Mixity à Montmartre. Bruno Agati. © DR

Bruno Agati fait danser les fenêtres montmartroises

Avec sa compagnie Mixity, le chorégraphe et metteur en scène Bruno Agati s’amuse des restrictions imposées au théâtre par la crise sanitaire, pour offrir un show haut en couleurs qui se déroule aux fenêtres d’un immeuble montmartrois. Il suffit de « Lever les yeux » pour que la magie opère !

Comment est née l’idée de Mixity ?
Bruno Agati. Mixity Montmartre. © DR

Bruno Agati : Il y a quatre ans, je fête mon anniversaire dans un restaurant de Montmartre avec des amis. Évidemment, parmi ces derniers, il y a des danseurs qui, à la fin de la soirée, se mettent à danser, à faire le show. Coco, la patronne du lieu, qui est un peu la Juliette Gréco de Montmartre, est sous le charme. Je lui propose alors de faire un jour un spectacle dans son resto. J’en parle aux danseurs présents qui trouvent l’idée intéressante. Comme on est à Montmartre, l’idée est de faire un spectacle de cabaret. On a démarré un week-end pour voir comme cela allait marcher et on l’a fait ensuite une fois par mois. Cela a été un bonheur immense, mais on a dû partir parce que les voisins se plaignaient du bruit. Alors on a cherché où se produire et on s’est retrouvé dans des restaurants plus grands. C’est devenu de plus en plus pro. 

Le show se compose de numéros où des vedettes de variétés sont prises comme modèles…

Bruno Agoti : Quand j’étais gamin, j’imitais Zizi JeanmaireDalida, mais aussi Julien Clerc… J’adorais faire le show à travers des personnages célèbres. C’est ce qui m’a inspiré. Nous proposons une incarnation de différentes personnalités du showbiz, avec tout le respect que l’on peut avoir pour les artistes… Ce n’est pas un travail de sosie. Il faut d’abord comprendre l’histoire de l’artiste, ses émotions, son parcours. Et s’il y a un travail de maquillage, c’est parce qu’une fille joue un mec et un mec, une fille.  C’est fascinant de rentrer dans le personnage de quelqu’un. On a imaginé aussi que ces artistes pouvaient se rencontrer. Il y a Barbara qui montre le chemin à Mylène FarmerJeanne Mas qui chante avec Prince. Arielle Dombasle devient une infirmière qui essaye d’aider Amy Winehouse. Des générations se croisent et se rencontrent. C’est très mis en scène. Évidemment il y a de l’humour, du décalage, mais toujours avec le respect. La magie.

Qu’est-ce que Mixity ?

Bruno Agati : Mixity est une compagnie composée de filles et de garçons, danseurs, chanteurs et comédiens. Ils ont entre 20 et 60 ans. Ils sont tous professionnels, même si parmi la troupe, certains, comme aux États-Unis, ont un travail à côté. Chacun apporte ses connaissances sur son univers. C’est ça la mixité. L’idée était d’investir les lieux et de les utiliser tels qu’ils sont. Quand nous jouions dans les restaurants, on s’habillait dans les cuisines ou dans les chiottes. On déboulait dans la salle, Freddie Mercury arrivait à droite, Céline Dion à gauche. Cela pouvait surgir de sous une table, de devant, de derrière, de la terrasse. Il n’y avait pas de scène et c’était ça que je recherchais. On a joué dans la Brasserie du Vaudeville à la Bourse. Ce n’était pas facile au niveau de l’espace mais le challenge était là. On a utilisé le petit cercle de cette brasserie. Le cercle, c’est comme un cirque. Ce que je trouve intéressant c’est d’utiliser le lieu tel qu’il est et de créer le spectacle dans cet espace. L’idée était aussi de changer d’endroit tous les mois et de donner un rendez-vous au public. Très souvent, je ne savais pas où on allait aller. On a investi des lieux improbables, des petits et des grands restaurants. On a joué en province, en salle, en plein air. 

Le bouche-à-oreille a été votre meilleur allié…

Bruno Agati : Bien sûr ! Nous n’avons pas eu énormément d’articles de presse, mais Thierry Voisin de Télérama nous a bien suivis. C’est difficile à mettre en place, un travail avec les médias parce que nous ne savons pas à l’avance où l’on va jouer.  Il fallait donc trouver où se poser tous les week-ends. Depuis deux ans, j’ai l’envie d’ouvrir un cabaret, un endroit festif. Comme à l’époque de l’Alcazar. Voir du show, rencontrer des artistes, boire un verre, s’amuser, danser, aujourd’hui, il y a une demande pour ça. J’étais en négociation avec un restaurant qui possède une salle cabaret place de la Bourse quand est arrivée l’histoire du virus et du confinement. Tout s’est arrêté !  

Et quand arrive le déconfinement, que se passe-t-il pour vous ?
Mixity. Bruno Agati. © DR

Bruno Agati : On avait compris qu’il n’allait rien se passer, que cela allait être difficile. Les cabarets, les boîtes sont fermés, investir un restaurant, pas possible. Mixity n’allait pas jouer avant longtemps.  Et puis un jour, je suis avec un ami à la maison. Pour nous amuser, j’enfile une robe, une perruque, des lunettes et on se met à la fenêtre. On fait trois minutes. Les gens qui étaient en bas se sont arrêtés. Ils rigolent, écoutent et se mettent à applaudir. J’ai compris que c’était le moment de faire le show devant des gens qui sont dans la rue, de leur offrir un spectacle, car il est bien évidemment offert. J’ai envoyé un SMS à la troupe en leur disant : voilà on va faire un spectacle aux fenêtres et je vous propose le week-end du 8 et 9 juillet. Je ne savais pas vraiment ce que l’on allait faire mais ils m’ont suivi. 

