Portrait mordant de famille

Au Théâtre La Scène Parisienne, Guillaume Sentou met en scène avec sagacité Oh Maman ! de Stéphane Guérin, une comédie grinçante sur une famille en désintégration.

Tim, Gwenn, Gwlad et Tom viennent de perdre leur mère. Le décès de ce maillon, lien entre l’enfance et l’âge adulte se vit comme étant Juste la fin du monde. Notre cœur est prêt à exploser devant ce vide à jamais. La fratrie se retrouve pour organiser l’enterrement. Ces quatre-là sont loin d’être unis comme les doigts d’une main. Comment peut-on être aussi dissemblable alors qu’on l’on a reçu les mêmes gènes, la même éducation ? se demande l’aîné. Jusqu’à la séparation définitive que l’on devine inévitable, ils vont évoquer le passé, découvrir leur présent et tenter d’avoir des derniers remords avant l’oubli.

Stéphane Guérin, auteur au style original et riche, ne cesse de nous séduire. Le thème de la famille se retrouve toujours en filigrane dans ses pièces. Ici, il s’est lâché. Il décortique avec une férocité réjouissante ces êtres nés du même ventre, devenus de véritable étrangers. Il y a peu d’amour et tendresse chez eux. Ne s’aimant pas comment pourraient-ils aimer les autres ! La famille, le monde entier. L’auteur a croqué les craquelures de ses personnages d’un beau coup de plume, offrant aux comédiens une belle partition.

Tim, l’aîné, est un écrivain parisien qui a fui sa province, sa famille. Son premier roman « Pertes et Profits », grand succès, puise dans sa propre histoire. Guérin a mis beaucoup de lui dans ce rôle. On pense bien sûr à Jean-Luc Lagarce. Mickaël Chirinian est formidable dans ce personnage qui regarde avec effarement le drame qui se joue devant lui. Tom est le petit dernier, celui à la santé fragile, couvée par sa mère. Rudy Milstein offre une grande et belle sensibilité à ce garçon lunaire. Gwlad est la revêche petite sœur, qui cache sous sa dégaine d’éternelle adolescente une grande colère. Elle cherche sa place dans la famille, dans la société. Il faut dire qu’elle n’a jamais eu de bol, même avec son enfant né handicapé. Alysson Paradis donne à ce personnage complexe de belles nuances. Et puis il y a Gwen, la grande, un phénomène ! Cupide, elle n’est que rancœur. C’est elle qui s’est occupée de leur mère. Garance Bocobza est surprenante dans ce personnage haut en couleur.

Guillaume Sentou a saisi tous les méandres de la pièce de Stéphane Guérin. Sa mise en scène vive et vivifiante tire les fils du récit avec limpidité. Rien n’est figé. Sa scénographie épurée laisse place à notre imaginaire pour comprendre les lieux et les endroits. Excellent directeur d’acteurs, il signe un spectacle à la fois drôle, grinçant et émouvant. Du très bel ouvrage qui nous a réjouis. 

Marie Céline Nivière


Oh Maman ! de Stéphane Guérin
La scène Parisienne
34, Rue Richer
75009 Paris
Jusqu’au 31 mars 2020
Du mardi au samedi à 19h00 et le dimanche à 15h30
Durée 1h30

Mise en scène de Guillaume Sentou assisté de Maud Forget
Avec Alysson Paradis, Garance Bocobza, Mikaël Chirinian, Rudy Milstein
scénographie de Marie Hervé
costumes de Leila Mazni
lumière de David chaillot
vidéo d’Harold Simon
composition de Dov Milstein

Crédit photos © Morgane Lafosse

Print Friendly, PDF & Email

Laisser un commentaire

Your email address will not be published.

*

Dernièrement

Aller à Haut