ELISABETH BOUCHAUD Directrice du Theatre La Reine Blanche A La Reine Blanche Paris le 5 octobre 2016 © Pascal Gely

Théâtre de la Reine Blanche, la science à cœur

À deux pas du métro la Chapelle, dans une rue étroite, Élisabeth Bouchaud, physicienne et ancienne membre du Commissariat à l’énergie atomique, a installé depuis 2015 son théâtre, la Reine Blanche, un lieu mêlant étroitement sa passion pour la scène et son goût des sciences. De Paris à Avignon, l’autrice, dramaturge et comédienne ne cesse d’affiner son projet, rendre accessible au grand public un savoir, souvent considéré à tort comme trop ardu. 

Quand vous avez décidé d’ouvrir un théâtre, quel était votre souhait ? 

Théâtre de la Reine Blanche © Dr

Élisabeth Bouchaud : Le projet initial était finalement assez simple. J’avais envie de parler de sciences au grand public à travers le médium qu’est l’art dramatique. Au fil du temps, je me suis rendu compte qu’il était plus que nécessaire de combler un manque. Quand on voit les sondages, leurs interprétations souvent hasardeuses, la montée des complotismes en tout genre, on ne peut que constater qu’en France, notamment, il y a une défiance face aux sciences, une carence cruelle en culture scientifique. Pour accéder à cette dernière, en avoir en tout cas les notions de base, il faut un bagage, qui, est souvent difficile à acquérir. Je reste persuadée que l’on peut tout à fait comprendre, ressentir, être au courant des choses et les interpréter grâce au théâtre, aux émotions qu’il véhicule, à cette manière unique que l’art vivant à de rendre concret, réel, ce qui se passe sur scène. Très vite, il m’a semblé qu’en portant au plateau les récits de vie des gens qui ont fait de la science, leur théorie, il était possible d’intéresser un public curieux de découvertes, d’aller au-delà des apparences, des préjugés. 

Comment faites-vous la programmation du lieu ? 

Rehearsal session of  MAJORANA 370 A creation of the Theatre de la Reine -Blanche text by Florient Azoulay and Elisabeth Bouchaud Directed by Xavier Gallais in Paris at the Theatre de la Reine Blanche on january 20, 2020. Repetition de MAJORANA 370 Une création du Theatre de la Reine-Blanche texte de Florient Azoulay et Elisabeth Bouchaud Mise en scene de Xavier Gallais a Paris au Theatre de la Reine Blanche le 20 janvier 2020. © Pascal Gély

Élisabeth Bouchaud : Je travaille en collaboration avec Ulysse Baratin. Et dès le début de l’aventure, nous avons fait le choix d’axer, certes, la programmation sur les sciences, mais aussi sur l’émergence. Ainsi, nous avons décidé d’un côté de permettre au public de contextualiser telle ou telle avancée scientifique, d’en connaître les ressorts, les circonstances de découverte, de dépasser le stade du manuel pour que prennent vie sous leurs yeux les mécanismes scientifiques en jeu. S’il me semblait indispensable d’avoir cette approche, il l’était tout aussi important de permettre aux jeunes compagnies, d’avoir une tribune, un tremplin, pour présenter leur travail. Par ailleurs, et ça, c’est une volonté de ma part. Je souhaitais que notre ligne de programmation, soit axée sur des thématiques abordant le féminisme, le genre, mais aussi ce qui fait l’actualité, tels les grands sujets qui agitent nos sociétés contemporaines en pleine mutation. Il est important que la Reine Blanche soit un lieu de réflexion autant que d’ouverture sur le monde. Ainsi, loin de nous consacrer uniquement aux sciences dures, nous abordons à travers un certain nombre de spectacles, de moments partagés, les sciences humaines, la sociologie ou l’anthropologie, par exemple. 

Quels sont les temps forts à venir ? 

Galilée le Mécano © Pascal gély

Élisabeth Bouchaud : Actuellement, je prépare une série sur les femmes scientifiques, qui devrait voir le jour l’an prochain. Je souhaite mettre en lumière des personnalités comme Lise Meitner, une physicienne autrichienne, qui a contribué notamment à la découverte de la fission nucléaire. L’objectif est de sortir de l’ombre toutes celles qui n’ont pas eu la chance, à l’ instar de Marie Curie, d’être reconnue de leur vivant, de faire entendre leurs voix, car trop souvent étouffées par celle des hommes. Après le succès parisien et avignonnais de Galilée, le mécano de Marco Paolini, Francesco Niccolini et Michela Signori, qui aborde la vie de manière ludique du mathématicien et astronome italien, nous sommes très heureux que le spectacle continue sa route dans des lieux prestigieux, comme au musée des arts et métiers en novembre dernier, et bientôt au Panthéon et à l’académie des Sciences. Par ailleurs, nous allons développer le concept de savants sur les planches, une série de spectacles où le discours scientifique d’une chercheuse ou d’un chercheur entre en résonance avec une performance artistique, que ce soit du cirque, de la musique, de la danse ou du théâtre. Souvent, de ce mélange intime entre science et art naît une fusion, un moment de partage singulier, un petit miracle. 

Vous avez aussi ouvert, en parallèle du théâtre, une école d’art dramatique. Qu’en est-il après deux ans d’existence ? 

Xavier Gallais et Florient Azoulay. Le Laboratoire de l'Acteur-Chercheur © DR

Élisabeth Bouchaud : on débute, c’est tout nouveau, d’autant que la covid est passé par là. Bien que ce ne soit pas si simple financièrement parlant, je suis assez satisfaite de ce que nous avons mis en place avec Xavier Gallais et Florient Azoulay. Inaugurée à l’automne 2019, La Salle Blanche, que je définirais comme un laboratoire pour acteurs-chercheurs est un cursus sur deux ans. Nous arrivons au bout d’un cycle. La première promotion « marrainée » par l’actrice Zita Hanrot, a pu malgré la situation sanitaire, faire une résidence au Château de Valençay, ancienne demeure de Talleyrand, et présenter cet été, des spectacles de fin d’études. 

Quelles sont ses spécificités ? 

Élisabeth Bouchaud : La grosse différence par rapport au cursus classique, c’est qu’il y a une unité d’enseignement. Tout est pensé autour d’un même axe pédagogique, que détermine par Xavier (Gallais). C’est aussi une formation très complète, où l’on aborde la danse, le chant, etc. tout est mené, pensé, fait de façon cohérente avec l’interprétation. Par exemple, quand l’histoire du théâtre grec est abordée, ce n’est pas de manière anecdotique ou déconnectée du reste. On le fait, par exemple, en travaillant et montant les Perses d’Euripide. Nous favorisons aussi beaucoup le travail à la table afin de questionner le texte, de l’appréhender et de le jouer ensemble. Il y a une vraie réflexion autour des œuvres, des rôles, des interprétations. On insiste sur le fait que les étudiants doivent avoir une grande culture pour leur permettre de s’emparer d’un rôle, quel qu’il soit.  La salle blanche est une petite école, qui vise un maximum de 20 élèves par promotion, l’objectif étant vraiment de les entourer au mieux. C’est aussi pour cela que nous prévoyons d’être aussi à la sortie, ne les aider à monter et porter leur projet.

Propos recueillis par Marie Gicquel et Olivier Frégaville-Gratian d’Amore

Théâtre de la Reine Blanche
2 bis Passage Ruelle
75018 Paris

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