Marion Brunetto de Requin Chagrin © Andrea Montano

Bye Bye Baby, la parenthèse mélancolique et enchanteresse de Requin Chagrin

Première recrue de KMS Disques, label créé par Nicola Sirkis du groupe Indochine, au sein Sony Music, Marion Brunetto, alias Requin Chagrin, sort un troisième opus plein de rondeur, de mélopées nostalgiques et de ritournelles entêtantes. Nourrie par les airs planants de ses ainés de la scène Rock française, elle signe un album d’un noir lumineux et intense. 

Dans les cieux, une lune ronde, blanche, éclaire la nuit. Assise dans une voiture rouge, une silhouette se dessine, regardant au loin la ville noire, juste esquissée. Confortablement installé, tout comme cet étrange personnage qui habite discrètement la pochette de Bye Bye Baby, troisième opus de Requin Chagrin, il suffit de fermer les yeux pour se laisser emporter par les premières notes pop rock de Première vague, premier des dix morceaux qui composent l’album. En un rien de temps la magie opère. Tout un monde entre nostalgie et fol espoir s’invite dans notre imaginaire.

La musique plus forte que le confinement
pochette de Bye Bye Babe de Requin Chagrin

Créé majoritairement pendant le premier confinement, Bye Bye Baby ne se veut absolument pas comme un miroir angoissant de l’anxiété, du stress ambiant, mais plus comme une porte vers un ailleurs ouaté, un endroit où la musique agit comme un baume au cœur. S’éloignant à pas feutrés des riffs enjoués d’Adélaïde, son premier succès, le groupe Requin Chagrin affine son style, plonge dans de poétiques nappes de synthé, d’envolées de guitares new wave. Porté par la voix envoûtante de Marion Brunetto, par sa plume douce-amère, matinée d’une candeur quelque peu désabusée aux entournures, les compositions convient à une balade loin des quatre murs, qui les ont vu naître. 

Mélancolie lumineuse

Croquant émotions et sentiments, les insufflant aux mélodies, la chanteuse prend le temps de se poser, de donner chair à ses mélopées, profondeur à ses ritournelles en clair-obscur. Bien sûr, une certaine tristesse habite l’album, nourrit la fièvre créatrice de l’artiste, mais jamais ne la submerge. Surfant sur des airs nostalgiques, celle qu’on imagine en pétillante adolescente a laissé place à une jeune femme inspirée, hantée par tout un aéropage de groupe mythique « so » 1960, « so » 1990. Moins à fleur peau, mais toujours aussi sensible, Requin chagrin teinte ses musiques gorgées de guitares grattées énergiquement, de batteries rythmiques, de basses rondes, de textes plus sombres, plus noirs. Jouant de ce contraste troublant, elle donne à l’ensemble une densité, une profondeur envoûtante, entêtante. 

Une sirène irradiante 

Autrice, compositrice et interprète, Marion Brunetto n’a pas fini de vous ensorceler, de vous saisir, de vous surprendre. De Volage à Déjà vu, en passant par Perséides, Juno ou Roi du silence, elle s’amuse des inflexions de sa voix, des échos amplifiés par synthé. À chaque écoute, on se laisse attraper, séduire par un autre morceau, une autre sonorité, une autre ritournelle. Enivrant, Captivant, Bye Bye Baby est une évasion mélodique en ces temps enfermés, une délicate gourmandise à déguster, encore et encore.  

Olivier Fregaville-Gratian d’Amore

Bye Bye Babe de Requin Chagrin
KMS Disques – Sony Music

Crédit photo © Andrea Montano

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