L’Occitanienne, autopsie d’une passion amoureuse

L’homme vieillissant, écrivain de surcroît, est bien sombre et taciturne. Pourtant, le sourire juvénile, le geste gracieux, le minois avenant d’une jolie aristocrate pourrait bien rallumer la flamme de ce cœur qui rêve de palpiter encore une fois, une dernière fois. C’est cet instant précis où la respiration s’emballe, où l’être aimé envahit les pensées que saisit Jean Périssé dans ce huis-clos amoureux un peu trop sage, un peu trop courtois. Sans être véritablement passionnant, ni dénué d’intérêt, ce long métrage au charme suranné séduira les amoureux de nature, les romantiques et les « aficionados » de Chateaubriand.

LLes arbres, les montagnes envahissent l’écran. Magnifiquement filmée, la belle nature pyrénéenne défile devant nos yeux. La caméra s’attarde. Elle suit l’échange épistolaire entre un Chateaubriand vieillissant et une jeune aristocrate férue de lecture, admiratrice enamourée du grand écrivain. Puis, elle ausculte l’inévitable rencontre, un soir de pluie, dans un bel et sombre hôtel de la jolie ville de Cauterets.

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Véritable huis-clos amoureux, L’Occitanienne nous entraîne dans les tourments de la passion naissante entre un homme vieillissant et une jeune donzelle. En s’inspirant de cette dernière amourette de Chateaubriand, qui ne noircit pourtant qu’une demi page des prolifiques mémoires de ce dernier, Jean Périssé signe un film très classique qui respecte parfaitement les codes du romantisme, courant littéraire alors à son apogée en ce début de XIXe siècle. Ainsi, le réalisateur s’attache à faire revivre ce monde depuis longtemps perdu. Il décrit avec finesse les conventions sociales de l’époque qui régissent la bonne société et corsètent les élans sentimentaux, les émotions amoureuses.

Trop sage, Jean Périssé n’arrive pas à dépasser cet état de fait et appréhende avec trop de pincette cette passion dévorante, brûlante, que les mots enflamment et transcendent mais que la pellicule n’arrive malheureusement pas à graver. Perdus dans les massifs luxuriants et montagneux qui donnent aux Pyrénées son éclat, nos deux tourtereaux se noient figés dans une mise en scène trop théâtrale et sont emportés par le violent orage.

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En effet, à force de s’attarder sur le magnifique paysage qui entoure la ville de Cauterets, le réalisateur plombe inutilement sa première mise en scène. C’est d’autant plus dommage que les dialogues, ciselés et écrits dans le style de l’époque, sont pleins d’un charme désuet. On se laisse aisément bercer par leur musicalité, emplie de douceur et de délicatesse.

On regrette d’autant plus ce parti pris, que Bernard Le Coq, toujours impressionnant, campe un Châteaubriand tout en finesse. Il a l’élégance du grand homme et son aisance verbale. Touché en plein cœur par la beauté de la jeune Occitanienne, il redevient un jeune homme, passionné et vivant. Plus réservée, la très charmante Valentine Teisseire a du mal à égaler la performance de son partenaire. Evaporée, elle perd de sa superbe quand il faut lire les écrits du grand homme et c’est bien dommage.

Le charme suranné de l’ensemble, la beauté des costumes et la qualité de la photo séduisent sur le fil et feront fondre sans en douter le cœur d’artichaut des amoureux du romantisme.

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore


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L’Occitanienne de Jean Périssé
Avec Bernard Le Coq, Valentine Teisseire, Roger Souza, Patricia Karim et Philippe Vendan-Borin
Sortie le 18 mars 2008
Reprise le 21 septembre 2016
produit par Panoceanic films
Durée 1h25

Crédit photos ©Panoceanic Films

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