Lilting ou la délicatesse de Hong Khaou – moments de grâce

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Lilting ou la délicatesse de Hong Khaou ©Jour2fête

En filmant au plus près des sentiments, Hong Khaou signe un premier long métrage sur le deuil et l’homosexualité, subtil et plein de grâce…

 Le synopsis : Dans le Londres contemporain, une mère sino-cambodgienne pleure la mort prématurée de son fils. Son monde s’écroule et se trouve perturbé par la présence d’un étranger. Leur difficulté à communiquer les force à faire appel à un traducteur. Ensemble, ils commencent à reconstituer les souvenirs d’un homme qu’ils ont tous deux aimé.

La critique : A la mort de l’être aimé, que l’on soit parent ou conjoint, un vide se crée en nous. C’est ce trouble profond qui nous affecte tous un jour que Hong Khaou a voulu  avec beaucoup de pudeur mettre en image dans son premier film. A l’instar de Xavier Dolan dans Tom à la ferme, il s’est aussi attaché aux non-dits et aux différences culturelles. Quand le Canadien puise dans la violence et dans la sauvagerie des paysages du nord de son pays, pour illustrer son propos, le cambodgien, à l’image de sa culture, préfère les intérieurs feutrés et la finesse.

En s’inspirant de sa propre histoire – né à Phnom Penh en 1978, arrivé avec ses parents à Londres à l’âge de 8 ans -, ce jeune réalisateur signe un long métrage délicat et sensible dans lequel il évoque avec beaucoup de tendresse sa propre mère. Cette dernière, tout comme Junn, le personnage féminin du film, jouée avec finesse par Pei-pei Cheng, super star des films d’arts martiaux chinois, n’a jamais pu s’adapter à la culture occidentale et apprendre la langue anglaise. Dans le film le seul vecteur de communication avec l’extérieur dont dispose Junn reste donc son unique fils, Kai, vénéré comme un dieu mais dont la fidèle adoratrice exige en retour une non moins grande dévotion. Le conflit apparaît lorsqu’à la disparition du père, le fils se voit contraint de placer cette mère aimante mais qui ignore tout de sa vie sentimentale dans une maison spécialisée. Junn ne comprend pas pourquoi son fils n’a pas choisi de vivre avec elle et pourquoi il lui préfère un « colocataire » qu’elle juge évidemment responsable de sa disgrâce et qu’elle exècre. Kai, interprété par un jeune acteur eurasien, félin à souhait, Andrew Leung, demeure prisonnier de l’étau d’une double culture et de ses contradictions : il ne parvient pas à se résigner à vivre séparé de sa mère et à ignorer ses suppliques mais ne peut néanmoins envisager de l’accueillir chez lui de peur qu’elle ne découvre son homosexualité.

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Ben Wishaw et Andrew Leung dans Lilting ou la délicatesse ©Jour2fête

Son compagnon, Richard, un Londonnien, incarné par Ben Wisham magistral, gracile et envoutant, tente de dénouer ce nœud gordien en l’encourageant à avouer son homosexualité et se montrant entièrement disposé à vivre avec sa « belle-mère ». Le jour où Kai se décide enfin à faire son coming-out il est renversé par une voiture. De ce jour fatidique, la vie de Richard et celle de Junn basculent. Ce drame va les amener à se rencontrer et à briser progressivement toutes les barrières qui les séparent. L’un va devoir apprivoiser l’autre. Pour aider, cette femme de soixante ans isolée, dernier lien avec l’homme aimé et disparu, Richard va embaucher une traductrice qui va permettre à cette dernière de communiquer, notamment avec un autre pensionnaire de la maison de retraite avec qui s’esquisse une relation amoureuse. Au fil de situations tout aussi émouvantes que cocasses la méfiance finira par se muer en respect et en confiance réciproque. Et de ce lien tenu entre deux personnes que tout oppose mais qu’un seul être rapproche, naît un partage d’émotions tout en nuances et en délicatesse.
En imprégnant la moindre parcelle de pellicule de cette tension sociale, culturelle et familiale, Hong Khaou  signe un long métrage puissant, sobre et élégant qui frôle le chef d’œuvre. En empruntant l’esthétisme d’autres réalisateurs asiatiques, comme Wong Kar-Wai, il évite l’écueil de la plupart des comédies romantiques sirupeuses.
La force de ce film sans prétention est aussi due au talent et à la justesse de ces interprètes. Laissez vous charmer par la sensualité d’Andrew Lueng, la beauté et la grâce de Pei-pei Cheng et par la présence troublante de Ben Wisham…

Réalisé par Hong Khaou
avec Ben Whishaw, Peter Bowles, Andrew Lueng, Morven Christie, Pei-pei Cheng et Shane Salter
Sortie le 15 octobre
durée 1h26

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