Lorsque Françoise parait d'Eric Bu. Avec Sophie Forte, Christine Gagnepain et Stéphane Giletta. Théâtre Lepic. © Dominque Toulet

Eric Bu lève le voile sur Dolto au Lepic

Si vous voulez tout savoir sur Françoise Dolto, médecin, psychanalyste ? Si vous voulez rencontrer une femme épatante ? Courrez vite au Théâtre Lepic applaudir le spectacle d’Eric Bu, Lorsque Françoise paraît. Un petit bijou d’intelligence, de fantaisie et de tendresse.

Nous avions découvert la version courte de la pièce aux Mises en capsule l’année passée. Les 30 minutes nous avaient emballés et laissés sur notre faim. En découvrant la version intégrale en ce soir de première représentation, mon appétit a été comblé. Eric Bu a conçu une magnifique machine de théâtre autour de cette grande dame qui a permis aux enfants d’être considérés comme des êtres à part entière. Son travail, texte et mise en scène, est remarquable. 

L’enfance, ce grand mystère
Lorsque Françoise parait d'Eric Bu. Avec Sophie Forte, Christine Gagnepain et Stéphane Giletta. Théâtre Lepic. © Dominque Toulet

Puisque tout vient de l’enfance, Eric Bu nous raconte comment Dolto s’est construite. Avec ses remarques pertinentes, elle nous plaît cette petite fille précoce, mal aimée par sa mère défaillante. À 8 ans, elle décide que quand elle sera grande, elle sera médecin d’éducation ! Quel joli métier ! À son époque on ne savait que faire de la marmaille qui traînait dans les pieds des adultes. L’enfant se devait d’obéir, dese faire oublier et d’aller jouer dans sa chambre. On n’expliquait rien, pensant que la vie s’en chargerait.

Des parents à élever

Donc Françoise éduquera, avant tout, les parents ! Et puis pas de bol, Françoise est une fille, ce qui signifiait alors être  belle et se taire. Pas son genre ! Obstinée et têtue, Françoise devient médecin, se spécialise dans la pédopsychiatrie et fait avancer la société. Malgré les invectives de sa mère pour qui une femme qui travaille est une fille perdue, elle se marie et devient une maman comblée. Et comme on n’a eu de cesse de l’empêcher de parler, elle va utiliser la radio pour s’exprimer et toucher le grand public, se moquant de ses détracteurs. C’est apaisée, qu’elle meurt, parce qu’elle sait que la relation qui existe entre les êtres humains perdure même après leur disparition. 

Sophie Forte, double de Dolto
Lorsque Françoise parait d'Eric Bu. Avec Sophie Forte, Stéphane Giletta. Théâtre Lepic. © Dominque Toulet

Pour incarner Françoise, il fallait trouver quelqu’un qui porte toujours en elle, cette part d’enfance, ce regard curieux sur les choses de la vie. Sophie Forte correspond complètement à cela. Elle se glisse dans la petite fille avec l’aisance des joueuses de marelles. Elle ne fait pas l’enfant, elle est une enfant ! Puis toujours avec aisance, elle devient femme et vieille dame. Ce rôle était pour elle, et elle s’y délecte. Beaucoup de personnages croisent la route de Françoise, et Eric Bu a choisi qu’ils soient interprétés par deux comédiens. Sans jamais caricaturer, ni forcer le trait, Christine Gagnepain interprète subtilement les rôles féminins comme la terrible Suzanne, la maman de Françoise ou sa fille Catherine. Stéphane Giletta, une découverte, est remarquable dans la ronde des nombreux personnages masculins, dont Bag (le bon ange gardien). Un geste, une parole, un ton de voix, il fait entendre tous les caractères que chacun porte en soi.

Tous les trois font vivre à merveille ce petit monde créé par Eric Bu. Et ce n’est pas pour rien qu’à la fin de la pièce, la larme à l’œil, le public se lève pour les applaudir et leur crier : Bravo ! 

Marie-Céline Nivière

Lorsque Françoise parait d'Eric Bu. Avec Sophie Forte, Christine Gagnepain et Stéphane Giletta. Théâtre Lepic. © Dominque Toulet

Lorsque Françoise paraît d’Eric Bu
Théâtre Lepic
 1 avenue Junot
75018 Paris
Jusqu’au 29 novembre 2020
Durée 1h30

mise en scène d’Eric Bu assisté de Sophie Bouteiller
Avec Sophie Forte, Christine Gagnepain, Stéphane Giletta
Lumière de Cécile Trelluyer
Costumes de Julia Allègre
Scénographie de Aurélien Maillé
Musique de Pierre-Antoine Durand

Crédit photos © Frédérique Toulet

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