Kids, l’enfance volée en temps de guerre

Le poète a toujours raison. Quelle connerie la guerre, disait Prévert dans son poème Barbara ! La voilà aujourd’hui de nouveau aux portes de chez nous, alors venez écouter le saisissant Kids de Fabrice Melquiot au Studio Hébertot, mis en scène par François Ha Van et interprété par une jeune troupe pleine de fougue.

L’action se passe en Yougoslavie, enfin ce qui reste de l’ancienne république fédérative socialiste, le premier jour de paix d’une guerre terrifiante qui fit plus de 140 000 morts. Nous sommes dans un orphelinat de fortune, autogéré par les enfants eux-mêmes. Les souvenirs se déroulent en flash-back. Ces mendiants, ces chapardeurs, ces survivants, que vont-ils faire de cet avenir, de cet espoir, qui se dessine, eux qui ont tout perdu et assisté à tant d’horreur ? Vont-ils savoir faire confiance à l’humanité ? Vont-ils pouvoir devenir des adultes heureux ?

Un texte fort

Kids de Fabrice Melquiot - mise en scène de François Ha Van © Nathanne Le Corre

Fabrice Melquiot nous plonge au cœur même de cette absurdité qui n’épargne personne. Ce texte est un de ses meilleurs, par sa construction et la musicalité de son écriture. En choisissant de s’inspirer de la guerre fratricide qui a déchiré l’ex-Yougoslavie, le dramaturge a pu explorer la brutalité des hommes. Et pour la faire encore plus entendre, il a choisi d’offrir la parole à des enfants. L’adulte est absent ou ennemi. Si dans le film de Chaplin, The Kid, c’est la crise qui a jeté le môme à la rue, ici c’est la guerre qui a fait de ces enfants des sans famille. Chacun a son histoire, ses morts, ses fantômes, ses terreurs, ses rêves. Ils sont abîmés, voire complètement fracassés, par la vie. Entre deux tirs de sniper, ils ont joué à une Guerre des boutons bien trop réelle. Ce ne sont que des enfants, même si l’adolescence pointe son nez, les entraînant, comme cette paix annoncée, vers d’autres horizons.

La fureur de vivre

Kids de Fabrice Melquiot - mise en scène de François Ha Van © Nathanne Le Corre

Avec cette œuvre, l’auteur offre au metteur en scène la possibilité de mettre en place un « jeu théâtral » formidable. François Ha Van a su s’emparer de ce texte exigeant et faire battre les cœurs. Il y a du rythme, de l’action, de l’émotion, de la tendresse, du rire et de la musique. Nous sommes pris dans un tourbillon, accrochés à ses âmes en peine qui ne demandaient qu’à vivre leur enfance dans la joie et les rires. C’est nerveux et vif, comme la jeunesse. Avec ce texte, on ne peut pas tricher, il faut vraiment que les personnages soient incarnés par de tout jeunes comédiens qui insufflent l’ardeur et les fragilités qui siéent à l’enfance. Dans un esprit de troupe et une cohésion parfaite, déployant une énergie vivifiante, Nathan Dugay, Montaine Fregeai, Axel Godard, Yann Guchereau, Hoël Le Corre, Sylvain Le Ferrec, Lara Melchiori et Manon Préterre, s’emparent du texte avec ferveur. On sort du spectacle bouleversé avec en tête ce cri des poilus en novembre 1918 : plus jamais ça !

Marie-Céline Nivière

Kids de Fabrice Melquiot
Studio Hébertot

78 bis boulevard des Batignolles 75017 Paris
Du 26 février au 10 mars
Les jeudis, vendredis, samedis à 21h, matinée dimanche à 14h30, relâche les 12 mars et 3 avril
Durée 1h05

Mise en scène de François Ha Van
Avec Nathan Dugay, Montaine Fregeai, Axel Godard, Yann Guchereau, Hoël Le Corre, Sylvain Le Ferrec, Lara Melchiori et Manon Préterre

Crédits Photos © Nathanne Le Corre

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