Les voyages de Turner pour rouvrir Jacquemart-André

Perché dans le Haut du 8e arrondissement de Paris, le très coquet musée Jacquemart-André a enfin rouvert ses portes. Afin d’offrir à ses visiteurs, une visite inoubliable, le lieu propose une immersion dans l’œuvre intime de l’artiste britannique William Turner. Une poétique et méditative balade ! 

Contrairement à William Turner, peintre, graveur et aquarelliste londonien, membre du mouvement pictural romantique anglais et considéré comme un des précurseurs de l’impressionnisme, il n’est pas nécessaire de prendre un bateau pour voyager. Il suffit en ces temps de coronavirus de s’armer d’un masque et d’accepter de faire contrôler sa température à l’entrée du musée. Il n’est pas utile non plus de traverser la Manche en train et d’attendre 15 jours enfermé dans une chambre d’Hôtel à deux pas de Big Ben pour pouvoir admirer à la Tate Britain les œuvres de ce fascinant artiste. Le Musée Jacquemart-André convie à découvrir son travail à travers une anthologie du maître anglais qui regroupe, pas moins de dix toiles et une soixantaine d’aquarelles, toutes prêtées par l’institution située en bord de Tamise à quelques encablures de l’Abbaye de Westminter.

Un grand voyageur 

De Venise à Chamonix en passant par Rome, Naples ou Amsterdam, William Turner sillonne les routes européennes. Après avoir parcouru l’Angleterre, le Pays de Galles et l’Ecosse, il visite et croque la lagune, le palais des Doges, le Mont Blanc, les rues des cités qu’il traverse. De son geste précis, il remplit de dessins ses carnet de voyage. Grâce au travail minutieux de scénographie, il est possible de reconstituer ses pérégrinations au cours du temps. Tout au long du parcours de l’exposition « Turner, Peinture et aquarelles, Collections de la Tate », il est possible de se mettre à la place du maître, de voir ce qui l’a tant passionné au cours de ses excursions. Il fixe sur le papier avec quelques traits de crayons ce qui lui servira plus tard à peindre tableaux et aquarelles. En fin observateur, William Turner dépeint tout un monde, celui qui préfigure le XIXe siècle. On y voit les ruines d’un château, les étendues verdoyantes d’une vallée des Highlands, la pluie qui vient assombrir les contours d’une colline, l’arc en ciel qui éclaire la forteresse allemande d’Ehrenbreitstein qui surplombe le Rhin et son confluent la Moselle. 

Un observateur hors-pair

Peintre du moment, chacune de ses œuvres est empreinte d’un sentiment d’immédiateté, d’urgence, il travaillait à retardement dans le calme d’un lieu clos. Ces multiples croquis, lui donnaient la base, sa mémoire et son imagination le plus qui donne à son travail une intensité, la beauté de l’éphémère. C’est d’ailleurs la grande force de ses peintures, de ses aquarelles, l’impression de fugacité. Sublimant la nature, les paysages, les pays qu’il visite, William Turner offre un instantané de la vie, de ce monde qu’il aime temps arpenter en tous sens.

Un coup de pinceau unique

Comment ne pas être transporté par les ocres qui donnent aux pierres de l’Arsenal vénitien des allures d’incandescence ? Par ces bleus, ces jaunes qui se reflètent dans les eaux du grand canal par un ciel de fin de journée tout simplement époustouflant ? Difficile de ne pas se laisser aller emporter dans des voyages immobiles autant qu’imaginaires. 

Les conditions sanitaires obligent, jauge limitée et distanciation, font de cette visite un moment unique à ne pas rater. Alors, il n’y a pas une seconde à hésiter, plongez dans les paysages de Turner et surprenez-vous à rêver ! 

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore 

Turner, Peinture et aquarelles, Collections de la Tate – Musée Jacquemart-André
158, boulevard Haussmann
75008 Paris
jusqu’au 21 janvier 2020
tous les jours de 11h à 19h
Réservation en ligne obligatoire

Visite Virtuelle de l’exposition possible

Crédit photos :
1. J. M. W. Turner (1775 – 1851), Quai de Venise, palais des Doges, exposé en 1844, huile sur toile, 62,2 x 92,7 cm –  Tate, accepté par la nation dans le cadre du legs Turner 1856, Photo © Tate
2. J. M. W. Turner (1775 – 1851), Venise : vue sur la lagune au coucher du soleil, 1840, aquarelle sur papier, 24,4 x 30,4 cm – Tate, accepté par la nation dans le cadre du legs Turner 1856, Photo © Tate
3. J. M. W. Turner (1775 – 1851), Venise: San Giorgio Maggiore – tôt le matin, 1819, aquarelle sur papier, 22,3 x 28,7 cm Tate, accepté par la nation dans le cadre du legs Turner 1856, Photo © Tate

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