Keti Irubetagoyena, mangeuse de livres

Directrice artistique pour le Théâtre Variable n° 2 et directrice de la recherche au Conservatoire national supérieur d’Art dramatique, Kéti Irubetagoyena partage son temps entre Paris et Châtelus-le-Marcheix, commune située dans la Creuse. Dans le cadre de l’exposition Matières à mijoter, elle présente, au MAIF Social Club, le 9 décembre 2021, Ça raconte Sarah de Pauline Delabroy-Allard et, le 10 décembre 2021, Le Commun des mortels d’Olivia Rosenthal. Rencontre avec une artiste multiple.

 Sarah de Pauline Delabroy-Allard 
mise en espace Keti Irubetagoyena © Pia Ribstein

Quel est votre premier souvenir d’art vivant ?
Cela remonte. J’interprétais Azraël dans un spectacle inspiré des Schtroumpfs… Je me souviens d’un masque dont l’élastique avait lâché (mais peut-être était-ce l’année d’après, quand j’interprétais le loup de La chèvre de M. Seguin…), et de me concentrer sur les rainures du plancher de ma petite école.

Quel a été le déclencheur qui vous a donné envie d’embrasser une carrière dans le secteur de l’art vivant ?
Il n’y a pas vraiment eu de déclencheur. Je crois que j’ai annoncé dès l’école primaire que je « ferai du théâtre », et ça ne m’a jamais lâchée. Puis le temps croissant que j’y ai consacré au fil des ans n’a pas autorisé une pratique en amatrice, puisque tout passait après mon travail de création. C’est moins le cas maintenant. La découverte de la recherche-création m’a fait beaucoup relativiser les enjeux (temporels et financiers) liés à la professionnalisation. Après avoir tout sacrifié au théâtre, je lui vole un peu de mon temps depuis quelques années.

Qu’est-ce qui a fait que vous avez choisi d’être metteuse en scène et comédienne ?
J’ai d’abord beaucoup joué (depuis toute petite), puis la classe préparatoire (et l’arrivée à l’ENS de Lyon où j’ai subi de plein fouet le déracinement, le choc des classes et des cultures…) a beaucoup sapé ma confiance en moi donc j’ai rapidement perdu tout goût d’être sur scène. Mais j’adorais la direction d’acteurs et d’actrices – creuser le jeu, trouver le jeu – donc j’ai finalement choisi la mise en scène.

Le premier spectacle auquel vous avez participé et quel souvenir en retenez-vous ?
Le premier spectacle que j’ai créé, c’est une version à trois interprètes de L’Histoire du tigre de Dario Fo. J’en garde de merveilleux souvenirs. C’est un spectacle sur lequel j’ai rencontré des gens très importants pour moi. Mais si je parle de théâtre, je dirai que j’en retiens : l’immense bonheur d’entendre les gens rire et (ce qui va d’ailleurs avec, dans mon travail) la portée politique que peut acquérir un spectacle. C’était flagrant dès ce premier spectacle, mais je n’en avais pas du tout conscience à l’époque.

Votre plus grand coup de cœur scénique ?
Il y en a eu beaucoup… Je dirais le Macbeth de Jürgen Gosch et Le Cauchemar de Jean-Michel Rabeux, ou sa mise en scène d’Au bord de Claudine Galea. Et la découverte de Retour à Reims de Didier Eribon dans la mise en scène de Laurent Hatat.

Quelles sont vos plus belles rencontres ?
La rencontre et les années de travail aux côtés de Julie Moulier, qui est une interprète incroyable de force et de finesse mêlées.

En quoi votre métier est essentiel à votre équilibre ?
Peut-être parce qu’il le déséquilibre ? J’ai réalisé il y a quelque temps que chacun de mes spectacles était né d’un désir, parfois très tenu, de déplacement, de bouleversement. Chaque sujet, chaque rencontre me transforme… Donc je crée inévitablement dans le doute et la difficulté, ce qui est souvent compliqué.

Qu’est-ce qui vous inspire ?
Les artistes avec qui je travaille.

De quel ordre est votre rapport à la scène ?
J’aime la très grande proximité avec la scène, voir l’interprète au travail : sa sueur, ses minuscules hésitations, son trouble, ses erreurs parfois, ses moments de grands bonheurs… C’est l’animal sous le social.

À quel endroit de votre chair, de votre corps, situez-vous votre désir de faire votre métier ?
À l’endroit de la rencontre et du déplacement. Quand les êtres humains (et non-humains, d’ailleurs) sont mis en contact physique, charnel, dans un espace-temps donné et qu’une part d’eux-mêmes agit malgré eux. C’est pour ça que j’aime plus que tout les petites salles et les laboratoires de recherche.

Avec quels autres artistes aimeriez-vous travailler ?
Des musicien.ne.s ! J’ai déjà un peu commencé en collaborant successivement avec Sarah Métais-Chastanier (en 2019) et avec Gérald Kurdian (depuis l’année dernière). C’est un endroit de travail très nouveau pour moi (la musique électronique composée en direct) mais il m’inspire énormément.

À quel projet fou aimeriez-vous participer ?
Avec Gérald Kurdian, justement, nous sommes en train de rêver une grande rencontre des corps et des sons, en forêt.

Si votre vie était une œuvre, quelle serait-elle ?
Un roman. J’adore les romans. Ou quelque chose d’aussi féerique que le Rock Garden créé par Nek Chand à Chandigarh, en Inde. C’est l’un des endroits les plus incroyables que j’ai vus.

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore

Ça raconte Sarah de Pauline Delabroy-Allard
mise en espace Keti Irubetagoyena

Jeudi 09 décembre à 19h30
MAIF Social Club
37 rue de Turenne, 75003 Paris

Le Commun des mortels d’Olivia Rosenthal
mise en scène de Keti IrubetagoyenaVendredi
Le 10 déc à 19h30

Crédit photos © Kelly Paulme et © Pia Ribstein

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