couv_ALoveSupreme_Keesmaecker_Theatre de la ville-®Anne-Van-Aerschot1_@loeildoliv

A Love Supreme, l’hommage étincelant d’Anne Teresa de Keersmaeker à Coltrane

Quatre corps comme autant d’instruments vibrent aux envolées endiablées de la partition culte de John Coltrane. S’emparant de la musicalité de A Love Supreme, Anne Teresa De Keersmaeker et Salva Sanchis signent un spectacle saisissant en deux temps, l’un silencieux, lancinant, l’autre vivant, ardent. Une partition chorégraphique hétérogène à déguster jusqu’à la dernière seconde.

Après avoir fait le tour de l’Europe avec une première version créée en 2005, Anne Teresa de Keersmaeker reprend, avec l’espagnol Salva Sanchis, cette partition dansée hommage à l’un des monuments musicaux des années 1960, l’album concept de John Coltrane, A Love Supreme. Écrite pour quatre danseurs, cette pièce chorégraphique courte se divise en deux parties bien distinctes.

ALoveSupreme_Keesmaecker-©Anne-Van-Aerschot5_@loeildoliv

Sur une scène nue, où l’absence de bruit se fait assourdissante, quatre silhouettes très différentes prennent possession de l’espace. Pieds nus, habits noirs, elles ondulent sur des rythmiques imaginaires que seul le son du frottement de la peau sur le sol suggère. On retrouve ici l’essence même de la recherche créative que la chorégraphe belge explore depuis The Song en 2009 : faire danser le silence. Si on se laisse emporter par ces premiers mouvements hypnotiques, muets, très vite, l’écriture s’assèche et tourne court. Laissé seul dans cet immense espace vide, un danseur se perd dans une immobilité pesante, une marche rébarbative. L’ennui gagnerait si enfin ne résonnait les premiers accords jazzy de A Love Supreme.

Sorti de sa torpeur, le public se laisse envoûter, ensorceler par cette deuxième partie où instruments et corps se mêlent avec virtuosité. Chaque danseur s’aligne, se fond avec la partition d’un des quatre musiciens qui ont participé à l’enregistrement de ce morceau culte. Si les mouvements, parfois, s’accordent, le plus souvent, ils semblent faussement libres de toute contrainte, de toute ligne directrice. De solo en duo en trio ou en quatuor, nos quatre artistes jouent la musique, sont la musique. Totalement emporté par cette incarnation des notes, par ces envolées lyriques, improvisées, où l’on retrouve différentes nuances du jazz et du blues, on se laisse saisir, séduire par cette pièce de choix, volontairement courte pour être digeste, ce ballet atypique, charnel, ce grand cri d’amour à Coltrane et à la danse.

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore


ALoveSupreme_keesmaecker-©Anne-Van-Aerschot8_@loeildoliv
avec virtuosité, les mouvements des danseurs évoquent les envolées improvisées de © Anne Van Aerschot

A Love Supreme de Salva Sanchis et d’Anne Teresa De Keersmaeker
Théâtre de la Ville-Espace Cardin
1, avenue Gabriel
75008 Paris
jusqu’au 20 janvier 2018
du lundi au samedi à 20h30 et séance exceptionnelle le samedi 20 janvier à 15H30
Durée 50 min

chorégraphie de Salva Sanchis et d’Anne Teresa De Keersmaeker
avec José Paulo dos Santos, Bilal El Had, Jason Respilieux, Thomas Vantuycom
version originale créée en 2005 avec Cynthia Loemij, Moya Michael, Salva Sanchis, Igor Shyshko
musique : A Love Supreme de John Coltrane
enregistrement tenor saxophone, vocals: John Coltrane, piano: McCoy Tyner, bass: Jimmy Garrison, drums: Elvin Jones
Acknowledgement, Resolution, Pursuance & Psalm © Coltrane, J., © Jowcol Music, Inc. (Universal Music Publ. N.V.)
lumières de Jan Versweyveld
réecriture lumières d’Anne Teresa De Keersmaeker et Luc Schaltin
costumes de Anne-Catherine Kunz
direction des répétitions : Salva Sanchis, Cynthia Loemij
coordination artistique et planning : Anne Van Aerschot
directeur technique : Joris Erven
chef costumière : Heide Vanderieck
techniciens : Wannes De Rydt, Clive Mitchell
production Rosas
coproduction : De Munt/La Monnaie (Brussel/Bruxelles)

Crédit photos © Anne Van Aerschot

Print Friendly, PDF & Email

Laisser un commentaire

Your email address will not be published.

*

Dernièrement

Aller à Haut