(LA) HORDE fait trembler le Châtelet

Le Collectif, nouvellement nommé à la tête du Ballet national de Marseille, envahit la vieille institution parisienne, récemment rénovée. Invitant ses danseurs à une rave party géante, (LA) HORDE, en collaboration avec RONE, le roi de l’électro, prend les armes contre l’ancien monde. Clairement, ça dépote !

Les beats, les basses se font entendre dès l’entrée du théâtre. Ça pulse et résonne dans le corps, dans le cœur. La foule se masse, monte les marches. Le show a déjà commencé, RONE est aux manettes. Dans un décor post-apocalyptique imaginé par Julien Pleissel, sorte de carrière désaffectée de pierres blanches, comme on peut en trouver non loin de la capitale, une poignée de danseurs lâche prise avec le réel et se laisse porter par les « vibes ». Ils semblent tous sous-acide.

Tempo enivrant

Les murs vibrent. Les éclairages, ceux du plafonnier, du grand lustre, des appliques, vacillent et clignotent. Tout est au diapason de cette musique assourdissante, mécanique, exaltante. Difficile de résister, la salle à l’unisson entre en transe hypnotisée par la cadence, la rythmique des battements sonores, la gestuelle répétitive des interprètes. Impossible de résister, le flow entraîne le public dans la folle ronde, dans cette grand-messe extatique et techno-pop.

Par-delà les règles

Les corps souples des vingt danseurs du Ballet national de Marseille se tordent en tout sens, sautent, tressautent, virevoltent. Ils prennent possession des lieux, ne font plus qu’un avec la musique. Ils sont en guerre, viennent en découdre contre ce vieux monde qui entraîne la terre à sa perte, cette société à la dérive arquée sur des préceptes archaïques. La rave-partie pour se donner du courage, la violence comme seule réponse à l’incompréhension, la solidarité contre l’individualiste crasse. Habillés de bien étrange façon par Salomé Poloudenny, nos combattants pour un autre avenir, pour en finir avec cette ère moribonde, où tout s’écroule, n’ont plus de genre, se foutent des conventions. Homme, femmes se mélangent, s’attirent et se rejettent.

Du chaos nait la beauté, l’espoir

S’inspirant du ressenti de la génération désabusée et en colère, à laquelle, ils appartiennent, les membres du collectif (LA)HORDEMarine Brutti, Jonathan Debrouwer et Arthur Harel – secouent l’establishment, font fi des règles et signent un spectacle à l’énergie débordante. Abordant mille et un sujets, ils touchent au sublime tout en se perdant parfois en chemin. Habitant le plateau dans son entièreté, ils ne négligent ni l’ombre, ni l’arrière-plan. Ça bouge tant que la tête finit par tourner.

L’écriture est vive, alternative, désordonnée, mais toujours précise. La technique des danseurs est parfaite. En tête, Sarah Abicht, Vito Giotta, Clara Davidson, Nathan Gombert et Dovydas Strimaitis s’époumonent, s’épuisent dans une danse plurielle, sauvage.

Ce déluge de décibels, de couleurs, de mouvements, fait son effet, touche son but, emporter le public vers un ailleurs, une zone de flottement, au-delà du réel. Tout n’est pas parfait, mais c’est efficace, ça fonctionne. D’un bond, la salle se lève et acclame autant la performance, les interprètes, le musicien que les chorégraphes.

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore


A Room With a View, conception du Collectif (LA)HORDE & de RONE
Théâtre du Châtelet
Place du Châtelet
75001 Paris
Jusqu’au 14 mars 2020
Durée 1h15 environ


Tournée
Les 20 et 21 juillet 2020 aux Nuits de Fourvière

Musique de RONE
Mise en scène et chorégraphie du Collectif (LA)HORDE
Scénographie de Julien Peissel
Costumes de Salomé Poloudenny
Lumières d’Eric Wurtz
Avec le Ballet national de Marseille – Sarah Abicht, Daniel Alwell, Mathieu Aribot, Malgorzata Czajowska, Clara Davidson, Myrto Georgiadi, Vito Giotta, Nathan Gombert, Nonoka Kato, Kelly Keesing , Yoshiko Kinoshita, Angel Martinez Hernandez, Filippo Nannucci, Tomer Pistiner, Aya Sato, Dovydas Strimaitis, Elena Valls Garcia , Nahimana Vandenbussche

Crédit photos © Cyril Moreau et © Aude Arago

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