Voyage(s) en pays clandestins

Pièce de Simon Grangeat, auréolée du prix Collidram 2019, Du piment dans les yeux commence légalement et fini sans papiers, commence sous le ciel d’Afrique et se termine dans des rues de France. Entre les deux : les exils, les fuites, la débrouille et surtout, l’irrésistible envie de ne pas subir.

Parce que le théâtre se lit aussi, surtout le théâtre d’aujourd’hui qui raconte des histoires d’aujourd’hui avec des mots d’aujourd’hui ; parce que ce théâtre est une rencontre de personnages qui nous éclaire sur nous-même et sur le monde dans lequel on vit ; et parce que ce texte m’a émue aux larmes, tout simplement, j’avais envie de le partager.

Du piment dans les yeux, c’est l’histoire croisée de Mohammed et d’Inaya. 
Le premier fuit un pays dans lequel il ne peut plus étudier parce que l’école coûte cher et que c’est le tour de son frère d’étudier. Pourtant, Mohammed est le meilleur de sa promo ! Et sa place dans la classe supérieure est garantie ! Mais comme le disent ses parents : son petit frère aussi a le droit d’apprendre à lire et à écrire.
La deuxième fuit un pays en guerre. Elle est partie avec son père mais se retrouve seule en chemin, déguisée en garçon.

Ainsi, chacun tente l’aventure d’une vie meilleure et traverse le pire avant de se rencontrer. Ensemble, ensuite, veillant l’un sur l’autre, s’accrochant l’un à l’autre, ils poursuivent leur quête.

Pour écrire ce texte, Simon Grangeat a eu l’opportunité d’interviewer des jeunes migrants, et notamment un dont il s’est beaucoup inspiré. Et ça se sent. Contrairement à beaucoup d’autres histoires de migrations qui ne sont pas vraiment situées, ni dans leur géographie, ni dans leur temporalité comme pour se conférer une dimension plus universelle, le dramaturge ne se prive pas de citer les pays, les lois, les abus et les difficultés. 
Ce texte très ancré nous permet de suivre très concrètement le trajet de ces deux jeunes pas encore adultes. Nous éprouvons avec eux les paysages, la chaleur, l’odeur des corps qu’ils rencontrent, leurs bouches sèches de soif, et leurs corps affamés. 

Au-delà de l’actualité des migrations qu’il raconte, ce récit nous fait nous poser la question de ce que nous serions nous-même prêts à endurer si dans notre pays, nous nous sentions soudain limités dans nos libertés, notre capacité à être, ou si nous étions en danger ? Que serait pour nous l’inacceptable ? La limite ? A quel moment partirions-nous ? Que serions-nous prêts à sacrifier, quels risques serions-nous prêts à prendre pour que sinon nous, au moins nos enfants obtiennent une vie tout simplement possible ? 

Quant à la fin… je vous la laisse découvrir : elle nous appartient.
Ce texte est une claque d’humanité.

Catherine Verlaguet

Du piment dans les yeux de Simon Grangeat – Editions Les solitaires intempestifs

La piéce a été créée en 2016 par Antonella Amirante au Théâtre de Vienne

Crédit photos © Théâtre-contemporain.net et © Yves Benitah & Patrice Pegeault

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