FARaway à Reims, un festival tout feu tout flamme

Après deux semaines d’intenses activités sur tout le territoire rémois et plus d’une trentaine de spectacles à l’affiche, le rideau est tombé sur le festival des arts, FARaway. Dédiée aux écritures contemporaines sous toutes ses formes, cette manifestation, soutenue tout particulièrement par la Comédie de Reims et sa directrice Chloé Dabert, a mis à l’honneur, cette année, la scène libanaise. Deux propositions très musicales, très différentes, l’une pop, l’autre déjantée, sont venues conclure cette troisième édition engagée et haute en couleurs. Reportage. 

C’est l’effervescence devant le bâtiment tout béton de la comédie de Reims, en ce dernier week-end de festival. Le public est venu nombreux. Certains partagent leurs expériences, échangent sur les spectacles vus, sur le Liban, sa scène, la manière dont les artistes, souvent empêchés, arrivent à créer, à montrer différemment leur pays, à inviter à découvrir leur culture, leur quotidien. D’autres sont venus par curiosité. En effet, pour la première fois, le réalisateur américain, Gus van Sant, se frotte à l’art vivant et présente, ici en avant-première française, Trouble, une comédie musicale autour de la personnalité du roi du pop Art, Andy Warhol. Mais, ce n’est pas le seul événement de la soirée. I hate Theater I love pornography de la compagnie libanaise Zoukak fait, depuis plusieurs jours, le buzz. Son titre racoleur a suffi pour enflammer les esprits des festivaliers. 

Warhol, etc. 

Tourble – un spectacle sur la vie d’Andy Warhol de Gus Van Sant © Bruno Simao

Gus van Sant à la mise en scène, une troupe fougueuse de jeunes comédiens lusophones et un sujet en or, Andy Warhol, le pop art et la Factory, l’affiche « so queer » a de quoi séduire. La salle est pleine d’ailleurs. Mais est-ce que cela suffit à faire un bon spectacle ? Malheureusement loin de là. Faute de creuser son sujet, Le réalisateur américain, primé à Cannes en 2003 et aux Oscars en 2009, propose une sorte de comédie chantée cheap et kitsch. Du décor aux costumes en passant par les musiques, tout respire le survol. Bien plus qu’un biopic, Trouble est une sorte de gentille bluette, une évocation très fleur bleue, un brin niaiseuse de Warhol. Et c’est d’autant plus dommage, que les jeunes artistes – Carolina AmaralDiogo Fernandes, Francisco Monteiro, Helena Caldeira, João GouveiaLucas DutraMartim MartinsMiguel Amorim et Valdemar Brito – , se donnent sur scène à mille pour cent. Tous mouillent la chemise, tentent d’insuffler la vie à toute une époque, un style, un courant artistique, en vain. Faute d’un texte soutenu, d’un travail mieux ciselé, le moment n’est certes pas désagréable, mais ne casse pas trois pattes à un canard. On s’attendait à quelque chose de moins caricatural du réalisateur d’Elephant, de My Private Idaho, et d’Harvey Milk… 

Comptines pour conjurer l’horreur

I Hate Theatre I Love Pornograhy - Zoukak - credits unknown (1)

Aussitôt, quitté New York et les années 1960, à l’atelier de la Comédie de Reims, on plonge au cœur d’un cabaret interlope de Beyrouth. La salle est comble. En quelques minutes, la température monte. Les sens sont en émoi. Sur scène, les artistes de la Zoukaz Theatrer Company – Abi AzarOmar Abi AzarHashem AdnanJoseph KaiKhodor EllaikJunaid Sarieddeen et Maya Zbib – , offrent leurs corps dénudés exhalant la sensualité, dansent lascivement et soupirent de plaisir, de désir. Gode en collier, fouet autour du cou, talons aiguilles, combinaisons en dentelle, tout y est pour que l’atmosphère se mâtine de stupres, de luxure. Mais derrière les gémissements, les grimaces du coït sexuel, c’est un autre visage du Liban qui apparait, une autre réalité. Ici, il n’est pas question d’amourette, de délicatesse, de sensualité, mais de tortures, d’exactions, de viols au nom d’un dieu, d’un régime totalitaire, d’une humanité dévoyée, de tout un peuple subissant les horreurs de la guerre, du despotisme. Choisissant de conjurer le sort, de dénoncer une politique violente, assassine, à travers des chants joyeux, des comptines, la Zoukaz Theatrer Company libère la parole des opprimés par un show fou, extravagant qui touche en plein cœur tant le contraste entre la forme et le fond oblige à réfléchir, à ôter nos œillères, à dépasser nos certitudes, nos préjugés. Dommage que l’idée particulièrement audacieuse, ne tienne pas sur la longueur, l’intensité du propos s’essouffle, l’aspect itératif des gestuelles, des cris finit par lasser. La matière est là, elle ne demande qu’à être peaufinée, ciselée, pour faire de I hate theater I love pornography, une œuvre courageuse, marquante, radicale et salutaire….

Le festival s’achève dans une belle et bonne humeur. La rencontre avec d’autres cultures, d’autres vies a eu lieu. Et c’est bien le plus important !

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore – Envoyé spécial à Reims

Festival FARaway – Reims

Trouble – un spectacle sur la vie d’Andy Warhol de Gus Van Sant
Comédie de Reims

3 Chau. Bocquaine
51100 Reims
Durée 1h36

Tournée en France fin 2022 à Toulouse et à Paris

Mise en scène de Gus Van Sant
avec Carolina Amaral, Diogo Fernandes, Francisco Monteiro, Helena Caldeira, João Gouveia, Lucas Dutra, Martim Martins, Miguel Amorim & Valdemar Brito
Musique, paroles de Gus Van Sant
Collaboration artistique, dramaturgie – John Romão
Direction Musicale – Paulo Furtado / The Legendary Tigerman
Direction Vocale – João Henriques
Scénographie de José Capela
Lumières de Rui Monteiro
Son de João Neves
Direction Technique de Gi Carvalho

I hate theater I love pornography de la Zoukaz Theatrer Company
Atelier de la Comédie de Reims
 13 Rue du Moulin Brûlé
51100 Reims
durée 50 min

Avec Lamia Abi Azar, Omar Abi Azar, Hashem Adnan, Joseph Kai (En Remplacement De Ziad Chakaroun), Khodor Ellaik, Junaid Sarieddeen et Maya Zbib
Direction technique, lumières – Nadim Deaibes
Scénographie de Nathalie Harb & Omar Abi Azar
Assistants mise en scène – Rahaf Jammal, Natalie Maalouf Et Sari Chreiteh

Crédit photos © Bruno Simao et © DR

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