Fabian Richard, comédien-crooner sans limite

Cheveux bouclés, légèrement grisonnants, Fabian Richard a tout du chanteur de charme, du comédien ténébreux. Sa voix envoûtante, suave, rocailleuse, sa présence irradiante, son jeu tout en nuance, le mène de Cabaret à 31, des Dix commandements à Mistinguett, reine des années folles. Tour à tour, Maître de cérémonie ultra-sexy, gangster patibulaire ou amoureux transi, il brûle actuellement les planches du Théâtre de l’Oulle à Avignon dans Comédiens ! en mari fou de jalousie. Un artiste entier, multi-facettes, une carrière à suivre. 

La canicule chauffe à blanc les rues de la cité des Papes. Dans une petite rue ombragée, Fabian Richard prend, le temps d’un café noisette de revenir sur sa carrière. Né au Havre en Normandie, il y a une petite quarantaine d’années, le jeune garçon est tombé dans le monde du spectacle amateur dès son plus jeune âge. « Mon père était tapissier, ma mère institutrice, raconte-t-il, mais leur passion a toujours été la scène. Chaque été, nous partions sur la presqu’île de Gien toujours dans le même village vacances où un animateur montait tous les ans une sorte de sons et lumières d’après Les Misérables de Robert Hossein. J’avais huit ans quand il m’a proposé de rejoindre mon père sur scène. Il était Jean Valjean, bien sûr j’étais Gavroche. On chantait sur Michel Sardou, Rose Laurens. C’était fabuleux. » Les années passent, Fabian grandit mais s’amuse toujours autant à reprendre le même rôle. 

Fort de cette expérience, Son père décide de créer une compagnie d’amateurs en Normandie. « C’était drôle, se souvient-il, quelques-uns de nos amis du Club de vacances ont rejoint l’aventure. Plusieurs années durant, nous avons tourné plusieurs spectacles dans la région. C’était vraiment une ambiance très sympa, sans prise de tête. Puis faute de temps, tout s’est arrêté. »

Si le théâtre, la comédie musicale est un hobbie qui se pratique en famille. Le jeune Fabian se passionne surtout pour le football. Bon joueur, il participe à de nombreux tournois. « J’avais dix-huit ans, se rappelle-t-il, on cherchait un moyen de financer notre participation à une compétition dans le sud de la France. Mon père propose de nous aider à monter une énième fois Les Misérables. L’idée fait mouche. Toute l’équipe s’y met mais cette fois c’est avec la bande-son de Mogador, qui est plus théâtrale, plus étoffée. Je joue Marius. On est une cinquantaine sur scène. C’est incroyable. Du coup, l’entreprise familiale côté spectacle est relancée. Et ça ne s’est jamais plus arrêté. » 

Fort de cette première expérience marquante, de ce soutien précieux, Fabian Richard, s’inscrit à un cours de théâtre, l’année du bac. Il approfondit sa connaissance du métier, découvre autrement la littérature, se prend de passion pour Giraudoux, Anouilh ou Strindberg. C’est le début de sa vocation. Dans la foulée, le comédien en herbe entre aux bains douches, l’école de théâtre la plus réputée du Havre. « Pour faire plaisir à mes parents, raconte-t-il. Je me suis inscrit en fac de droit à Paris et en parallèle, à l’école de Guy Bontempelli, qui n’existe plus maintenant. Durant un an, j’ai fait les deux. Deux jours par semaine au début. Puis j’ai raté mon année de droit. J’ai recommencé le premier mois de la deuxième première année. J’ai lâché l’affaire pour ne plus faire que du théâtre. C’était une évidence. J’ai travaillé durant 2 à 3 ans le chant, la danse. J’ai appris à me servir de mon corps .» 

