Les Femmes de la maison de Pauline Sales. Théâtre Paul-Scarron, Le Mans. Olivia Chatain, Anne Cressent et Hélène Vivès. © Jean-Louis Fernandez

Pauline Sales questionne le féminisme des années 50 à nos jours

Au théâtre Paul-Scarron, Pauline Sales explore, à travers, le portrait de femmes artistes, l’histoire et l’évolution du féminisme au cours des 70 dernières années. S’ingéniant à mettre à mal un patriarcat séculaire, elle livre un regard tendre, parfois brouillon, sur un combat salutaire et libérateur, le choix de chacune de disposer de son corps et de sa vie comme elle l’entend. 

Sur le fronton du théâtre Paul Scarron, que la ville du Mans a mis à disposition de la compagnie conventionnée Théâtre de l’Éphémère, est inscrit en grand, en noir sur du papier blanc, cette formule percutante « elles pensent à leur dépendance. Elles pensent à prendre leur indépendance. Elles font le calcul du nombre d’années où elles ont travaillé gratuitement comme femme au foyer. » Elle frappe, questionne, donne le ton sur la teneur du spectacle qui va être donné pour quelques dates devant un public deprofessionnels. 

Féminisme à travers les âges
Les Femmes de la maison de Pauline Sales. Théâtre Paul-Scarron, Le Mans. Olivia Chatain, Anne Cressent et Vincent Garanger. © Jean-Louis Fernandez

Un homme (épatant Vincent Garanger) est éperdument amoureux d’une belle photographe (lumineuse Anne Cressent), qui le quitte pour un autre. Comme preuve de sa passion, il lui offre comme cadeau d’adieu le mariage et une maison en banlieue parisienne pour lui permettre de s’adonner sans limites à son art, sans se soucier des contingences matérielles. C’est le début d’une belle histoire, celle d’une bâtisse qui au fil du temps se transforme en résidence d’artistes uniquement réservée aux femmes. Les décennies défilent. La singulière demeure se déplace, tantôt réchauffée au soleil californien, tantôt perdue dans une quelconque campagne française, mais toujours animée par le désir profond de chacune de ses habitantes de transcender à travers leurs pratiques la place de la femme dans nos sociétés occidentales. 

Woman power 

S’inspirant de Womanhouse, une exposition de 1972 où des artistes féminines avaient investi en Californie une maison abandonnée pour aborder le thème de l’enfermement domestique, Pauline Sales puise dans l’histoire de ses sœurs, de ses comparses, une matière théâtrale qui interroge le féminisme et ses courants. De Simone (troublante Hélène Viviès), peintre et dessinatrice, qui rêve en plein « Fifties » de s’émanciper de sa place d’épouse et de mère au foyer, à Miriam, plasticienne baba cool qui transforme coussins, boites de conserve en sexe féminin, en passant par trois autrices, stéréotypes des femmes d’aujourd’hui, toutes incarnent un courant du féminisme, le déluré, le virulent, l’apaisé, le latent, l’enfiévré. 

Lutte contre le patriarcat

Malgré la révélation plusieurs fois rabâchée des amazones émancipées des années 70, que l’homme est un mythe fabriqué de toutes pièces, qu’il n’existe pas. Pauline Sales passe par le prisme d’un homme, un mécène sans arrière-pensées que celles de laisser le talent de chacune s’exprimer, pour lier son récit, conter cette fresque humaine et féministe. Creusant la vie de ces artistes, l’auteure et metteuse en scène met en exergue leurs combats : Quitter le foyer ; ne plus être esclave des corvées ménagères ; se libérer d’un carcan imaginaire imposé de tout temps par une tradition machiste qui se transmet de mère en fille. 

Des digressions sauvées par un jeu virtuose 
Les Femmes de la maison de Pauline Sales. Théâtre Paul-Scarron, Le Mans. Hélène Viviès, Anne Cressent et Vincent Garanger. © Jean-Louis Fernandez

L’écriture vive, drôle, piquante et habitée de Pauline Sales Emporte. Elle saisit au vol, passionne. Très vite, ces portraits de femmes, ces histoires d’émancipation féminine, attrapent et questionnent. Toutefois, à trop vouloir multiplier les exemples, la dramaturge montre que chaque féministe est différent, chaque courant à apporter sa pierre à l’édifice pour changer le monde de demain, et se perd dans une seconde partie trop longue, trop explicative, trop démonstrative. Heureusement, son trio de comédiennes – Olivia ChatainAnne Cressent et Hélène Viviès – redonne du souffle, ravive la flamme d’une lutte salvatrice.

Véritable fresque retraçant l’histoire d’une lutte pour un monde plus égalitaire, plus juste, Les femmes de la maison touche par la force de ses personnages, la richesse du jeu et la précision de la mise en scène. Resserrée, reciselée aux entournures, la dernière création de Pauline Sales sera intéressante à découvrir dès que les salles rouvriront leurs portes au public.  

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore – Envoyé spécial au Mans

Les Femmes de la maison de Pauline Sales. Théâtre Paul-Scarron, Le Mans. Hélène Viviès  et Vincent Garanger. © Jean-Louis Fernandez

Les femmes de la maison de Pauline Sales
Compagnie À l’Envi
Représentations exceptionnelles au Théâtre Paul-Scarron du Mans, janvier 2021

Tournée
Du 20 au 23 janvier à La Comédie — CDN de Reims
Du 27 au 29 janvier à La Comédie de Saint-Étienne — Centre Dramatique National
Le 3 février au Théâtre Jacques Carat, Cachan
Les 2 et 3 mars aux Scènes du Jura, scène nationale (Lons le Saunier)
Du 10 au 13 mars au TnBA —Théâtre National de Bordeaux en Aquitaine
Du 3 au 16 avril au TGP (théâtre Gérard Philipe- CDN de Saint Denis)

Mise en scène de Pauline Sales
Avec Olivia Chatain, Anne Cressent, Vincent Garanger & Hélène Viviès
Scénographie de Damien Caille Perret
Création lumière d eLaurent Schneegans
Création sonore de Fred Bühl
Costumes Nathalie Matriciani
Coiffure, maquillage Cécile Kretschmar

Crédit photos © Jean- Louis Fernandez

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