Et vous avez transformé la façade de votre immeuble en salle de spectacle. Comment vous y êtes-vous pris ?

Bruno Agati : J’ai deux fenêtres chez moi qui donnent sur la rue, ce qui n’est pas assez. Ma voisine d’à côté, qui en a trois, a tout de suite été d’accord pour nous prêter les siennes. Les autres voisins nous ont aussi suivis. La propriétaire de l’immeuble est rentrée exprès pour être présente. Au-dessus de chez moi, il y a une chanteuse lyrique que je suis allé voir en lui disant que l’on ne pouvait pas faire ce spectacle sans elle. Elle a accepté. Au-dessus, il y a Anne Artigau qui nous fait la lumière des spectacles Mixity ! On a aussi une adorable petite mamie de 90 ans qui est descendue pour voir le spectacle. Quant aux nouveaux locataires, arrivés trois jours avant, ils se sont retrouvés avec plaisir dans le bain. C’est l’immeuble de l’amour. Pour les prochaines éditions, on va sûrement investir deux fenêtres de plus, en haut. L’image que j’avais dans la tête était la pub Chanel pour le parfum Égoïste. On commence le spectacle avec la musique de Prokofiev et les artistes ouvrent et ferment les fenêtres en hurlant « Mixity – Mixity ». 

Et le public s’installe où ?

Bruno Agati : En face de chez moi, il y a deux brasseries qui sont collées, « Le vrai Paris » et « Le sancerre ». Avec les terrasses qui se sont développées, il y a vraiment de quoi faire. C’est le même patron que je connais bien. Je l’ai prévenu, attention le week-end prochain tu risques d’avoir du monde parce que je vais faire un spectacle aux fenêtres et que des gens vont te réserver des tables. Il a trouvé l’idée géniale même s’il ne comprenait pas trop ce que cela voulait dire. Le 8 juillet, quand on a démarré le spectacle, pas mal de gens étaient déjà installés aux tables. Puis, les passants qui, entendant la musique, se sont arrêtés et sont restés. Le spectacle dure environ 60 minutes et commence à 20h30. Il y a quatre parties, avec 10 mn d’entracte entre elles, pour permettre aux gens de circuler et de souffler. 

Et ça a été un triomphe !
Mixity. Montmartre. © DE

Bruno Agati : Ceux qui étaient venus le samedi sont presque tous revenus, le dimanche, accompagnés de copains. Un ami d’un ami a filmé avec son portable. Il en a fait un montage qu’il nous a envoyé et qui a été diffusé sur les réseaux sociaux. On en est à 100 000 vues sur Facebook®. Il est apparu évident qu’il fallait faire d’autres dates. Les 8 et 9 août, on est reparti pour la deuxième édition. Le samedi, il y a eu un monde fou. Ce n’était pas le même spectacle qu’en juillet, car il y avait d’autres artistes, donc de nouveaux numéros. Le dimanche, les flics, qui avaient été harcelés au téléphone par quelqu’un, sont arrivés sur mon palier à 21h15 et m’ont demandé d’arrêter le spectacle. Ils ont été sympas ! Mais on a dû tout stopper, faute d’autorisations. J’avais fait la demande début juillet, mais la Mairie m’ayant dit qu’il n’y aurait pas de réponse avant deux mois, je n’allais pas attendre. J’étais chez moi, on était dans une urgence, car c’est un spectacle d’été et c’est lié avec ce qui se passe en ce moment. Maintenant j’ai toutes les autorisations, j’ai fait jouer un paquet de monde pour que cela avance. Pour les dates du 29 et 30 août, j’ai l’autorisation de l’édile du 18e arrondissement, très intéressée par le projet, l’autorisation du commissariat et de la Préfecture de police. Je suis en train de demander celle pour septembre. Car j’aimerais que l’on joue ce mois-là, le week-end du 17 et 18, et celui d’après car cela sera la fin des terrasses. Et je voudrais que l’on fête la fin de ces terrasses qui se sont développées à Paris. Il va y avoir une dizaine d’artistes car tout le monde sera rentré. J’ai dix bénévoles vêtus de gilets jaunes qui veilleront à ce que les gens ne se retrouvent pas trop collés, vérifieront le port des masques, des choses comme ça. 

Et ensuite ?

Bruno Agati : Après, j’aimerais développer ceci dans d’autres quartiers de Paris, être accueilli par des gens qui ont envie d’avoir ce spectacle à leurs fenêtres. Je demanderais bien à Anne Hidalgo de nous prêter les fenêtres de l’Hôtel de Ville. Ce qui est merveilleux dans ce concept, c’est la notion de l’espace. Tu as le ciel, les fenêtres, le public et c’est magique. On a des petites lumière. Les volets et les fenêtres sont habillés avec des couvertures de survie, cela donne un côté argent très cabaret. On est dans un cadre de scène. C’est génial de jouer aux fenêtres.

Entretien réalisé par Marie-Céline Nivière

Mixity aux fenêtres de Bruno Agati


Crédit photos © DR

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