Pour le jeune normand, c’est un rêve qui commence. Il s’épanouit, approfondit sa pratique des différents arts vivants. « C’était unique à l’époque, explique-t-il,il y avait très peu de formations transversales. On pouvait être acteur, chanteur ou danseur, mais pas tout à la fois. Notre système était segmenté contrairement aux États-Unis. C’est bien que ça évolue. L’arrivée de Notre-Dame de Paris de Plamondon a tout changé. Ce fut un vrai tournant dans le musical français. On racontait au public des histoires en chantant. Lentement, ce style s’est imposé. » En parallèle, le jeune homme n’oublie ni sa famille, ni leur troupe d’amateurs. Tous les ans, il participe au spectacle de Noël et continue à jouer avec des troupes locales. C’est ainsi qu’il participe à la création française de Chère Helena Sergueievnade de Ludmilla Zamourovskia. La pièce est bien accueillie. Le succès est au rendez-vous. Elle monte à Paris. C’est le début d’une belle carrière. Son physique de jeune premier ténébreux, lui vaut d’incarner en 1998 Jean dans Mademoiselle Julie de Strindberg. « J’étais un peu jeune pour le rôle, confie-t-il,mais quelle expérience ! » S’en suit avec l’école, son premier festival d’Avignon Le OFF avec une pièce musicale programmée au théâtre du Chêne noir

Repéré, Fabian Richard intègre en 2000 la troupe de Da Vinci au Casino de Paris. C’est son premier gros succès. La même année, Ali baba, Roméo et Juliette, cartonne. Cela marque un nouveau tournant. Les Musicals deviennent des incontournables de la scène parisienne. « Après Belle, belle, belle, raconte-t-il, j’ai fait une reprise de rôle dans Les dix Commandements d’Eli Chouraqui. C’est grisant d’être sur scène d’autant qu’avec ce spectacle j’ai eu la chance de faire une belle tournée au Japon. C’est incroyable, c’est comme une grande colonie de vacances de plus de 100 personnes. En parallèle, je continuais à faire du théâtre pur, si je puis dire. Ça n’a jamais été simple. Il y a une vraie dichotomie dans notre rapport à l’art scénique, alors que Je reste persuadé que c’est le même métier. Il ne faut pas oublier qu’à l’époque Molière, jouait, chantait, dansait. En France, tout est cloisonné. C’est Absurde » 

Pas à pas, Fabian Richard impose sa voix de velours, son jeu tout en retenue, sa présence scénique charismatique et animale. En 2007, c’est la consécration. Il est le Mcee de Cabaret monté aux Folies Bergère. Un rôle qui lui permet de faire la connaissance de Sam Mendès, une rencontre dont il n’est pas peu fier. Le succès est immédiat. Sexy en diable, queer juste ce qu’il faut, il brûle les planches aux côtés de sa partenaire Claire Perrot. Il est d’ailleurs nommé, pour sa prestation, aux Molières dans la foulée. Une reconnaissance qui lui fait chaud au cœur, les gens du théâtre l’accueillaient en leur sein, lui l’acteur-chanteur. « Humainement, se souvient-il,ce fut riche et formateur. Mais finalement, ce que j’ai  trouvé plus nourrissants, plus riches artistiquement ce fut avec le recul finalement les nombreuses lectures, les projets, musicaux qui ne se sont pas faits. Il y a en eu un paquet durant ces dix année-là. Je pense notamment à la valse du diable de Jonathan Kerr et Philippe Loffredo, ou au Baiser de la dame araignée qui ne s’est pas encore fait, mais une nouvelle lecture a été programmée. On ne sait jamais. »

Après cette incroyable aventure, Fabian Richard entre dans une sorte de traversée du désert. Moins de perspectives. Il est cantonné à un type de personnages. Frustré, non, le comédien en profite pour repenser ses choix, sa carrière. Puis à nouveau, les projets s’enchaînent. Il est Clyde à l’Alhambra-Paris dans une comédie musicale retraçant l’histoire des bandits amoureux qui ont fait trembler le Sud- central des États-Unis dans les années 1930. Puis il y a Panique à bord au Vingtième théâtre – devenu les Plateaux sauvages depuis – , une Croisière s’amuse déjantée, la pièce fais-moi une place au théâtre Trévise. A nouveau, le comédien mixe les genres, passe d’un univers à l’autre avec un peu plus de facilité. Les verrous ont sauté. La passerelle entre musicals et théâtre est enfin possible. 

