Fernanda Barth © DR

Fernanda Barth, féminine plurielle

Au Lavoir Moderne Parisien, la flamboyante Fernanda Barth présente Des Femmes, ode féminine et féministe de Régis de Martrin-Donos. En revisitant les textes de Beauvoir, de Dalida ou de Claudel, la comédienne brûle les planches et invite à repenser notre rapport aux femmes, aux mères, aux filles, aux sorcières, aux putes, aux savantes, etc. Rencontre avec une artiste lumineuse.

Des Femmes de Regis de Martrin-Donos. Fernanda Barth.  LMP. © L'Oeil de Paco

Quel est votre premier souvenir d’art vivant ? 
C’était Romeu e Julieta, une mise en scène mythique de la compagnie Galpão, à Rio de Janeiro. C’était une adaptation magnifique et poétique, très inspirée de la culture populaire brésilienne. J’avais 5 ans et je me souviens d’une immense émotion. C’était bouleversant de les voir mourir à la fin. 

Quel a été le déclencheur qui vous a donné envie d’embrasser une carrière dans le secteur de l’art vivant ? 
Cela a toujours été une évidence pour moi. Quand petite, j’allais au théâtre, je ressentais un grand respect et une immense envie. Comme un nœud de joie et de chaleur dans l’estomac. Je savais que c’était un lieu très important. Que c’était chez moi. Et que ça ferait partie de ma vie. 

Qu’est-ce qui a fait que vous avez choisi d’être comédienne ?
Je suis actrice, car j’ai un grand amour pour les émotions et les histoires. J’aime les passions, les déchirements et les contradictions des personnages. J’aime aussi cette sensation d’adrénaline et de vertige que procure la scène et qui me fait sentir doublement vivante et présente au monde. D’un point de vue plus animal, je sais que je trouve du plaisir à être au centre de l’attention et à être regardée. Comme un enfant qui délire et que l’on écouterait rêver. Si je n’aimais pas cet endroit d’exposition et de prise de risque, où on est entendu et considéré, je ne ferais peut-être pas ce métier…

Le premier spectacle auquel vous avez participé et quel souvenir en retenez-vous ? 
Je jouais Pancrace, dans les Jumeaux Vénitiens de Goldoni, dans mon lycée au Brésil. Je voulais jouer la belle Colombine, mais mon professeur m’a distribuée dans ce rôle que je trouvais très mauvais, car le personnage était un vieux libidineux. C’est pourtant un personnage qui m’a ouvert à la théâtralité, j’ai compris ce que c’était que de composer un rôle, de se quitter complètement. À la fin, j’étais très heureuse…

Votre plus grand coup de cœur scénique ? 
J’ai eu un immense coup de cœur pour Scènes de la vie conjugale, inspiré du film de Bergman, mis en scène par Ivo van Hove. Je pleurais et ne pouvais plus m’arrêter, à tel point que j’avais peur de déranger les comédiens, et du coup, j’avais envie de rire, ça m’a complètement dépassée ! Une catharsis !

Des Femmes de Regis de Martrin-Donos. Fernanda Barth.  LMP. © L'Oeil de Paco

Quelles sont vos plus belles rencontres ? 
Je suis très fière de mon travail auprès de l’auteur et metteur en scène Régis de Martrin-Donos. Ensembles, nous avons créé le seul en scène Des Femmes que je joue en ce moment au Lavoir Moderne Parisien. Il a une grande intelligence scénique, beaucoup d’humour, de profondeur et de poésie. C’est une personne très importante dans ma vie, quelqu’un avec qui j’aurai toujours envie de travailler et de créer. Je suis aussi très fière de ma collaboration avec les artistes du collectif breton Lyncéus avec qui je travaille depuis sept ans et qui sont de grands artistes brillants et innovateurs : Antonin Fadinard, Fanny Sintès, Sébastien Depommier et Lena Paugam.

En quoi votre métier est essentiel à votre équilibre ?
Je brûle des calories et je libère les hormones de la joie !

Qu’est-ce qui vous inspire ? 
Les animaux. Mon chien est une immense source d’inspiration, car il est enthousiaste, patient, sage, silencieux et possède une grande pureté d’âme. 

De quel ordre est votre rapport à la scène ? 
Il est joyeux mais jamais confortable. La scène est exigeante et si le travail n’a pas été fait, elle vous avale. Comme dans la mer, il faut y entrer avec beaucoup de respect. Il y a aussi une dimension sacrée et mystique qui me fascine au théâtre. Il faut savoir être le vecteur de ces choses invisibles que le texte va réveiller chez vous et chez les spectateurs, être à la hauteur de ce processus avec beaucoup de générosité. Accueillir, donner, ne pas tricher et ne rien attendre, c’est ce à quoi je pense avant de jouer. 

À quel endroit de votre chair, de votre corps, situez-vous votre désir de faire votre métier ? 
Dans le ventre et le bas-ventre. 

Avec quels autres artistes aimeriez-vous travailler ? 
Ivo van Hove, Roméo Castellucci, Ariane Mnouchkine, Wajdi Mouawad, Célie Pauthe, Thomas Jolly, Simon Bourgade, Christiane Jatahy, Bia Lessa…La liste est bien plus longue…

À quel projet fou aimeriez-vous participer ?
J’aimerais jouer avec un chien sur scène. Ce serait le chien de mon voisin que je garde parfois. Il peut me regarder dans les yeux très longtemps. C’est un grand sensible et émotif. 

Si votre vie était une œuvre, quelle serait-elle ? 
Ce serait peut-être un tableau. Je pense à la forêt, qui est mon endroit préféré. C’est la tombée du jour. On y trouve un cours d’eau et des gens qui dansent. Il y a quelque chose de mélancolique, de mystérieux et de beau. 

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore

Des Femmes de Regis de Martrin-Donos
Création au Lavoir Moderne Parisien le 28 octobre 2020
Reprise jusqu’au 28 novembre 2021
35 Rue Léon
75018 Paris
Durée 1h05

Mise en scène de Régis de Martrin-Donos
Avec Fernanda Barth
Créations Lumières Jennifer Montesantos

Crédit photos © DR et © L’Œil de Paco

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