Un peu de Tate à Paris

De Gainsborough à Reynolds, en passant par Constable et Martin, les grands maîtres qui ont donné à la peinture anglaise son élan, son aura, à la fin du XVIIIème siècle, sont au cœur de la dernière exposition du Musée du Luxembourg. Conçue comme un « digest » de la Tate, la balade artistique laisse sur sa faim, faute d’œuvres majeures.

Leur nom fait saliver les amateurs de peinture classique. Ils sont au panthéon des artistes du XVIIIe siècle. A l’honneur à l’ancienne orangerie du Luxembourg, Reynolds, Gainsborough et Turner dévoilent quelques-unes de leurs toiles. Des grands portraits de belles aristocrates à des scènes plus intimes de famille, en passant par quelques tableaux de chasse ou de paysage, c’est toute l’Angleterre flamboyante de l’ère georgienne qui s’affiche sur les cimaises du Musée du Luxembourg. Aisée, la noblesse britannique se montre dans toute sa splendeur. 

Le parcours commence en beauté. Lady Bampfylde peinte par Joshua Reynolds fait face à Lady Bate-Dudley portraiturée par Thomas Gainsborough. Les deux belles s’observent et semblent se jauger. Chacune prend la pose dans un décor naturel fantasmé. Évaporée, elles arborent leurs plus beaux atours. Mais, c’est le visage juvénile d’un jeune homme qui attire notre attention. A peine esquissé, il semble tout droit sortie d’un songe. Il représente le neveu deGainsborough. D’autres œuvres des deux peintres de cour s’affrontent, chacun rivalisant de technicité, de virtuosité, pour donner à leur modèle une prestance, une élégance rare. L’un théâtralise ses plateaux, l’autre préfère un trait plus léger, plus fluide, plus romantique.

Fiers de leur progéniture, les lords anglais, ainsi que cette nouvelle bourgeoisie enrichie par les prémices de la révolution industrielle ne dédaignent faire la commande d’un portrait de famille, fort flatteur, avantageux.  Les enfants y sont croqués en paysans, en torero. Les époux unis, heureux amoureux. A table, dans leur intimité, ils exhibent sans pudeur une belle opulence, une chaleureuse harmonie. Les animaux, chiens de chasse, chèvres laineuses,cheval attaqué par un lion, ne sont pas en reste. L’Angleterre de la fin du XVIIIe siècle étale avec une certaine délicatesse sa prospérité. 

Rarement exposés en France, les artistes George Stubb, George Romney, John Constable ou Francis Cotes, sont au cœur de cette balade dans l’âge d’or de la peinture anglaise. La verdure de la campagne, les châteaux nichés dans des vallons, d’immenses parcs, invitent à une visite Outre-manche. Le pinceau se fait poétique, lyrique. En tout 68 œuvres ont été prêtées par la Tate Britain, donnant un avant-goût de ses collections. Si certains tableaux valent le détour, tous ne sont pas de la même facture. Le voyage est moins prometteur qu’attendu. C’est dommage ! Mais ne boudons pas notre plaisir, la visite s’achève sur quelques dessins de Turner annonciateurs du tournant artistique du siècle à venir – le XIXe – et sur l’un des premiers « blockbuster » de l’histoire de la peinture : La Destruction de Pompéi et d’Herculanum de John Martin, dont le rouge intense envoûte, le chaos palpable captive. 

Olivier Fregaville-Gratian d’Amore


L’âge d’or de la peinture anglaise
Musée du Luxembourg
19 rue Vaugirard
75006 Paris
Jusqu’au 16 février 2020
Ouvert tous les jours de 10h30 à 19h et nocturnes jusque 22h tous les lundis.

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