Moi c’est Talia, pas seule dans sa tête

Moi c'est Talia, Faustine Noguès ©Calypso Baquey
©Calypso Baquey

Dans Moi c’est Talia, la voix intérieure d’une jeune collégienne (Lia Khizioua Ibañez) se personnifie sous la forme d’un double à la fois familier et étranger, la bien nommée Taliabis (Délia Espinat-Dief). Faustine Noguès, à l’écriture et à la mise en scène, fait subtilement apparaître cette figure secondaire à partir du monologue à voix haute de l’héroïne éponyme, comme si les commentaires et les pensées à voix haute de la jeune fille finissaient par s’amonceler jusqu’à prendre l’épaisseur d’un personnage à part.

Seulement voilà, la cohabitation entre les deux n’est pas de tout repos. En effet, ce qui différencie Taliabis de Talia est une certaine propension à exprimer tout sans filtre : tout ce qui passe par la tête de la seconde finit dans la bouche de la première. Aussi, lorsque Talia, auparavant cantonnée derrière la paroi transparente qui structure la scénographie d’Alice Girardet, traverse une bonne fois pour toutes le seuil de cet espace mental, c’est l’embarras : toutes ses pensées impulsives sont révélées au grand jour. Pour les enfants à qui s’adresse le spectacle, ce double intérieur pourrait tout aussi bien être le leur. Talia est une jeune fille comme les autres, et en domptant cette alter ego qui ne cesse de parler, de commenter, de digresser et de distraire, elle montre à tous la voie vers la réconciliation avec soi-même.

Pour sa première création jeune public, Faustine Noguès s’est nourrie d’échanges avec les élèves d’un collège des Hauts-de-Seine. En résulte une allégorie de la pensée dans laquelle chacun devrait pouvoir se reconnaître, et qui s’exemplifie à travers des cas communs — une question posée en classe, un cours de tir à l’arc ou les quelques minutes qui précèdent le sommeil. On aurait aimé que la pièce s’affranchisse davantage de l’espace mental qui lui sert de cadre et s’aventure à donner un peu plus d’épaisseur à son héroïne, au-delà du simple principe de dédoublement : Talia reste une chimère d’adolescente au parler naïf. Il demeure que son questionnement à deux voix est une main tendue en direction d’une génération qui peine parfois à se connecter au présent immédiat. C’est ce que cristallisent les moments de méditation qui structurent le récit, et la bonne humeur avec laquelle la jeune fille traverse celui-ci guide joyeusement les plus jeunes dans leur monde intérieur.

Samuel Gleyze-Esteban

Moi c’est Talia de Faustine Noguès
Théâtre Paris-Villette
211 av. Jean Jaurès
75019 Paris

Du 17 février au 5 mars 2023
Durée 50 min.

À partir de 8 ans

Tournée
En novembre 2023 au Théâtre de Corbeille-Essonnes
En janvier 2024 à l’espace Marcel Carné de Saint-Michel-sur-Orge
En janvier 2024 au Théâtre André Malraux de Chevilly-Larue

Texte et mise en scène Faustine Noguès
Jeu Délia Espinat-Dief et Lia Khizioua Ibañez
Création sonore Colombine Jacquemont
Scénographie/ costumes Alice Girardet
Création lumière Zoé Dada

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