Pangolarium de Nicolas Liautard et Magali Nadaud. TPV. © Christophe Battarel

Pangolarium, la fantaisie écolo de Nicolas Liautard et Magali Nadaud

Au Théâtre Paris-Villette, le duo Nicolas Liautard et Magali Nadaud parachève sa dernière création, Pangolarium, une fable anticipatrice sur les effets secondaires d’une science au service des lobbies pharmaceutiques et le besoin viscéral et urgent de retrouver la nature. Destiné aux petits comme aux grands, le spectacle en devenir, encore un peu trop didactique, cherche à réveiller nos consciences écologiques. 

Les températures sont presque printanières. Une balade sur les bords du canal s’impose pour rejoindre le théâtre Paris-Villette. Longeant les berges, où sont amarrées à demeure quelques péniches, reconverties en restaurants ou salles de spectacles, malheureusement toujours fermés pour l’heure, on suit les circonvolutions aquatiques de quelques cygnes, quelques canards. Des tags de très bonne facture attirent notre attention. L’un représente Stan Lee, d’autres des héros Marvel. Un peu plus loin, sous un pont, le portrait lumineux d’une femme noire est une ode à Paris, à sa diversité, à la force de son brassage culturel. Les minutes s’égrènent, on n’en n’oublierait presque le pourquoi de ce périple mi-urbain, mi-buccolique. 

Un parc de la Villette désertée 

Malgré le temps clément, il n’y a pas foule devant la Grande Halle, l’allée vers la Philarmonie est vide. Quelques passants s’affairent, mais peu s’attardent. La morosité ambiante commence à gagner les parisiens. Les portes du TPV sont ouvertes. Un petit groupe de personnes papotent dans le hall, attendant l’ouverture de la salle. Comme dans tous les lieux de cultures, uniquement accessibles à quelques professionnels, les gestes sanitaires sont de rigueur. Personne n’y déroge, tout le monde s’y plie de bonne grâce espérant à terme que ce rituel finisse par être payant, pour re-accueillir du public. 

Le mythe de la cité écolo 

À peine installé pour découvrir le conte moderne de Nicolas Liautard et Magali Nadaud, la salle plonge dans le noir. Une vidéo en noir et blanc est projetée racontant le périple initiatique d’une jeune fille, baba cool sur les bords, à la recherche d’un lieu paradisiaque, au cœur d’une forêt perdue, où le retour à la terre, à la nature, est encore possible. C’est un extrait d’une série à succès, La Colonie, qui fascine Murphy (Sarah Brannens), notre jeune et brillante héroïne de douze ans. Un étrange mal a transformé l’épiderme de l’un de ses bras en peau de pangolin. Enfermée au 36e étage d’un gratte-ciel pour n’être vue de personne, elle rêve de cet ailleurs fantasmé. 

Un médicament révolutionnaire en question 
Pangolarium de Nicolas Liautard et Magali Nadaud. TPV. © Christophe Battarel

Le père de la jeune fille (Fabrice Pierre) travaille dans une agence gouvernementale dont la mission est de donner ou non son accord sur la possible mise sur le marché de nouveaux traitements. Actuellement, c’est un médicament révolutionnaire modifiant les capacités cérébrales qui est au cœur des débats. Accorder sa commercialisation, c’est ouvrir une boite de pandore qui, à terme pourrait modifier nos émotions, éradiquer état dépressif, neurasthénie, et toute forme de différence. Le dilemme est : Faut-il pour soigner une poignée de gens accepter l’inacceptable ? D’autant qu’on soupçonne le remède miracle d’être responsable de la transformation physique de Murphy. 

Fable écolo
Pangolarium de Nicolas Liautard et Magali Nadaud. TPV. © Christophe Battarel

A travers les récits croisés de la jeune fille, de son père et de ses collégues – Jean-Charles DelaumeJade Fortineau et Célia Rosich – , Nicolas Liautard et Magali Nadaud proposent une réflexion sur le monde d’aujourd’hui, sur la course effrénée du tout médical, du tout soignable. Écrit en 2018, bien avant que la pandémie n’éclate, que le pangolin soit désigné comme potentiel responsable de la transmission à l’homme, Pangolarium a un je-ne-sais-quoi de prophétique, qui interpelle et questionne. Le conte prône le retour à la nature à la terre Encore en maturation, bien que riche d’effets vidéo et sonores, la mise en scène du duo d’auteurs cherche encore le moyen de toucher juste, d’éviter l’écueil du trop didactique. 

Le message de cette fantaisie utopique passe. En effet, Comment ne pas rêver à cet Éden protégé alors que confinements et couvre-feux régulent nos journées À défaut de se précipiter sur les traces de Murphy, des adaptes de La Colonie, Pangolarium devrait bientôt, on l’espère, offrir une gentille bouffée d’air frais aux scolaires, aux familles avides de théâtre, d’autant qu’elles en sont privées depuis trop longtemps.

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore

Pangolarium de Nicolas Liautard et Magali Nadaud. TPV. © Damien Caille-Perret

Pangolarium de Nicolas Liautard et Magali Nadaud
filages réservés aux professionnels au Théâtre Paris-Villette du 11 au 18 février 2021
Durée 1h15

Mise en scène de Nicolas Liautard et Magalie Nadaud
avec Sarah Brannens, Jean-Charles Delaume, Jade Fortineau, Fabrice Pierre, Célia Rosich
Scénographie, création numérique, réalisation du lucanus cerf-volant – Damien Caille-Perret
Création lumière de César Godefroy
Univers sonore de Thomas Watteau
Prothèse d’Anne Leray
Costumes de Sara Bartesaghi Gallo et Simona Grassano
Réalisation décor – Les Ateliers Jipanco et Cie 
Réalisation série – La colonie  – Christophe Battarel assisté de Cyril Battarel et Fanny Bégoin

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