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Ceci est mon corps : un jour, ma liberté viendra

Ceci est mon corps, texte et mise en scène Agathe Charnet. © Anouk Maugein

À notre arrivée dans la salle du Lavoir Moderne Parisien, avant que la pièce prenne ses quartiers d’été au Train Bleu durant le Festival d’Avignon OFF, la comédienne Lillah Vial nous accueille comme une maîtresse de chorale, guidant ses petits chanteurs le long de cette ritournelle bien connue de tous : « un jour, mon prince viendra… ». L’entrée en matière sarcastique nous transforme en enfants de chœur, donnant ainsi le ton à la pièce pamphlétaire d’Agathe Charnet, qui se déroule comme une procession réécrivant un catéchisme à partir de nouveaux textes sacrés — ceux de grandes théoriciennes féministes, Virginia Woolf, Adrienne Rich et Donna Haraway en tête.

Lillah Vial et Virgile-Lucie Leclerc portent la pièce de leurs deux voix, égrenant des épisodes d’une jeunesse marquée par la découverte du lesbianisme et l’expérience, dans la chair, de la misogynie. De la naissance, drôle et amère, du trouble érotique devant l’image d’Esmeralda tourmentée dans le dessin animé de Disney découlent des récits autrement plus graves et douloureux, tel celui d’un avortement contraint. L’inadéquation de la narratrice avec des injonctions intimées de part en part lie les épisodes entre eux, alors que démange un désir qui l’attire in fine hors des sentiers de l’hétérosexualité et du partage canonique des genres.

Ce n’est pas pour rien que le titre ressemble à un slogan : Ceci est mon corps s’inscrit dans la droite lignée d’une longue histoire de luttes et de revendications féministes qui ont su replacer le corps dans l’équation politique — ainsi de l’évocation du travail domestique presque invisible de la mère. Mais la pièce souffre d’un contretemps central, qui fait s’exprimer sa narratrice depuis le lieu d’une émancipation personnelle accomplie, au travers de fondements théoriques déjà éprouvés dans le réel, bien absorbés de surcroît par les milieux militants. On aurait aimé que cette première mise en scène d’Agathe Charnet s’approprie avec plus d’hardiesse et de personnalité ce référentiel féministe queer bien ancré. À la place, en dépit d’interprètes engagées, l’entreprise menace de tourner à vide, son ironie diffuse peinant à dissimuler une trop flagrante sagesse.

Samuel Gleyze-Esteban

Ceci est mon corps d’Agathe Charnet
Lavoir Moderne Parisien
35 rue Léon
75018 Paris

Tournée
En juillet au théâtre du Train Bleu à Avignon

Mise en scène – Agathe Charnet
Avec Lillah Vial et Virgile-Lucie Leclerc
Scénographie – Anouk Maugein
Dramaturgie – Anna Colléoc
Chorégraphie – Cécile Zanibelli
Création lumière – Mathilde Domarle
Production – Compagnie Avant l’Aube

Crédit photos © Anouk Maugein

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