Le Square de Marguerite Duras. Dominique Pinon et Mélanie Bernier. Mise en scène Bertrand Marcos. Lucernaire. © Karim C

Mélanie Bernier et Dominique Pinon, duo lumineux sur les pas de Duras

Au Lucernaire, Mélanie Bernier et Dominique Pinon s’installent avec bonheur dans Le square de Marguerite Duras. Un spectacle solaire mis en scène par Bertrand Marcos.

Sous le soleil éclatant d’une belle journée, les enfants jouent au square, déversant par leurs cris, leurs rires, leur trop-plein d’énergie et d’insouciance. Sur une chaise, un homme, une valise à ses côtés, regarde avec tendresse ce joyeux tourbillon de vie. Sur un banc, une jeune femme surveille d’un œil les garnements. C’est son travail. L’homme l’intrigue. Ni voyez rien de malsain, elle est juste curieuse. Elle s’ennuie un peu. Alors, elle va entamer le dialogue, ce qui à notre époque devient de plus en plus difficile. Et, le plus surprenant, il lui répond en toute sincérité. Ces « deux vies sans grands éclats » vont alors, l’espace d’un instant avoir une écoute et trouver une place dans le monde. Puis, chacun repartira de son côté, parce qu’il est l’heure. 

Solitude durassienne
Le Square de Marguerite Duras. Dominique Pinon et Mélanie Bernier. Mise en scène Bertrand Marcos. Lucernaire. © Karim C

Duras, avec ses mots, son phrasé particulier qui fait la singularité de son œuvre, raconte deux solitudes celles des gens qui se fondent dans la masse. Elle est bonne à tout faire. Il est colporteur. Ils travaillent pour survivre mais ne vivent pas vraiment. Le fait de parler ensemble de leurs rêves, de leurs malheurs, de leurs espoirs, leur permet, l’instant d’une conversation anodine, de « survivre à leur solitude ». 

Musicalité des mots

Bertrand Marcos, tant par son adaptation que par sa mise en scène, fait entendre magnifiquement la petite musique de Duras. Il a eu la bonne idée de garder l’atmosphère des années 1950-60. Comme, elle est belle la petite robe toute simple de la jeune femme. La scénographie, toute lumineuse, nous renvoie à nos souvenirs d’enfance, lorsque l’on courrait au square parce qu’il n’y avait pas la télévision pour nous tenir enfermés. Mon square à moi s’appelait Carpeaux, et l’on y courrait heureux, en liberté. Parce comme le dit Duras : « On ne supporterait d’ailleurs pas que les enfants comprennent le malheur. Sans doute sont-ils les seuls êtres que l’on ne supporte pas malheureux. »

Un duo épatant de comédiens

Mélanie Bernier est lumineuse dans son rôle de jeune femme pleine de désir (et ) « qui fait tout pour nourrir un espoir ». Elle va le samedi au bal, pour trouver un jour quelqu’un qui finira bien par reconnaître en elle « une jeune fille avec laquelle on peut se marier ». Elle interprète avec finesse la naïveté de son personnage, dévoilant ses failles et ses forces. Dominique Pinon a choisi de ne pas accrocher à son sourire l’amertume que pourrait ressentir ce voyageur de commerce. Il est bien là où il est. De toute manière, il a toujours été « un peu distrait de la réussite ». Même s’il sait que sa vie n’est en réalité qu’un grand vide, c’est un homme solaire. On comprend pourquoi la jeune femme s’est approchée de lui sans craintes. Avec talent, ils font vivre ce beau dialogue, où les choses évoluent peu à peu, avec une spontanéité et une sincérité telle que l’on ne peut être que touché. Et si le bonheur n’est pas facile à atteindre, il peut se croiser l’espace d’un moment, au détour d’une simple discussion.

Marie-Céline Nivière

Le Square de Marguerite Duras. Dominique Pinon et Mélanie Bernier. Mise en scène Bertrand Marcos. Lucernaire. © Karim C

Le square de Marguerite Duras
Lucernaire
53, rue Notre-Dames-des-Champs
75006 Paris
Jusqu’au 8 novembre 2020
Durée 1h10

Adaptation et mise en scène de Bertrand Marcos
Avec Mélanie Bernier et Dominique Pinon
Lumières de Patrick Clitus 
Scénographie de Jean Haas 
Costumes de Marion Xardel 
Son de Stéphanie Gibert 

Crédit photos © Karim C

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