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Le fils, le mal-être de l’adolescence version mélo-tragique

Noir, c’est noir. Il n’y a plus d’espoir. Ce refrain légendaire d’un des tubes de l’idole des jeunes pourrait être le leitmotiv de cette pièce de boulevard chic, pas choc, qui essaie de s’emparer du mal-être adolescent. Faute d’une analyse psychologique approfondie des personnages, la jolie plume de Zeller et l’élégante mise en scène de Chollat survolent le sujet sans le décortiquer. Dommage !

Après la Mère dépressive, le Père Alzheimer, Florian Zeller s’intéresse au mal-être de l’adolescent, dont les sentiments exacerbés, les émotions à fleur de peau, n’arrivent pas à se conformer à l’ordre nouveau, celui qu’impose l’âge adulte. Neurasthénique, mélancolique, un brin violent, nerveux, Nicolas (fiévreux Rod Paradot) ne supporte pas le divorce de ses parents, la solitude de sa mère (frêle Anne Consigny), le remariage de son père (imposant Yvan Attal) avec une jolie jeune femme (éblouissante Elodie Navarre). Sensible, il ne digère pas cette nouvelle situation. Il doit partager l’amour de son père avec un demi-frère, qu’il aime certes, mais qui lui fait un peu d’ombre. Absentéiste en classe, il espère en allant vivre chez son géniteur aller mieux, reprendre le cours de sa vie… En vain.

le-fils-florian-zeller-comedie-des-champs-elysees-photo4_©Lise Lesourd_@loeildoliv

Plongeant dans les tourments d’un adolescent en mal de vivre, incapable de s’adapter au changement de vie, à la moindre modification de son environnement quotidien, Florian Zeller clôture sa trilogie sur les maux qui enveniment les rapports humains et familiaux. Sans concession, sans espoir, il croque la vie bourgeoise, ses travers, ses errances. En quête du père, le jeune Nicolas dérive à vue sans savoir pourquoi. Et c’est dans cette absence de motifs, cette impossibilité des adultes, ce manque d’envie, de comprendre ce qui chagrine tant l’adolescent, que le propos de l’auteur se perd en restant en permanence à la surface. Et malheureusement, la mise en scène très épurée, très élégante, de Ladislas Chollat ne fait que souligner cette impression de superficialité textuelle.

Dans ce mélodrame convenu où chaque scène est attendue, tout repose sur le jeu ciselé des comédiens. En père dépassé par les évènements, qui tente de gérer sa famille comme son cabinet d’avocats, Yvan Attal est à son aise. Il est cet homme perdu, qui se laisse totalement emporter par les tourments de son fils. En mère flippée, légèrement caricaturale, Anne Consigny se défend honnêtement. Fragile, Rod Paradot est toujours sur le fil. Si l’on ressent chacune des angoisses du personnage, chacune des fêlures, un peu trop habité, le jeune comédien manque encore un peu de maîtrise. Mais sa présence scénique fiévreuse semble bien prometteuse. Enfin, Elodie Navarre illumine la scène de son sourire, de son interprétation rayonnante. Douce, aimante, protectrice, compréhensible, elle est la jeune belle mère idéale.

Si l’on peut regretter les facilités d’écriture, l’empilement de clichés, on se laisse imperceptiblement séduire par cette troupe au diapason qui pique malgré tout notre curiosité sur le long cours. La Reprise avec Stéphane Freiss dans le rôle du père donne une dimension plus humaine à l’ensemble, plus viscérale.

Par Olivier Fregaville-Gratian d’Amore


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Le fils de Florian Zeller
Comédie des Champs-Elysées
15, avenue Montaigne
75008 Paris
à partir du 3 février 2018
du mardi au samedi 20h30 et le dimanche à 15h
durée 1h50 environ

Mise en scène de Ladislas Chollat assisté de Grégory Vouland et Lou Monnet
Avec Yvan Attal, Anne Consigny, Elodie Navarre, Rod Paradot, Jean-Philippe Puymartin, Raphaël Magnabosco
Décor d’Edouard Laug
Lumière d’Alban Sauvé
Costumes de Jean-Daniel Vuillermoz

Reprise en septembre 2018 toujours à la Comédie des Champs-Elysées avec Stéphane Freiss, Florence Darel, Elodie Navarre, Rod Paradot, Daniel San Pedro et Raphaël Magnabosco.

Crédit photos © Lisa Lesourd

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