Clap de fin en beauté pour la 23e édition du festival de danse de Cannes Côte d’Azur France

À Cannes, par un beau dimanche ensoleillé de décembre, Brigitte Lefèvre a fait ses adieux au festival de danse qu’elle dirige avec beaucoup de finesse et de curiosité depuis un peu plus de six ans. De Martha Graham à Carolyn Carlson, en passant par le très doué Édouard Hue, l’ancienne directrice du ballet de l’Opéra de Paris a, une nouvelle fois, signé une programmation riche, éclectique, qui a rassemblé plus de 13 000 spectateurs sur le territoire.

Ciel Bleu, Croisette bondée de monde, restaurants de plage ouverts offrant une vue imprenable sur une mer azuréenne, Cannes a revêtu tous ses plus beaux atours pour célébrer ce dernier week-end consacré au festival de danse. Le Palais des festivals, paré pour affronter comme il se doit les fêtes de Noël, est en pleine effervescence, demain la soirée de clôture, promet de beaux moments d’émotions, notamment avec la remise par Brigitte Lefèvre à Carolyn Carlson de la médaille de commandeur de la légion d’honneur, la plus haute distinction honorifique de l’État français. 

Une édition féminine et féministe

Kaori Ito © Gregory Batardon

De Martha Graham à Carolyn Carlson, en passant par Mié Coquempot, Louise Lecavalier, Kaori Ito ou Bintou Dembele, les femmes sont à l’honneur de cette 23e édition. Inventives, curieuses, déplaçant leur regard vers d’autres grammaires, d’autres écritures, elles rayonnent, rivalisent d’ingéniosité et invitent à une plongée dans une danse qui fait le grand écart entre le néoclassique, le hip-hop et le très contemporain. Porteuses pugnaces, volontaires de projets, elles ont permis d’attirer pas moins de 13 000 festivaliers. Un très beau bilan pour cette période post-covid, où les spectateurs restent encore rétifs à venir dans les salles de spectacles. 

La plateforme Studiorade 

Pli d'Inbal Ben Haim © Domitille Martin

En parallèle des 27 spectacles proposés durant les deux semaines de la manifestation pacaïenne, Éric Oberdorff et la Compagnie Humaine proposent de mettre en lumière le travail de jeunes artistes chorégraphes ou circassiens faisant partie du réseau européen de coopération Studiotrade. Ainsi durant une belle après-midi hivernale, à l’Auditorium des Arlucs, salle partenaire du festival, l’israélienne Inbal Ben Haim, le duo portuguais São Castro & António M Cabrita et la lituanienne Airida Gudaite ont pu dévoiler des extraits de leur travail en cours. Faute d’espace suffisant, la circassienne, formée au CNAC, n’a pu malheureusement montrer qu’un film réalisé l’an passé autour de la création du très onirique PLI, où avec la complicité de la scénographe Domitille Martin et le plasticien Alexis Mérat, elle utilise le papier comme matière première d’agrès construits à vue. Les chorégraphes lusitaniens ont présenté Last, une œuvre exigeante où les corps de trois danseuses donnent vie aux notes de Beethoven. Enfin, s’appuyant sur la vitalité sur-vitaminée de dix jeunes danseurs vilnois, Airida Gudaite imagine une danse électrique, rageuse, qui libère la parole d’adolescents en proie aux doutes, à l’incompréhension des adultes. 

Édouard Hue, étoile montante de la danse de demain

All I need d'Édouard Hue © Pierre-Emilio Médina

Au théâtre de la Licorne, le trentenaire, consacré en 2019, « danseur exceptionnel » par le prix Suisse de la danse, convie les festivaliers à découvrir Shiver, un duo pour un homme, une femme, ainsi que sa dernière création All I Need, pièce furieuse et revendicatrice pour dix danseurs. Affirmant sa plume très ciselée, très vive, Édouard Hue, formidable interprète pour Damien JaletOlivier Dubois ou Hofesh Schechter, continue à explorer un langage du corps engagé, puissant. Ivre, bouillonnante, impétueuse, faite de rupture, éminemment politique, l’écriture du chorégraphe électrise, hypnotise. Rêvant de retrouver l’harmonie face au chaos du monde, face à nos sociétés fracassées, fragmentées, il propose à travers des enchaînements de gestes, de mouvements, des pistes de réflexions. Un travail foisonnant, peut-être un peu trop, mais terriblement fascinant. 

Hommage à la chorégraphe franco-japonaise Mié Coquempot

Offrande de Mié Coquempot, Bruno Bouché et Béatrice Massin © L’échangeur CDCN

Disparue prématurément en 2019, à l’âge de 48 ans, Mié coquempot laisse derrière elle une compagnie, un bel héritage, un répertoire d’une vingtaine de pièces et de beaux projets dont Offrande d’après les œuvres de Jean-Sébastien Bach. Se sentant déjà fatiguée, lorsqu’elle imagine ce ballet antique, néoclassique, l’artiste propose à Béatrice Massin, spécialiste du baroque, et à Bruno Bouché, directeur du CCN-Ballet de l’Opéra de Rhin, d’écrire à six mains un spectacle singulier, lumineux. Conjuguant leurs talents, leurs écritures, les trois chorégraphes s’amusent à dépasser leur propre langage pour en construire un nouveau autour de leur amour pour les fugues du compositeur allemand. Véritable ode à la vie, cette pièce pour sept interprètes invite à un voyage délicat et onirique entre passé et présent.

Queen Carolyn 

Crossroads to Synchronicity de Carolyn Carlson © Frédéric Iovino

Enfin, au cœur du fameux palais des Festivals de Cannes, l’espiègle Carolyn Carlson continue de surprendre, de poétiser les mouvements, d’enchanter les gestes. Après une improvisation sublimée par la musique jouée en direct de Guillaume Péret, où l’étoile-chorégraphe déploie avec grâce et élégance sa poésie visuelle, elle remonte pour l’occasion Crossroads to Synchronicity créé en 2017 au théâtre de Rungis. S’inspirant d’une autre de ses œuvres (Synchronicity, 2012), la chorégraphe emprunte à Carl Jung, son principe de Synchronicité et invite à plonger dans l’Amérique de son enfance, de son adolescence à travers une série de tableaux courts, vifs, saisissants. Né d’un travail collaboratif avec ses interprètes – Juha MarsaloCéline MaufroidRiccardo MeneghiniIsida MicaniYutaka Nakata et Sara Orselli –, des compagnons de longue date, cette recréation déroute antant qu’elle envoûte. Toujours aussi onirique, l’écriture de Carolyn Carlson est faite d’envolées lyriques, de folles embardées, de lignes épurées et d’une technicité affutée. Si parfois, l’esprit vagabonde, se perd dans la pensée de la chorégraphe, il se rattache toujours à la beauté du geste, à l’imaginaire fourmillant de l’américaine naturalisée française en 2019. 

La soirée s’achève sur un pas de deux entre amies, entre complices de longue date. Carolyn Carlson et Brigitte Lefèvre rendent ainsi un bel hommage à la danse, à son histoire, à sa force vitale !

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore

Festival de danse de Cannes Côte d’Azur France édition 2021

Crédit photos © Domitille Martin

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