Les amours destructrices de deux poètes

S’inspirant de la passion dévorante qui unit Rimbaud et Verlaine, Stéphan Roche signe, au Gymnase à Paris, un spectacle musical qui manque de soufre et de chair. Toutefois, porté par des artistes habités, le show se révèle plutôt sympathique. 

Que n’a-t-on pas dit sur ce couple étrange, celui formé par deux poètes enfiévrés, maudits du XIXe siècle Verlaine vient de se marier. Il semble heureux. Sa femme, issue de la petite bourgeoisie parisienne, bien-pensante, est enceinte. Une vie rangée en somme. Tout bascule, le soir où il accueille dans son foyer, Rimbaud, un adolescent ardennais dont les écrits déjà le fascinent, enflamment son âme littéraire. 

A ses côtés, l’auteur des Poèmes saturniens, enfermé dans une routine, va apprendre à vivre. Noyant leurs génies, leurs mal-être dans l’absinthe, sortant tous les soirs, les deux artistes vont se rapprocher, leurs corps s’embraser. Les mots vont suivre. Muse l’un de l’autre, ils vont produire des écrits brûlants, révolutionner la poésie, l’ancrer dans un nouveau siècle. 

S’emparant de ces amours singulières, Stéphan Roche trace un récit chronologique de la drôle de relation qui unit à la prospérité les deux écrivains. De leur rencontre à ce soir fatidique où pris d’un coup de folie Verlaine tire à deux reprises sur Rimbaud, le comédien-chanteur met en chanson la naissance d’une passion, l’aliénation poétique et charnelle qui en découle. 

L’ensemble est peut-être un peu trop lisse, un peu trop linéaire. On attendait plus de flamboyance, de stupre pour évoquer la vie de ces deux-là. Les décors en images virtuelles sont plus esthétisantes qu’organiques. Les chorégraphies, exécutées avec enthousiasme, manquent de fièvre. Et le plus dommageable, car cela nuit à la création artistique, est le problème d’acoustique. Le son est saturé, les chansons chorales sont à peine compréhensibles. 

Toutefois, est c’est le plus important, cela n’enlève rien aux talents des interprètes. D’Eric Jetner fougueux en Rimbaud à Stéphan Roche convaincant en Verlaine amoureux, en passant par Marion Cador étonnante en femme bafouée, à Eléonore Beaulieu rigide autant aimante en mère plurielle et Henri De Vasselot, irascible en juge, tous font le job et plutôt bien. 

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore


Rimbaud-Verlaine, théâtre musical de Stéphan Roche
Théâtre du Gymnase-Marie Bell
38, boulevard de Bonne Nouvelle
75010 Paris 
Jusqu’au 24 novembre 2019
Durée 1h30 environ 


Mise en scène de Stéphane Roche
avec Eric Jetner, Stéphan Roche, Eléonore Beaulieu, Marion Cador, Henri De Vasselot & Pascale Moe Bruderer
Musique de daniele Martini
Scénographie de Rodrigo Basilicati Cardin
Chorégraphie de Pascale Moe Bruderer
Costumes de Pierre Cardin

crédit photos © Philippe Escalier

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