Danse Delhi d'Ivan Viripaev. mise en scène de Gaëlle Hermant. TGP. © OFGDA

Gaëlle Hermant se frotte à la langue surréaliste de Viripaev

Au TGP, salle Mehmet Ulosoy vide de public, confinement oblige, Gaëlle Hermant fait corps avec ses comédiens et donne vie à la Danse Dehli inventée par l’auteur russe Ivan Viripaev. Répétant dans l’espoir de pouvoir présenter dans les prochains mois sa dernière création, la jeune metteuse en scène a accepté de nous ouvrir les portes d’un filage. 

L’après-midi est douce. Le soleil automnal darde ses rayons chaleureux sur les rues bigarrées de Saint-Denis. La rue commerçante, que l’on emprunte pour se rendre au Théâtre, est endormie. La plupart des boutiques ont tiré le rideau. Pourtant, les passants sont là, présents. Ils vont et viennent. Certains errent sans but, ils prennent l’air tout simplement. D’autres ont le visage déterminé, fatigué des travailleurs qui n’ont qu’une hâte reprendre une vie plus normale.

Un théâtre léthargique en apparence
Danse Dehli d'Ivan Viripaev. Mise en scène de Gaëlle Hermant. TGP. © OFGDA

Arrivé devant la façade du TGP, difficile de dire qu’à l’intérieur les équipes sont au travail. Les uns font et refont les plannings, tentent tant bien que mal de penser à l’avenir, d’être prêt à rouvrir dès que les autorisations, seront là, à nouveau, pour accueillir du public. Les autres répètent. Dans le hall d’entrée, une jeune femme énergique, pas plus haut que trois pommes, attente et accueille le petit nombre de visiteurs. Souriante, derrière son masque de circonstance, Gaëlle Hermant est aussi un peu fébrile. Excitation et nervosité se conjuguent en elle. C’est la première fois qu’elle montre son travail à des personnes extérieures à sa Cie Det Kaizen.

Une troupe soudée

Alors que la metteuse en scène donne ses dernières recommandations, ses ultimes conseils du jour, les comédiens autour d’elle, s’encouragent, s’embrassent, se prennent dans les bras. Une joie certaine, une émotion toute euphorique s’empare de la troupe. Le spectacle n’est plus un rêve, une utopie, il devient par ce filage, une réalité, une création en devenir. Tous se regardent, se sourient avant de filer dans les coulisses. Le tout petit nombre de spectateurs s’installent rapidement, chacun à bonne distance. La salle plonge dans le noir. Danse Dehli prend imperceptiblement vie. 

Une langue, un coup de foudre
Danse Dehli d'Ivan Viripaev. Mise en scène de Gaëlle Hermant. TGP. © OFGDA

La langue de Virapaev, sa manière unique de construire des histoires surréalistes à la limite de l’absurde, envahit l’espace. Les premiers mots, leur étrangeté, les premières intonations, presque surjouées, dessinent un univers singulier où la mort, la vie, la douleur, la perte, l’exaltation se conjuguent, s’entremêlent pour mieux questionner, interroger notre regard sur le monde. « J’ai eu un coup de foudre, confesse Gaëlle Hermant, pour ce texte. Structuré comme un roman, il permet de plonger en apnée dans le microcosme hospitalier. Venant d’une famille de médecins, Danse Dehli a tout de suite résonner en moi. Le spectacle a déjà été monté en 2011 par Galin Stoev, mais j’avais envie de me frotter à cette tragicomédie, de la mettre en scène. A l’heure de la crise sanitaire que nous traversons, il y a comme une forte évidence, presque une nécessité. » 

Un travail minutieux

Avec fougue, la jeune metteuse en scène et sa troupe s’empare de cette matière théâtrale singulière qui se compose de sept pièces brèves en un acte. Construite à la manière d’une danse où tout se répète à quelques variations – l’annonce d’une mort, la confrontation des vivants, un acte de décès à signer – , Danse Delhi emporte le spectateur dans une sorte de mouvement perpétuel à la limite du vertige. Tout se passe dans une salle d’hôpital où six personnages confrontent leurs histoires, leurs amours, leurs animosités, leurs passions, leurs doutes. « C’est comme sur une partition musicale qui varierait entre les morceaux d’une note, d’une croche, explique la jeune metteuse en scène. Les personnages se combinent à chaque fois de manière différente. Entre vraie tragédie et humour noir, Virapaev a cette capacité rare de lire le réel autrement, en en révélant toute son absurdité. C’est passionnant à travailler. Cela permet un champ des possibles incroyable quant à la mise en scène. »

Une danse pour la vie 
Danse Dehli d'Ivan Viripaev. Mise en scène de Gaëlle Hermant. TGP. © OFGDA

Partant à la découverte de la genèse d’une danse extatique, née dans la douleur et la misère, pour révéler toutes les beautés du monde, L’auteur russe touche au sensible, à l’humain. Tout comme sa consœur Ambre Kahan avec Ivres, une autre pièce de Viripaev, Gaëlle Hermant adapte Danse Delhi avec une belle délicatesse. A ce stade de la création, tout est là, la musique, les lumières, la scénographie, ne manque que la confrontation avec le public, pour lisser le jeu, fluidifier l’ensemble. Espérant pouvoir présenter cette œuvre en février au théâtre de la Criée à Marseille, l’artiste croit en sa bonne étoile poussée par toute son équipe, une bande de joyeux drilles que le feu des planches attise et galvanise. 

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore

Danse Delhi d’Ivan Virapaev
Résidence au TGP en novembre 2020

59, boulevard Jules-Guesde
93 207 Saint-Denis Cedex
Durée 1h45 environ 

Mise en scène de Gaëlle Hermant – Cie Det Kaizen
avec Christine Brücher, Manon Clavel, Jules Garreau, Kyra Krasniansky en alternance avec Lina Alsayed, Louise Rebillaud, Laurence Roy 
et la musicienne Viviane Hélary 
Traduction de Tania Moguilevskaia et Gilles Morel 
Dramaturgie d’Olivia Barron 
Scénographie de Margot Clavières 
Lumière et régie générale de Benoît Laurent 
Son de Léo Rossi-Roth 
Costumes de Noé Quilichini
Le texte est publié aux Éditions Les Solitaires Intempestifs.

Crédit photos © OFGDA

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