Sœurs de Wajdi Mouawad. La Colline. Annick Bergeron. Le Grand T © Pascal Gely

Sœurs de Wajdi Mouawad foule les planches de la Colline

Pour la réouverture de la Colline-Théâtre National, après sept mois de fermeture au public, Wajdi Mouawad reprend son magnifique spectacle Sœurs. Ce texte, interprété brillamment par Annick Bergeron, nous avait enchantés, emballés et surtout émus lors de sa création en 2015 au Grand T de Nantes. 

Sœurs appartient au Cycle domestique que Wajdi Mouawad avait entamé avec Seuls en 2008. On y retrouve le même système scénographique, dans lequel l’utilisation de la vidéo prend une place artistique encore plus forte. Le travail d’Emmanuel Clolus, qui s’appuie sur les lumières d’Éric Champoux, est magnifique. 

Un lien de sororité 
Sœurs de Wajdi Mouawad. La Colline. Annick Bergeron. Le Grand T © Pascal Gely

Rassemblant les pièces éparses d’un puzzle, le directeur de la Colline pose la question de l’identité et du positionnement vis-à-vis de ses origines. Comme toujours, nous-direz-vous ! Sauf que cette fois-ci, en dressant deux admirables portraits, il aborde le sujet du point de vue des femmes. Geneviève Bergeron, médiatrice internationale en zone de conflits, croise la route de Nayla, experte en sinistre. L’une est franco-manitobaine, l’autre, libanaise. Elles vivent toutes deux à Montréal. Comme des « sœurs », elles ont en commun plein de petites choses telles que leur âge (la cinquantaine), leur célibat et surtout la relation qu’elles entretiennent toutes les deux avec leurs parents. Un lien très fort, qui les retient comme un fil à la patte et les confine dans une solitude et une souffrance intérieure. Ces deux femmes vont alors engager un véritable dialogue. Après s’être délestées de leurs lourds bagages, elles vont se réconcilier avec elles-mêmes.

Le regard d’un frère

En plongeant dans son passé intime et dans celui Nayla, la véritable sœur de Wajdi Mouawad, Annick Bergeron, qui fut la Nawai d’Incendie, par ses propositions, a servi de base à ce récit d’autofiction. Réalisant une véritable prouesse artistique, la comédienne donne chair et vie aux deux héroïnes avec une sensibilité remarquable. A découvrir d’urgence ou à redécouvrir pour le plaisir, car ce texte, par ses propos, ses qualités, parlent des femmes et de l’héritage qu’elles portent en elles. Et on s’y reconnaît !

Marie-Céline Nivière

Sœurs de Wajdi Mouawad
La Colline-Théâtre national
15, rue Malte Brun 
75020 Paris
Du 17 juin au 11 juillet 2021
Du mardi au samedi à 20h, Dimanche 16h
Durée 2h10

Mise en scène de Wajdi Mouawad assisté d’Alain Roy et d’oriane Fischer pour la reprise
inspiré par Annick Bergeron et Nayla Mouawad
avec Annick Bergeron
avec les voix de Annick Bergeron, Christelle Franca, Aimée Mouawad, Wajdi Mouawad
dramaturgie Charlotte Farcet
scénographie et dessins d’Emmanuel Clolus
lumières d’Éric Champoux assisté de Éric Le Brec’h
conception et réalisation vidéo de Dominique Daviet et Wajdi Mouawad
costumes d’Emmanuelle Thomas
direction musicale – Christelle Franca
composition de David Drury
réalisation sonore de Michel Maurer
maquillage d’Angelo Barsetti

Crédit photos © Pascal Gély

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