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Les vœux du cœur ou les dogmes religieux à l’épreuve de l’amour

Tant par le fond que par la forme, le principal atout de cette pièce très américaine est son approche du mariage homosexuel, et plus largement, de l’amour qui unit deux êtres, quels que soient leur sexes, leurs convictions et leurs histoires. Touché par le sujet qu’on aimerait défendre, on a toutefois bien du mal à adhérer au postulat de départ – un grand gaillard, gay assumé et catholique fervent qui découvre à plus de 30 ans l’incompatibilité religieuse de sa situation. Passé ce bémol, on se laisse prendre au jeu tout en nuances et charme de Julie Debazac et de Julien Alluguette… Un “boulevard” touchant mais inégal, en somme…

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Le lourd rideau rouge se lève sur un espace banc immaculé. Une chaise, un prie-Dieu, une banquette, servent d’unique décor. Très vite, les murs seront couverts de couleurs, saturant la scène de vitraux, d’images religieuses, ou tout simplement de tons pastels. Des projections vidéos, permettant de passer d’un lieu à un autre en un battement de cil, facilitent les transitions, limitent la scénographie et offrent la part belle au texte et au jeu d’acteurs. De cette simplicité, de cette dépouillement Anne Bourgeois tire profit et signe une mise en scène efficace et enlevée. Evitant de tomber dans le panneau de la caricature, elle esquisse des portraits humains, tout en nuances et fragilité, et contourne au mieux les principaux écueils de la pièce : un texte trop américain et un postulat peu convaincant, voire improbable.

Tout commence dans la sacristie… Après le prêche dominical, deux hommes, Brian (touchant et fougueux Julien Alluguette) et Tom (versatile et complexe Davy Sardou), attendent la sortie du père Raymond (borné et ambigu Bruno Madinier), le prêtre de leur congrégation. Prêt à s’unir devant les hommes, le couple aimerait la bénédiction de celui qu’ils admirent, écoutent, et dont ils suivent les conseils. Bien que progressiste et ouvert, l’homme de Dieu, qui ne condamne pas en soi l’homosexualité, ne peut aller contre les dogmes et les directives de Rome. Sa conscience et ses convictions l’empêchent de céder aux demandes insistantes des deux hommes, les laissant seuls face à leur désarroi, leur colère et leur incompréhension.

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Devant ce refus catégorique, chacun réagira selon son caractère. Brian, sûr de la pureté de son amour, laissera aller son courroux et sa rage. Tom, bien qu’assumant ouvertement son homosexualité, sera en proie au doute et à la culpabilité, car enfin, à plus de 30 ans, il comprend que ce qu’il est n’est pas compatible avec sa foi. Aimer un autre homme, céder à son instinct animal, n’est-il pas, au fond, une diablerie d’illusion, une perversité cachée par de bons sentiments ? Comment, dans ces conditions, continuer à vivre dans le péché et dans les limites des lois de l’église ? A ces questionnements, le couple aura bien du mal à résister. L’arrivée d’Irène (rayonnante et pétulante Julie Debazac), la sœur de Brian, va perturber ce microcosme et s’avérer finalement providentielle.

Face à l’homme d’église rigoriste, la femme tentatrice, sulfureuse, manipulatrice, presque démoniaque, incarne l’amour et la passion. Cette dichotomie trop tranchée, caricaturale et excessive, pourrait passer bien mal, si Anne Bourgeois n’avait pas joué la carte de l’humour. Touché par le sujet, la force de l’amour face aux préjugés et aux dogmes, on reste souvent en lisière de cette comédie sociale, sans vraiment se laisser porter. La faute à un texte trop ancré dans un puritanisme d’Outre-Atlantique.

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Heureusement, l’énergie communicative et le jeu sincère des comédiens nous entraînent à marche forcée vers un monde humain et tolérant. Julie Debazac est fantastique. Exubérante et enthousiaste, elle émeut, séduit et fait chavirer les cœurs. Elle est la sœur, la mère, l’amie aimante que tout le monde souhaite avoir dans son entourage. Julien Alluguette est désarmant de candeur. Le sourire ravageur, le cœur blessé, il émeut avec finesse et retenue. La partie est plus difficile pour Davy Sardou qui, malgré lui, incarne le personnage le moins crédible de la pièce. Sur le fil, il compose un Tom torturé, plus à l’aise avec la tragédie qu’avec la passion. Bruno Madinier est un prêtre séduisant, un peu « too much », mais sympathique.

En définitive on rit beaucoup, on s’amuse, on s’interroge sur l’état de notre société et sur son manque de tolérance… et ce n’est déjà pas si mal !

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore


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Les vœux du cœur de Bill C. Davis au théâtre de La Bruyère auront-ils raison des dogmes religieux ?

Les Voeux du Cœur de Bill C. Davis
Théâtre La Bruyère
5, rue La bruyère
75009 Paris
A partir du 26 Août 2015
100 représentations exceptionnelles
du mardi au samedi à 21h – matinée samedi à 15h30
Durée 1h30

Adaptation Dominique Hollier
Mise en scène Anne Bourgeois assistée de Sonia Sariel
Décor Sophie Jacob
Costumes Brigitte Faur-Perdigou
Lumières Jean-Luc Chanonat
Musique Jacques Cassard
avec Julien Alluguette, Julie Debazac, Bruno Madinier, Davy Sardou

Crédit photos © Photo Lot

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