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L’exquis Rubens s’expose au Luxembourg

Peaux rosées à l’intensité charnelle, visages majestueux auréolés de toutes les grâces, les portraits princiers de Rubens et de ses contemporains viennent une nouvelle fois hanter la maison de Marie de Médicis, plantureuse mécène du peintre néerlandais. Si l’on peut regretter le petit nombre d’œuvres exposées du maître, leur beauté ensorcelle, tant son art de donner vie à ses modèles fascine.

Posture hiératique, port majestueux, les souverains européens de la fin du 16e et du début du 17e siècle prennent la pause pour Pierre Paul Rubens. De l’Espagne catholique aux Flandres des Habsbourg en passant pas la cour des Gonzague à Mantoue et par la France opulente de Marie de Médicis et de Louis XIII, tous se laissent portraiturer pour la postérité. Tenues de cour, statures imposantes, chacun se plie à l’exercice dans le principal but de montrer sa magnificence au monde. Qui de mieux que le peintre flamand au style baroque pour s’adonner à un tel exercice ?

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L’infante Isabelle Claire Eugénie de Pierre Paul Rubens & Jan Brueghel l’ancien dit Brueghel de Velours, vers 1615, Espagne, Madrid, Museo Nacional del Prado © OFGDA

Pour s’en convaincre, il suffit de pénétrer dans les premières salles de l’exposition qui lui est consacrée au musée du Luxembourg. Des rouges incandescents, des jaunes dorés, des bleus royaux, des noirs profonds, viennent titiller nos rétines pour mieux nous entraîner dans un voyage à travers le temps. De son regard incisif, de ses gestes précis, de son toucher léger, aérien, Pierre Paul Rubens insuffle la vie à ses portraits de jeunes duchesses, de mères supérieures ou de futurs rois. Peau laiteuse, joues rosées, les visages de ses royaux modèles, depuis longtemps disparus, sont pris sur le vif et semblent encore habités par quelques âmes. Les taffetas de pourpre, les collerettes de dentelles, ne demandent qu’un mouvement pour tressauter, vibrer.

Saisi par la beauté des chefs d’œuvre du maître flamand, par la puissance et la grâce qui s’en dégagent, notre œil aguerri ne se fait pas duper longtemps. Face aux tableaux de Rubens, ceux issus de son atelier, font bien pâle figure. C’est d’ailleurs la volonté des commissaires de l’exposition Dominique Jacquot, conservateur en chef du musée des Beaux-Arts de Strasbourg, en collaboration avec Alexis Merle du Bourg, qui ont mis en parallèle, les portraits de l’artiste flamand avec ceux de ses élèves. À la brillance des premiers, à leurs éclats singuliers, répondent couleurs ternes et lumières moins flamboyantes des seconds.

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Portrait d’Anne d’Autriche, reine de France par Pierre Paul Rubens, 1622-25, Etats-Unis, California, Pasadena, The Norton Simon Foundation © OFGDA

Tout au long de ce parcours initiatique au cœur du pouvoir, on découvre une nouvelle facette de Pierre Paul Rubens. Derrière l’artiste, se cache un homme de cour, fin politique et discret diplomate. De par son métier, l’artiste approche les souverains dans un quasi tête à tête, propice aux confidences, aux discussions à bâtons rompus. Utilisant ce temps singulier, il a pu user de ses privilèges pour tenter de préserver la paix dans une Europe où chaque monarque fait preuve d’ambition démesurée et contraire à celle de ses royaux voisins.

Si l’on peut regretter que sur l’ensemble des œuvres exposées, beaucoup ne sont pas de la main virtuose du maître flamand, certains tableaux méritent une attention particulière dont le portrait imposant de Philippe IV d’Espagne, celui auguste de l’infante Isabelle Claire Eugénie, celui poignant de Marie de Médicis, reine mère et celui majestueux d’Anne d’Autriche. Une autre pièce étonnante, intense, vient éclipser une grande partie des peintures présentées, une représentation en pied de Marie de Médicis, l’exilée par Anton Van Dyck. Visage défait, corps affaissé, celle qui fut la reine n’est déjà plus que l’ombre d’elle-même.

Cette balade, presque trop rapide, en compagnie de toutes les têtes couronnées d’Europe s’achève sur un magnifique et bouleversant autoportrait de Pierre Paul Rubens, peintre des rondeurs gourmandes, des chairs généreuses, des princes en majesté. Un moment hors du temps ensorcelant qui laisse un léger goût d’insatisfaction tant on aurait aimé voir encore de nombreux chefs d’œuvres de cet artiste flamand amoureux des corps voluptueux de son temps.

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore


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Rubens, portraits princiers
Musée du Luxembourg-RMN
19 Rue de Vaugirard
75006 Paris

Jusqu’au 14 janvier 2018
Entrée : 13,5 €

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