« Murder party » aux Mathurins

S’inspirant d’un concept venu d’Outre-Atlantique qui a largement fait ses preuves en 30 ans d’existence, Sébastien Azzopardi et Sacha Danino adapte Shears Madness du psychologue allemand Paul Portner et invente la comédie policière interactive à la Française. Avec plus de 2500 représentations en huit ans et un Molière, l’expérience est un véritable succès. 

Un brushing en berne, une coupe à rafraichir, une barbe à retailler, un seul salon à vous conseiller, celui du dynamique Jean-Marie Rollin. Attention les yeux, tout est rose, flashy, Short jaune ultra court, tee-shirt moulant, le coiffeur vous accueille avec sa collègue la « bimbo » Salomé Talaboulma au son de tubes disco ultra-connus. Ils dansent, chantent, virevoltent, passent d’une tête à l’autre. 

L’ambiance est bon enfant. Les conversations vont bon train sur la vie, les derniers potins, l’actualité people. Les blagues potaches fusent déclenchant des salves de rires dans la salle éclairée. De temps en temps, les nerfs se crispent. La pianiste, propriétaire des murs, habitant quelques étages au-dessus, fait ses gammes horripilant tout ce microcosme enjoué et superficiel. Toutefois, pas de quoi arrêter l’activité, le va-et-vient du personnel et des clients. Rien ne peut présager le drame à venir, le meurtre de la virtuose. 

Qui a fait le coup ? Forcément l’une des six personnes présentent dans l’immeuble à ce moment-là. L’inspecteur, responsable de l’enquête, Olivier Soliveres, en fait partie. Pour l’aider, il n’a d’autre choix que celui de demander aux spectateurs leur avis. Témoins oculaires, ils sont les seuls à pouvoir résoudre l’énigme. Est-ce le coiffeur ultra-gay, la pin-up ingénue, l’homme d’affaires ténébreux ou la bourgeoise cleptomane et « fofolle » ? A chacun de se faire son opinion. 

Drôle, déjantée, voire farfelue l’expérience immersive au cœur de ce Cluedo® géant est une belle récréation, une farce kitsch des plus savoureuses. Le public, aux anges, ose défier les comédiens, les pousser dans leurs derniers retranchements. Il questionne sans relâche, accuse avec aplomb, pointe les incohérences, se régale des boutades décapantes, parfois limite d’Olivier Soliveres, de la drague exagérée de Jean-Marie Rollin, des facéties loufoques de Marie-France Santon ou des répliques décalées, extravagantes de Salomé Talaboulma

Entremêlant café-théâtre et improvisation, Sébastien Azzopardi et Sacha Danino ont repris les principes de la pièce imaginée par le psychologue allemand Paul Portner, dont l’objectif était d’analyser les réactions de la salle, pour les adapter à un auditoire français. Glissant quelques allusions à l’actualité, quelques « private joke » – chaque comédien donnant son nom au personnage qu’il incarne – , menant la troupe tambour battant, ils signent un spectacle délirant qui fait oublier la grisaille et la morosité du quotidien. Malgré les grèves, le théâtre des mathurins ne désemplit pas. Tous les soirs, le succès est au rendez-vous et ce depuis plus de Huit ans. Bravo !

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore


Derniers coups de ciseaux de Paul Portner
Théâtre des Mathurins
36, rue des Mathurins 
75008 Paris
Jusqu’au 25 avril 2020
Durée 2h00 environ 


Adaptation de Sébastien Azzopardi Et Sacha Danino
Mise en Scène de Sébastien Azzopardi
Avec Olivier Soliveres, Thierry Lanckriet, François Raison, Jean-Marie Rollin, Marie-France Santon, Salomé Talaboulma.
Décor de Juliette Azzopardi
Costumes de Pauline Gallot
Lumières de Mamet Maaratie

Crédit photos © Emilie Brouchon

Print Friendly, PDF & Email

Laisser un commentaire

Your email address will not be published.

*

Dernièrement

Aller à Haut