Les confus échos de la physique quantique

Fascinés par l’histoire rocambolesque de l’un des plus grands physiciens du vingtième siècle, Ettore Majorana, Florient Azoulay et Élisabeth Bouchaud lui consacrent une pièce passionnante autant que foisonnante au théâtre de la Reine Blanche. Mais à trop vouloir bien faire, à mélanger les genres, les thématiques, malgré la mise en scène fine de Xavier Gallais, Majorana 370 se perd en digressions et récits parallèles. 

Dans les années 1920 et 1930, la physique italienne est au sommet. Sous l’impulsion d’Enrico Fermi (ténébreux Benjamin Gazzeri Guillet), un petit groupe de scientifiques, se fait connaître du monde entier pour leurs travaux sur les particules élémentaires, sous le nom des ragazzi di Via Panisperna– les garçons de la rue Panisperna. Chouchoutés par la belle Laura (lumineuse Manon Clavel), femme du jeune file de ce mouvement de pensée, ils cultivent à Rome la Dolce Vita touten étudiant d’arrache-pied. L’arrivée dans ce microcosme d’Ettore Majorana (troublant Jean-Baptiste Le Vaillant), un jeune homme brillantissime, étrange, un brin autiste, va bouleverser les équilibres, stimuler les recherches. Malheureusement, la montée du fascisme et du nazisme, va mettre un terme à cette collaboration, chacun suivant son chemin en fonction de ses convictions. 

Des disparitions brusques, inexplicables

En 1938, au printemps, à l’âge de 31 ans, Majorana s’évapore au large de la Sicile, son île natale. Suicide, disparition volontaire, nul ne le sait. Le mystère demeure. C’est cette énigme qui a plu à nos deux auteurs, Florient Azoulay et Élisabeth Bouchaud. Elle sert de fil rouge, de colonne vertébrale à leur récit. Y voyant un parallèle avec le drame du vol MH370 de la Malaysia Arlines, ils concoctent une fable où s’entremêlent l’étrange destin du physicien et celui tout aussi singulier d’un couple de femmes. Cléia, (détonnante Mégane Ferrat) est une chercheuse passionnée par les travaux de Majorana. Son amoureuse dépressive, Carine (épatante Marie-Christine Letort), est une architecte, en mal d’enfant. Passagère du fameux avion, elle disparait dans la nuit du 8 mars 2014, selon toute vraisemblance, dans les eaux de l’Océan Indien.

Des récits toujours parallèles

Entremêlant ces deux histoires, sans pour autant réussir à les faire se rencontrer, nos dramaturges finissent par perdre l’attention du spectateur. C’est d’autant plus dommage, que la matière est là. Elle se devine, elle affleure passionnante, fascinante. Portée par une troupe de comédiens épatants, la pièce ne demande qu’à être resserrée, pour dévoiler ces vies brisées. S’appuyant sur le décor de Luca Antonucci– un laboratoire futuriste modulable à l’envi, Xavier Gallais tente du mieux qu’il le peut d’en ciseler les contours, d’en simplifier les multiples entrées. En vain, le spectacle, bien que de bonne facture, s’embourbe et laisse un goût d’inachevé. Le temps, toutefois, pourrait être un précieux atout, permettant de tonifier l’ensemble, de lui donner une consistance plus légère, plus captivante. 

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore


Majorana 370 de Florient Azoulay et Élisabeth Bouchaud
Théâtre de la Reine blanche 
2 bis Passage Ruelle
75018 Paris
Jusqu’au 5 avril 2020
Du mardi au samedi à 20h45 et le dimanche à 16h
Durée 1h40 environ 


mise en scène de Xavier Gallais assisté de Sandrine Delsaux
avec Manon Clavel, Sylvain Debry, Mégane Ferrat, Benjamin Gazzeri Guillet, Jean-Baptiste Le Vaillant, Marie-Christine Letort, Alexandre Manbon et Simon Rembado
scénographie de Luca Antonucci
musique d’Olivier Innocenti
création sonore de Florent Dalmas
création lumières de Matthieu Ferry
costumes de Delphine Treanton
chorégraphie de Fabio Dolce

Crédit photos © Pascal Gély

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