Nostalgie 2175, l’amour sous 60 degrés 

Nostalgie 2137 d’Anja Hilling - Mise en scène d'Anne Monfort © Christophe Raynaud de Lage

Au TNS, Anne Monfort s’empare du conte d’anticipation de la romancière allemande Anja Hilling. Sur fond de catastrophe écologique, elle esquisse un monde où la vie ne tient qu’à un fil. Après une journée de fournaise de l’année 2101, où le thermomètre à dépasser les 80 degrés Celsius, êtres humains, végétaux, animaux n’ont eu d’autres choix que de s’adapter. Peaux ultra-fines, hypersensibles, voies respiratoires asséchées, visions réduites, les corps ne peuvent survivre sans une tenue de protection, les femmes ne peuvent plus enfanter. Plus question d’amour charnel, la moindre caresse devient brûlure. 

Pourtant dans ce monde aseptisé, stérile, Pagona (Judith Henry) tombe amoureuse de Taschko (Mohand Azzoug), un artiste rêveur, contemplatif. Elle rêve de ses baisers, de sentir ses mains sur ses hanches. Il refuse son corps entièrement brûlé ne peut supporter aucun contact. Faute d’avoir l’homme de sa vie, elle se donne à un autre (Jean-Baptiste Verquin), tombe enceinte. Malgré les risques, elle souhaite garder l’enfant, promesse d’un autre avenir, stigmate d’un amour plus fort que tout. 

Portant au plateau la poésie mortifère et nébuleuse d’Anja HillingAnne Monfort s’attache à donner la littéralité de l’œuvre, à l’ancrer dans le temps présent. Préférant la simplicité du quotidien, la narration, aux songes de demain, elle n’arrive pas, en ce soir fébrile de première, à trouver le souffle nécessaire pour emporter au-delà du réel. Encore trop terre-à-terre dans l’interprétation, les comédiens, bien qu’excellents et habités, s’accordent joliment sans pour autant que la passion se dégage de leurs rapports. Encore en rodage, Nostalgie 2175 devrait gagner en intensité avec le temps. On ne peut que le souhaiter au vu de l’engagement sincère et enflammé d’Anne Monfort. 

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore

Nostalgie 2175 d’Anja Hilling
TNS
Salle Gignoux
1 avenue de la Marseillaise
67000 Strasbourg
jusqu’au 15 décembre 2022
Durée 1h15 environ

Traduction de Silvia Berutti-Ronelt & Jean-Claude Berutti
Mise en scène d’Anne Monfort
Avec Mohand Azzoug, Judith Henry & Jean-Baptiste Verquin
Collaboration artistique – Laure Bachelier-Mazon
Scénographie de Clémence Kazémi
Composition musicale originale IRCAM avec Nuria Gimenez Comas
Création, régie lumières et régie générale – Cécile Robin

Crédit photos © Christophe Raynaud de Lage

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