31_Equipe__Avignon©Anthony_Klein_@loeildoliv

Quelques rôles à la télé, dans des séries, des publicités, au cinéma des apparitions, une tournée avec La Carpe du duc De Brienne de Jacques Mougenot, on est en 2016, Gaétan Borg et Stéphane Laporte, lui propose un rôle fait sur mesure dans leur comédie musicale 31. « C’est la première fois que cela m’arrive, dit-il ému.C’est très agréable de voir des auteurs, des amis qui me connaissent et imaginent un personnage qui va au-delà de ce que l’on me propose, qui voit de quoi je suis capable. A la première lecture, j’avais l’impression que les mots, je les avais écrits, pensés. C’est terriblement grisant. C’est un magnifique cadeau d’autant que c’est un vrai rôle de composition. Je ne définis pas les gens par leur sexualité et c’est pareil pour les projets qu’on me propose. C’est une des raisons pour lesquelles je me suis tout de suite engagé au côté des Funambules et de leur créateur Stéphane Corbin, compositeur de la pièce. C’est pour moi important, nécessaire. »

De Paris à Avignon, la pièce suit son petit bonhomme de chemin malgré certains programmateurs frileux en raison du climat homophobe qui règne en France depuis 2013. En parallèle, Albert Cohen, en collaboration avec François Chouquet à la mise en scène, monte Mistinguett’, Reine des années Folles avec Carmen Maria Vega. « Je suis très fier de ce spectacled’autant que la création n’a pas été simple, confie-t-il. On l’a joué au Comedia puis au Casino de Paris et il a fallu travailler dur pour faire un show à la fois populaire et exigeant. Le triomphe n’a pas été totalement au rendez-vous, mais ce fut une aventure vraiment formidable. »

Depuis longtemps, Samuel Séné a une idée de spectacle qui lui trotte dans la tête. C’estComédiens ! Il rêve de monter sur scène cette histoire autour du monde du théâtre dans les années d’après-guerre. « Il m’en parle depuis un moment, raconte Fabian RichardIl a envie de me proposer un des trois rôles. Manque de pot, je n’étais pas libre. J’étais engagé sur la tournée de 31. Il me restait encore quelques dates. J’étais sur le point de refuser, mais par acquis de conscience j’en parle à la production du spectacle. Ils ont été géniaux. Ils ont accepté de me remplacer par Thomas Ronzeau. J’étais relancé dans ce qui est cette aventure incroyable que je joue maintenant depuis deux ans, avec cette apothéose, être à Avignon. »

Du grand écran aux planches, le ténébreux comédien fait chavirer les cœurs et touche le public par son jeu puissant et précis. Acteur multifacettes, aimant explorer différents registres, personnalités, Fabian Richard fait les beaux jours du Théâtre de l’Oulle aux côtés de la pétillante Marion Préïté et de l’épatant Cyril Romoli.

Propos recueillis par Olivier Frégaville-Gratian d’Amore


Reprise Festival d’Avignon 2019
Théâtre de l’Oulle – La Factory 
19, place Crillon
84000 Avignon 
Du 5 au 28 juillet 2019 

Concept et mise en scène de Samuel Séné assisté d’Elisa Ollier
Musique de Raphaël Bancou
livret et paroles d’Eric Chantelauze
Avec Marion Préïté, Fabian Richard et Cyril Romoli
Chorégraphie d’Amélie Foubert
décor d’Isabelle Huchet
Costumes de Julia Allègre
Lumière de Laurent Béal

Crédit portrait © JM2L / Crédit photos © Chloé Car & © Anthony Klein

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