La grève en technicolor

S’emparant d’un des standards de Broadway des années 1950, The Pajama Game, Jean Lacornerie se fait le chantre flashy de la lutte sociale. Alors que le mécontentement gronde en France, que les grèves paralysent une partie du pays, le directeur du théâtre de la Croix-Rousse fait chanter, danser les ouvriers et donne du peps aux revendications syndicales. Une romance acidulée et contestataire charmante ! 

Au fin fond de l’Iowa, dans une petite bourgade, à quelques encablures Chicago, Sid Sorokin (excellent Vincent Heden), nouveau directeur exécutif d’une manufacture de pyjamas, doit faire face à un conflit social. En plein maccarthysme, alors que les cadences de travail sont de plus en plus infernales, les ouvriers demandent une augmentation de sept cents et demi par heure travaillée, ce qui leur a été, pour l’instant, refusé par un patron retors et autoritaire. 

Prêts à tout pour ces quelques deniers supplémentaires, les salariés, tous vêtus de bleus de travail aux couleurs psychédéliques, regorgent d’idées pour saboter la production. Malfaçon, mauvais étiquetage, travail ralenti ou mêmes dégradations délibérées de machines déjà en mauvais état. Menée par les femmes, toutes plus glamour, les unes que les autres, la contestation s’organise autour de l’une d’entre elles, Babe Williams (épatante Dalia Constantin). Charmante, elle ne laisse pas insensible le nouveau chef, qui s’amourache d’elle. Sur fond de grève, leur idylle fait des étincelles.

Croquant le petit monde de l’entreprise, et plus largement la société quelque peu rétrograde de l’Amérique profonde des années 1950, la nouvelle de Richard Bissel7 1⁄2 Cents, publiée en 1953, esquisse un féminisme doux qui rêve de modifier l’ordre patriarcal établi. Avec malice, George Abbott s’en saisit en 1954 pour en faire une comédie musicale « jazzy ». S’entourant à l’époque de Bob Fosse à la chorégraphie, de Richard Adler et Jerry Ross à la musique, il met tous ses atouts de son côté. Le succès est au rendez-vous. Certaines des chansons deviennent « cultes ». 

Plus de 60 ans plus tard, Jean Lacornerie et Raphaël Cottin revisitent dans une variante pétillante et « flashy » ce classique de Broadway. Il n’a rien à redire, c’est une belle réussite. Mené à un rythme d’enfer, malgré un démarrage un peu lent, The Pajama Game version 2019 fait des étincelles. S’appuyant sur l’ingénieuse et industrielle scénographie de Marc Lainé et Stephan Zimmerli, qui rappelle les usines textiles des fifties, sur les talents des interprètes, à la fois comédiens, chanteurs, danseurs et musiciens, le metteur en scène strasbourgeois et son complice chorégraphe s’en donnent à cœur joie assumant un côté vintage et burlesque des plus savoureux. Accentuant les situations cocasses, ils livrent un spectacle joyeux qui met du baume au cœur en ce temps de grisaille sociale. 

Devant les facéties de ces artistes orchestres – lumineuse Dalia Constantin, déroutante Marianne Devos, explosive Marie Glorieux, remarquable Vincent Heden, singulier Pierre Lecomte, étonnante Mathilde Lemonnier, facétieux Alexis Mériaux, détonante Amélie Munier, surprenant Zacharie Saal, impayable Cloé Horry – , le public aux anges, galvanisé par ces passionaria de la parité, du bien-être au travail, de la justice sociale, se délecte de cette gourmandise acidulée qui picote les sens. Une bien jolie bluette matinée de syndicalisme à donner envie de battre le pavé ! 

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore – Envoyé spécial à Lyon


The Pajama Game de George Abbott et Richard Bissell d’après le roman 7 1/2 cents de Richard Bissell 
Théâtre de la Croix-Rousse
Place Joannes Ambre
69004 Lyon
Jusqu’au 29 décembre 2019
Durée 2h00


Tournée
Le 8 janvier 2020 au Nest, CDN Thionville Grand Est 
Du 29 janvier au 1er février 2020 à l’Opéra de Rennes 
Les 5 et 6 février 2020 au Grand Théâtre, Angers 
Du 9 au 13 février 2020 au Théâtre Graslin, Nantes 
Le 18 février à la Maison de la Culture, Nevers 
Le 21 février 2020 à la Scène nationale de Mâcon 
Les 3 et 4 mars 2020à la Maison de la Culture, Bourges 
Les 19 et 20 mars 2020 à l’Opéra de Clermont-Ferrand 
Du 1er au 2 avril 2020 à la Scène Nationale, Saint-Nazaire 
Le 8 avril 2020 à l’Opéra de Saint-Etienne


musique et chansons Richard Adler et Jerry Ross
direction musicale, arrangements et percussions de Gérard Lecointe
mise en scène Jean Lacornerie et Raphaël Cottin
avec Dalia Constantin, Marianne Devos, Marie Glorieux, Vincent Heden, Pierre Lecomte, Mathilde Lemonnier, Alexis Mériaux, Amélie Munier, Zacharie Saal, Cloé Horry, au piano Sébastien Jaudon, à la contrebasse Daniel Romero
Scénographie de Marc Lainé et Stephan Zimmerli
Lumières de David Debrinay
Costumes de Marion Benagès
traduction de Jean Lacornerie
maquillage et coiffure de Sylvie Barrault, Astrid Martinière et Rebecca Barrault
réalisation des décors et costumes ateliers de l’Opéra de Lyon

Crédit photos © M. Cavalca

Print Friendly, PDF & Email

Laisser un commentaire

Your email address will not be published.

*

Dernièrement

Aller à Haut