Épilogue

Dernier chapitre de l’autobiographie d’ Holly Woodlawn.

1er avril 1991
Hollywood, Californie

Eh bien voilà, les chéris, je crois que je vous ai livré toute ma vie. Quatre ans ont passé depuis le mémorial d’Andy, la statue de la liberté est plus verte que jamais et moi je me traîne en bikini au bord de la piscine en réfléchissant aux moyens d’ajouter LAWN sur les lettres de HOLLYWOOD. 

J’ai l’impression d’être revenue au point de départ, j’ai repris ma vie à Miami là où je l’avais laissée en partant à quinze ans. J’étais partie pour découvrir qui j’étais vraiment, et je viens de recommencer en quittant new York. Ma vie n’avançait plus et j’avais l’impression de suffoquer. Rien ne me retenait. Et puis trop d’amis autour de moi étaient morts du SIDA : Peter Dallas, Bill Corley, Frank Kolleogy, et même Estelle. Eh bien à vous toutes mes beautés du Perly Gates Beauty Salon, j’adresse un grand merci, je vous aime et vous me manquez. On ne s’en est pas si mal sorties après tout !

J’ai un dernier ticket pour un tour sur le carrousel « La Vida Fabulosa » et je compte bien l’utiliser. Je vais l’enfourcher en prenant bien soin de ne pas déchirer ma robe.

Et puisqu’on parle de robes, je fais maintenant partie du très prestigieux (et très cher) Fashion Institute of Design and Merchandising de Los Angeles. Prends garde Chanel, Holly arrive à Hollywood ! Comme mes idoles Balenciaga, Givenchy ou Delores de Santurce, je compte bien me faire un nom dans la mode.

J’ai eu le temps de vous raconter mon histoire en changeant peut-être ici ou là quelques noms (pour respecter les morts et laisser les innocents reposer en paix). Écrire ce livre m’a épuisée et je dois dire que je n’en serais pas venue à bout sans l’aide, l’amour et les encouragements de mes amis. Ils m’ont aidé à retrouver la mémoire ayant passé la plus grande partie de ma vie quelque part entre le coma et la lobotomie. Certains souvenirs étaient gais et d’autres sordides mais j’ai découvert avec le temps que l’humour est l’instrument qui permet de trouver la distance juste.

Je remercie en particulier mon acolyte Jeffrey Copeland et mon agent Robert Drake. Jeffrey, cette lettre est peut-être la plus dure qu’il m’ait été donné d’écrire depuis celle que j’avais adressé à mes parents pour leur dire que je rentrais en 1976. Sans toi je ne m’en serais jamais sortie, tu m’as aidé à retrouver une dignité et à redevenir Holly Woodlawn, star de l’écran et du Max’s Kansas City. Après toutes ces années de folie ensemble (et j’inclus ici les moments où tu as carrément joué mon rôle), je t’aime et te remercie de m’avoir aidé à relever la tête.

Et toi, Robert Drake, espèce de vieux glandeur de mac, quels efforts tu as fait pour vendre mes talents ! Quel marathon ! Tu as cru en moi et tu ne t’es jamais arrêté de danser, ce qui te vaut aujourd’hui les plus belles jambes que je connaisse. 

À Michael Denneny et Keith Kahla à St Martin’s Press, merci d’avoir rendu tout ça possible. Et maintenant si on se faisait un dîner ? Ça nous changera des deadlines.

S’il y a une morale à trouver dans mon histoire, je dirais qu’il faut croire en soi-même et en ses rêves. C’est incroyable de penser qu’un garçon de quinze ans s’est fait la malle pour vivre sa vie de femme à New York. Après avoir réalisé une pirouette pareille, je crois qu’on peut faire ce qu’on veut dans la vie. Si vous voulez mon avis, les rêves d’aujourd’hui sont la réalité de demain. Mais n’oubliez pas de rêver en Technicolor !

Je vous aime désespérément,

Holly Woodlawn

PS : Pour tous ceux (et ils se reconnaîtront) dont j’ai oublié de citer les noms, pardonnez-moi mais il fallait tout faire rentrer dans un seul livre.

Traduction française de Charles Bosson, Sugar Deli et Pierre Maillet

Dernier Chapitre d’ A Low Life In High Heels
The Holly Woodlawn Story

Autobiographie inédite en France de Holly Woodlawn
 (écrite en collaboration avec Jeffrey Copeland)

Avec l’aimable autorisation de Pierre Maillet, Charles Bosson et Sugar Deli – Ce texte a servi de base au spectacle One Night With Holly Woodlawn ? de Pierre MailletHoward Hughes, Billy Jet Pilot, Luca Fiorello et Thomas Nicolle. En tournée la saison prochaine.

Crédit photos © Tristan Jeanne-Valès

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