Barbe bleue, revisité en un chant cruel et dissonant

Digne héritière des troubadours et des bardes, Jeanne Béziers s’empare du conte de Perrault pour en dévoiler la beauté cruelle, en souligner la fin moralisatrice. Soufflant le chaud et le froid, la metteuse en scène et sa troupe donnent rythme poétique et tempo lent à cette comédie musicale au charme suranné.

Sur scène, cinq espaces bien délimités – une salle de bain, un boudoir, une chambre, un séjour et un salon de musique – servent de cadre à l’histoire d’Hélène et de sa sœur Anne qui va nous être contée. Elles sont jeunes, charmantes. Elles chantent leur insouciance, leur innocence sous le regard bienveillant de leur mère. Bonnes à marier, elles sont présentées à un noble et riche seigneur du coin, qui a la fâcheuse répétition d’être un ogre, un veuf à répétition.

Connu pour sa barbe de même couleur que ses yeux bleus, l’homme est autant horrifique, ténébreux que charismatique. La trop gentille Hélène succombe à ses sulfureux attraits. Bonne épouse, amoureuse, elle se plie à toutes ses exigences, sauf une, ne pas pénétrer dans son cabinet secret. Mais la curiosité, un vilain défaut, va finir par avoir raison de ses principes, de ses dernières résistances. Ouvrant la porte interdite, elle découvre l’horrible et sanglante vérité : son cher mari égorge ses compagnes. Sera-t-elle la prochaine ou trouvera-t-elle le moyen de changer sa fatale destinée ? c’est toute la question.

Avec humour et gourmandise, Jeanne Béziers revisite le mythe de Barbe bleue sur une note burlesque et décalée. Elle en garde l’essence mais en transforme les contours. Dans un univers pourpre et sombre imaginé par Émilie Bazus et Stéphanie Mathieu, elle met les femmes au centre de cette fable transformée en comédie musicale. Préférant le chant des trouvères à des sonorités plus pop, la metteuse en scène signe un spectacle qui séduit par son côté désuet, par la fougue de comédiens-chanteurs particulièrement en verve, et par le jeu vibrant du pianiste.

Bluette féroce, tragi-comique qui résonnance bien étrangement dans le contexte actuel, où le nombre des féminicides ne cesse d’augmenter, Anne, ma sœur Anne est un divertissement autant ludique que cinglant, autant mordant que granguignolesque.

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore


Anne, ma sœur Anne Jeanne Béziers d’après La Barbe Bleue de Charles Perrault
Théâtre 13 – Seine
30, rue du Chevaleret
75013 Paris
Jusqu’au 19 janvier 2020
Du mardi au samedi à 20h – le dimanche à 16h
Durée 1h00 environ

Mise en scène de Jeanne Béziers
Avec Pierre-Yves Bernard, Jeanne Béziers, Martin Mabz, Cédric Cartaut, Hélène Darriot et Barbara Galtier en alternance avec Isabelle Desmero
Musique de Martin Mabz
Costumes de Christian Burle
Décor d’Émilie Bazus et de Stéphanie Mathieu
Lumière de Jean-Bastien Nehr et Leïla Hamidaoui
Son de Cédric Cartaut

Crédit photos © Christian Milord

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