La Traviata, les folles coulisses croquées par Sivadier

Plus de quinze ans après sa création, le metteur en scène sarthois, Jean-François Sivadier recisèle, avec drôlerie et finesse, sa pièce culte, Italienne scène et orchestre. Reprenant la distribution d’origine,il convie pour une représentation exceptionnelle public restreint et téléspectateurs à découvrir l’envers du décor du plus célèbre opéra de Verdi. Un bijou détonnant d’humour et d’intelligence !

Le ciel est gris en ce samedi après-midi. Les nuages noirs sont un peu menaçants. Les rues de la capitale semblent manquer d’air frais. Rien dans cette ambiance morose et étouffante ne présage d’une soirée réjouissante. Et pourtant, en prenant la direction de la MC93 pour découvrir enfin Italienne scène et orchestre de Jean-François Sivadier, une certaine excitation se fait sentir. Le désir de découvrir enfin cette pièce mythique, la première qu’il ait écrite et dont il signe seul la mise en scène, se fait plus prégnant. 

Flash-back
Italienne scène et orchestre de Jean-François Sivadier MC93 © Calain Dugas

On est en 1997. Le dramaturge Didier Georges Gabily, dont le jeune artiste sarthois est proche, meurt prématurément à l’âge de 40 ans. Comédien, il n’a jamais rien monté. Laurent Pelly, alors directeur du centre culturel Le Cargo, à Grenoble, lui propose de créer un spectacle de toute pièce. Seules contraintes, la durée moins d’1h30, pas plus de quatre acteurs et surtout que cela se passe ailleurs que sur le plateau. C’est ainsi qu’en une nuit, Jean-François Sivadier imagine Italienne avec orchestre, seconde partie de son diptyque. L’idée fait saliver. Le public est placé à la place des musiciens, dans la fosse et assiste impuissant au conflit d’égo entre le metteur en scène et le chef d’orchestre, aux caprices d’une diva, aux simagrées des comédiens. 

Rires à tous les étages 

En plongeant les spectateurs au cœur de la création, les invitant à être des témoins privilégiés de répétitions surréalistes, l’auteur-metteur en scène signe une œuvre passionnante autant qu’hilarante. Décortiquant l’opéra de Verdi, la replaçant dans son contexte historique et intime, il donne sa propre lecture de La Traviata. Et c’est tout simplement jubilatoire. La baguette à la main, Sivadier se glisse dans la peau du chef d’orchestre et offre à son complice de longue date, Nicolas Bouchaud, le rôle du metteur en scène exalté. Leur « guéguerre » entre théâtralité et musicalité est un bijou de perversité désopilant. On ne se lasse pas de leurs pantomimes, de leurs grimaces – les têtes de Bouchaud valent à elles seules le détour – , de leurs petits mots assassins. 

Premier acte

Au-delà du divertissement savoureux, le texte de Sivadier est une mise en abyme du spectacle vivant, qui bouscule les préjugés et donne de nouvelles pistes de réflexions. Six ans plus tard, en 2003, fort de ce premier succès, le metteur en scène sarthois reprend son texte et l’agrémente d’un premier acte tout aussi réussi. Cette fois le public se glisse sur scène à la place de choristes amateurs. Quand le rideau se lève, la salle est vide. Dépassé par des acteurs facétieux , une diva qui a tout de l’Arlésienne Nicolas Bouchaud tente tant d’imposer sa vision éclairée de La Traviata. On rit aux larmes, tant la mécanique parfaitement huilée fonctionne à merveille. Portée par la complicité des comédiens – hallucinante Marie Cariès, épatante Charlotte Clamens, tordant Vincent Guédon et impayable Nadia Vonderheyden – , le spectacle de plus de 3h30 avec entracte passe à toute allure pour le plus grand plaisir de tous. 

Une diffusion télévisuelle à découvrir

Faute de pouvoir assister à une représentation – pas de reprise prévue dans les mois à venir – , cette fascinante et burlesque Italienne scène et orchestre sera bientôt à découvrir sur le réseau France Télévisions. Un rendez-vous à ne pas rater !

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore

Italienne scène et orchestre de Jean-François Sivadier
Répétitions à la MC93 avant captation pour France Télévision
avec Nicolas Bouchaud, Marie Cariès, Charlotte Clamens, Vincent Guédon, Jean-François Sivadier, Nadia Vonderheyden
collaboration artistique de Véronique Timsit
Son de Jean-Louis Imbert
Lumières de Jean-Jacques Beaudouin

Crédit photos © Marie Clauzade et © Calain Dugas

Print Friendly, PDF & Email

Laisser un commentaire

Your email address will not be published.

*

Dernièrement

Aller à Haut