à la Covid. Nous nous devons de faire respecter les gestes barrière, d’imposer le port du masque dès qu’on est à l’intérieur, de faire attention à ne pas être trop près les uns des autres. Dans l’ensemble, tout se passe bien. Tout le monde est compréhensif et collaboratif. Ce que l’on sent tout particulièrement c’est leur envie de partager, leur appétence à (re)voir du spectacle vivant. Le public est au rendez-vous contrairement à ce que certains oiseaux de mauvais augure peuvent laisser entendre. En juillet, à la Colline, la reprise de Littoral de Wadji Mouawad a fait salle comble. Il était impossible d’avoir des places. Le 10 juillet, quand nous avons joué à Villers-Lès-Nancy, dans le Parc de Madame Graffigny, nous tablions sur une centaine de personnes. Au final, nous étions plus de 300. Et ceci tout en respectant les règles sanitaires. Tout cela nous a conforté dans l’idée qu’il était nécessaire de reprendre au plus vite le chemin du théâtre. D’autant que quand on prend le temps d’écouter les spectateurs, tous nous disent qu’ils en ont assez de la culture individualiste. Les gens ont besoin de culture collective. A mon sens, c’est fondamental pour notre démocratie. C’est l’essence même de l’animal politique que nous sommes. Nous avons besoin de cela pour avancer, réfléchir, vivre. 

Qu’en est-il de la saison à venir de la Manufacture ? 
Michel Didym, La Mousson d'été. La Manufacture de Nancy. CDN. © Eric Didym

Michel Didym : Nous avons bien sûr dû réadapter notre programmation, l’étoffer. Il a fallu que nous recasions des spectacles, tout particulièrement ceux en coproduction, en raison de l’investissement artistique et financier que nous avons fourni. Certains, malheureusement, ont dû être annulés. Mais dans tous les cas, nous avons honoré nos engagements. Vis-à-vis de notre public, nous nous devions de faire le maximum pour lui permettre de voir le maximum de choses que nous lui avions promis. Mais à l’heure actuelle, nous ne savons toujours pas quelle jauge, nos tutelles, vont nous autoriser. Pour l’instant, nous sommes sur un siège de libre entre chaque foyer. Ce qui représente un remplissage de salle à 65 % en moyenne. C’est pour nous très impactant. Cela menace l’équilibre de certains spectacles. Avec quelques compagnies, nous avons décidé d’augmenter le nombre de représentations prévues. Ainsi, certains spectacles seront joués en après-midi. 

Qu’allez-vous faire en janvier quand vous aurez quitté la Manufacture ? 

Michel Didym : Je vais me consacrer à la Mousson et au développement international de mes spectacles. Avec la Mousson, nous sommes depuis plusieurs années en partenariat avec Tintas Frescas – littéralement encres fraîches – , un manifestation initiée par plusieurs pays d’Amérique du Sud. Dans ce cadre, je suis en train de mettre en place un projet de traduction et de production d’auteurs contemporains français. Un projet que nous espérons monter à Buenos Aires, huit textes issus de ce programme. En parallèle, nous travaillons à favoriser des échanges avec le Pérou et la Colombie. C’est très exaltant et prenant. Je continue à aller de l’avant et dei promouvoir nos auteurs. C’est le plus important, c’est l’essence de ma vocation.  

Propos recueillis par Olivier Frégaville-Gratian d’Amore

La mousson d’été – Abbaye des Prémontés – Pont-à-Mousson
Jusqu’au 27 août 2020

Crédit Photos © Eric Didym, © Boris Didym et ©OFGDA

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